Le terroriste de la gare Centrale de Bruxelles a pris le taxi et le métro avec ses explosifs

Li.B

Un éclairage réalisé par nos confrères de La Libre Belgique.

Oussama Zariouh, l’homme de 36 ans qui a voulu commettre un attentat à la gare Centrale avant d’être abattu par la police, n’était pas connu pour des faits de terrorisme. Le parquet fédéral l’a confirmé mercredi matin.

Cet homme divorcé de nationalité marocaine était installé à Molenbeek-Saint-Jean. Il vivait depuis 2013 au deuxième étage d’une maison du boulevard Mettewie qui a été perquisitionnée toute la matinée, hier. Cette artère ne se situe pas dans un des quartiers de la commune qui ont connu de nombreux départs vers la Syrie. C’est de cette maison qu’il est parti, mardi soir, en taxi, avec son matériel explosif, puis en métro sur la ligne 5 avant de rejoindre la gare Centrale.

Oussama Zariouh était toutefois connu de la justice. Pour un fait de drogue datant de 2016, a indiqué la bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, Françoise Schepmans (MR). Son nom était également apparu dans un dossier de mœurs, indique une source policière, qui ne peut toutefois préciser s’il avait déjà été reconnu coupable ou s’il avait été simplement auditionné. Cette source ne pouvait dire si cet homme, qui a travaillé, avait toujours un emploi.

Les enquêteurs vont vérifier s’il évoluait dans un milieu radical ou s’il avait un réseau derrière lui. Les premières informations recueillies ne permettent pas de faire état d’un groupe derrière cet homme qui s’est clairement réclamé de la mouvance djihadiste, même s’il ne semble pas être lié structurellement au groupe terroriste Etat islamique (EI ou Daech). "Nous allons très certainement, au cours de nos vérifications, trouver qu’il a des copains un peu bizarres. Mais, a priori, il semblait évoluer dans un milieu assez confiné", dit-on de source proche de l’enquête.

Un compte Facebook peu loquace

Né le 12 janvier 1981 à Nador, dans le Rif marocain, il a étudié à l’université Mohamed Ier d’Oujda avant d’émigrer en Belgique en 2002. Il réside d’abord à Alost avant de déménager à Molenbeek en 2013, où il est inscrit en toute légalité.

Son compte Facebook dit peu sur sa vie, sinon qu’il vit seul et se présente comme un "indépendant". Son dernier post date du 16 mai dans lequel il "like" un article du journal indépendant et proislamiste égyptien "Almesryoon". En mai, après s’être rasé la barbe, il avait changé sa photo sur son profil Facebook.

Dans le quartier où il vivait, une avenue bordée d’immeubles et de maisons divisées en appartements, peu l’ont vu. "On le connaissait juste de vue", disent deux jeunes voisines. "Il nous disait bonjour. Il était calme et souriant. Jamais nous n’aurions imaginé qu’il puisse devenir un terroriste." Il était seul, sans épouse ni enfant.

Peut-être avait-il un autre point de chute ? Les enquêteurs cherchaient à le savoir mercredi.

Boulevard Mettewie, les forces de sécurité sont intervenues à 4h30 mercredi en criant "Police !" et en réveillant les voisins, apeurés par l’ampleur de cette opération matinale. "Mon voisin a ouvert la fenêtre pour voir ce qui se passait. Les policiers ont braqué leurs armes sur lui. Il est vite retourné se cacher", raconte une voisine du numéro 310.

Bien des mystères subsistent à propos de cet homme passe-murailles. Mais en quittant mardi soir la maison du boulevard Mettewie, le ressortissant marocain avait en tout cas un objectif. "Il va là pour mourir", explique une source proche de l’enquête.


Un soir, un taxi, un métro, la gare puis "Allahou Akbar"

Quelle pulsion a amené Oussama Zariouh à commander un taxi mardi soir puis à prendre le métro pour se rendre à la gare Centrale de Bruxelles où il devait commettre un attentat suicide, qui aurait été autrement mortel si l’explosif n’avait pas flanché ? Pourquoi si tard aussi, et pas aux heures de pointe ?

Dans l’esprit enflammé des djihadistes, les dix derniers jours du ramadan sont une période particulièrement "chaude", ce qui peut expliquer ces passages à l’acte impulsifs qu’on voit en Europe et ailleurs dans plusieurs attentats.

Lors d’un message audio diffusé le 12 juin sur la messagerie cryptée Telegram, le groupe Etat islamique (EI ou Daech) a appelé ses sympathisants à commettre des attentats durant le mois sacré des musulmans. L’appel, attribué au porte-parole de l’EI, citait comme cibles les Etats-Unis, l’Europe, la Russie, l’Australie, l’Irak, l’Iran, la Syrie et les Philippines, pays des "mécréants" et des chiites.

Mais l’EI, qui perd ses fiefs de Mossoul (Irak) et de Raqqa (Syrie), ne peut que téléguider ses petits soldats dans le monde. L’organisation n’entretient pas nécessairement des liens organiques avec ses sympathisants, tout au plus échangent-ils des messages cryptés.

Oussama Zariouh a commis un acte imprévisible, amateur, qui est un vrai casse-tête pour l’antiterrorisme. Car comment prévenir un Khaled Masood qui, inspiré par Daech, décide de faucher les passants sur Westminster Bridge puis poignarde un policier, ou un doctorant en journalisme de nationalité algérienne, inspiré par l’EI, qui subitement agresse un policier en faction devant Notre-Dame de Paris ?

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be