Combien de temps a-t-il fallu pour fabriquer les bombes de Bruxelles ?

Le TATP, l’explosif de l’Etat islamique, se manipule avec précaution. Mais il peut faire des dégâts considérables. Entretien avec Jimmie Oxley, la grande spécialiste américaine du TATP.

Li.b.
Combien de temps a-t-il fallu pour fabriquer les bombes de Bruxelles ?
©Photos News

Les terroristes ont dû prendre "plusieurs semaines" pour assembler les quatre bombes qu’ils ont utilisées à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro de Maelbeek, estime Jimmie Oxley, la grande spécialiste américaine du TATP, l’explosif couramment utilisé par l’Etat islamique et retrouvé mardi dans une planque de Schaerbeek.

"Si nous assumons que chaque engin contenait 15 kilos de TATP, ils ont eu besoin de plusieurs semaines pour les fabriquer », dit ce professeur de chimie de l’Université de Rhode Island dans une interview avec La Libre Belgique. « Dans nos laboratoires, nous testons des explosifs de 5 grammes, l’un après l‘autre, pour éviter que les élèves soient exposés à de trop grands risques. Les terroristes se soucient moins de leur sécurité et vont plus vite".

Ceci confirme que le double attentat était bien en préparation depuis plusieurs semaines.

Mercredi, le Parquet fédéral a annoncé que les enquêteurs avaient retrouvé à la planque du n°4 de la rue Max Roos à Schaerbeek 15 kilos de TATP, 150 litres d’acétone, 30 litres d‘eau oxygénée, des détonateurs, une valise remplie de clous et de vis. Ce sont les composants caractéristiques des engins explosifs que l’Etat islamique (EI) utilise dans la foulée d’autres groupes terroristes. Le Hamas mais aussi Richard Reid, l’homme à la chaussure piégée, passé à Bruxelles avant d’embarquer sur le vol Paris-Miami en décembre 2001, avaient aussi eu recours au TATP. Ils l’appellent « la mère de Satan ».

"C’est heureux qu’il n’y ait pas eu plus de victimes"

Avec la quantité de matériel retrouvé après le double attentat à Schaerbeek, les terroristes pouvaient fabriquer une nouvelle bombe de 15 kilos « en deux ou trois jours » estime la spécialiste américaine. «C’est heureux qu’il n’y ait pas eu plus de victimes à l’aéroport », dit-elle, « car la pression de cet explosif est considérable. Sans doute que la distance était grande entre les valises piégées et les voyageurs. Le plus mortel, ce sont les fragments de bombes et les clous. Ils voulaient faire un maximum de victimes».

Le TATP (peroxyde d'acétone) est une poudre blanche qui, associée à des produits vendus en pharmacie ou en droguerie, constitue un explosif difficilement détectable. Des experts sont en train de mettre au point des scanners à rayon X capables de le détecter, car les anciens modèles sont formatés pour détecter les explosifs à base de nitrogène. L’Union européenne a mis au point une liste de produits sensibles à surveiller, mais ne peut pas interdire des agents qui sont d’usage courant comme de l’acide citrique.

Les images vidéo à l’aéroport montrent que les deux kamikazes (Ibrahim Al Bakraoui au centre et Najim Laachraoui à gauche) portaient un gant à la main gauche. Les experts supposent que c’était pour cacher le mécanisme d’activation de la bombe qui se trouvait fort probablement dans les valises. Pour activer le TATP, il suffit d’une charge électrique, d’une simple batterie reliée à un fil.

Dans des cannettes de soda

La première apparition du TATP dans l’arsenal de l’Etat islamique, hors la zone irako-syrienne, date de la fin 2013 quand les policiers français avaient trouvé dans un appartement à Cannes trois cannettes de Red Bull remplies de 950 grammes de TATP. Dans l’appartement vivait un Français d’origine algérienne, Ibrahim Boudina, qui revenait de Syrie. Des traces de TATP ont également été retrouvées à Verviers en janvier 2015 et dans les ceintures d’explosifs utilisées lors des attaques à Paris le 13 novembre 2015.

Le procureur de Paris François Molins avait décrit "une ceinture à explosifs composée de TATP, de piles et d'un détonateur sous forme d'un bouton-poussoir, ainsi que de boulons pour contribuer à aggraver encore le mécanisme et le souffle de l'explosion" après la découverte d’une ceinture qui pourrait être celle de Salah Abdeslam.

Les autorités belges n’ont pas encore confirmé que du TATP a bien été utilisé à Bruxelles. La police scientifique mais aussi les services de déminage de l’armée belge y travaillent.

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