Des migrants s’en prennent à nouveau à la police sur une aire de repos
Une trentaine de migrants, dont certains armés de bâtons, ont encerclé les voitures de police, les forçant à aller chercher du renfort.
- Publié le 16-05-2018 à 06h53
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Une trentaine de migrants, dont certains armés de bâtons, ont encerclé les voitures de police, les forçant à aller chercher du renfort.
Fin janvier, un plan d’action contre les migrants en transit sur les aires d’autoroutes est lancé en Flandre-Occidentale. Dans ces zones proches de l’Angleterre, le nombre de transmigrants interpellés par la police chute rapidement. Problème résolu ? Certainement pas. Il semble qu’il se soit plutôt dilué vers d’autres zones du pays, plus éloignées de la côte. Les aires de repos de Waremme, Bettincourt, Bierges ou encore Spy et Aische-en-Refail sont ainsi confrontées au même phénomène. Des groupes de migrants les investissent à la faveur de la nuit. Leur but ? Identifier un camion qui part vers l’Angleterre, et y pénétrer discrètement. Pourtant située loin de la mer, la province de Namur n’en est pas moins confrontée à la même problématique, et à ses dommages collatéraux.
Début mars, deux policiers ont ainsi été agressés par des migrants sur l’aire d’autoroute d’Aische-en-Refail sur la E411, en direction de Bruxelles. Le SNPS (Syndicat national du personnel de police et de sécurité) avait dénoncé les faits, soulignant le ras-le-bol des policiers, en nombre insuffisant pour gérer cette situation de crise. Il semble ne pas avoir été entendu.
Car loin de s’améliorer, la situation semble au contraire se détériorer. Jean-Michel Tubetti, chef de service de la police de la route de la province de Namur, nous informe que ses hommes ont été à nouveau pris à partie par des migrants, sur cette même aire d’autoroute. Les faits se sont produits durant la nuit du 16 au 17 avril, dès 23 h 55. Le commissaire Tubetti a accepté de revenir sur ces faits, non communiqués à l’époque, car "la situation ne s’améliore pas, bien au contraire".
Ce soir-là, deux équipes composées chacune de deux policiers, sont appelées à intervenir sur le parking camion de l’aire d’Aische-en-Refail. "Une trentaine de migrants étaient sur place. Ils ont encerclé les deux voitures de police. Certains étaient armés de bâtons. Un coup a été porté dans le rétroviseur de l’un des véhicules. Ils se montraient menaçants. Cela a obligé mes collègues à quitter les lieux et à revenir avec du renfort", relate le commissaire Tubetti. De gros moyens sont alors déployés. Des agents de la zone de police de Jodoigne, Jemeppe-sur-Sambre, Ottignies et Andenne, ainsi que deux véhicules de la police fédérale les accompagnent sur les lieux : en tout, une vingtaine de policiers.
Les autorités procéderont à l’interpellation de 4 personnes, de nationalité syrienne. Mais la plupart des membres du groupe ont pu fuir.
"Vers 1 h du matin, de manière préventive, durant l’intervention, nous avons dû fermer la E411 dans les deux sens durant une quinzaine de minutes ", reprend-il. "Les migrants ont traversé l’autoroute ! Une partie a disparu dans les bois en direction de Gembloux. Mais les autres ont encore retraversé les bandes de circulation pour prendre la fuite par les campagnes, en direction d’Eghezée."
"Pas là pour faire la chasse aux migrants !"
Entretien avec le commissaire Jean-Michel Tubetti, chef de service de la police de la route.

En quoi la police de la route est-elle habilitée à intervenir lorsqu’une présence de migrants est signalée sur les aires d’autoroutes ?
"L’une de nos grosses missions consiste à sécuriser les aires d’autoroutes de la province de Namur. Nous devons y patrouiller pour éviter les vols de cargaisons dans les camions, mais aussi intervenir lorsque nous y sommes appelés par des camionneurs présents sur place. Nous nous devons d’y assurer l’ordre public et d’éviter que des usagers, ou les migrants eux-mêmes, soient blessés."
Et vous intervenez souvent ?
"En ce qui concerne la présence de migrants en situation irrégulière, c’est en moyenne quatre fois par semaine à Spy, deux fois à Aische-en-Refail. Depuis deux semaines, l’aire de Wanlin y est également confrontée. Les migrants sont souvent présents du dimanche au lundi et du jeudi au vendredi. Depuis le début de l’année, nous en avons aperçu 300 à 400, rien que sur Spy et Aische-en-Refail. Il y a beaucoup d’Érythréens. Dans certains cas, ils n’évitent plus la confrontation avec la police. Même si le plus souvent, ils fuient à travers champs après avoir traversé l’autoroute. Ce qui est particulièrement risqué pour eux-mêmes et pour les autres usagers. Et quand nous devons bloquer l’autoroute, il existe également un risque pour les usagers qui arrivent en fin de file."
Comment se rendent-ils sur ces aires, au milieu de la E411 ?
"Ils arrivent en soirée, par le train, et descendent dans les gares proches de ces aires d’autoroutes. Ils les rejoignent à pied et y passent la nuit. Et cherchent, en regardant les bâches, à embarquer dans des camions qui se rendent en Angleterre."
Vos effectifs sont-ils suffisants ?
"Clairement pas. Durant la nuit, nous fonctionnons avec deux équipes de deux policiers. Notre but, ce n’est pas de faire la chasse aux migrants. On n’est pas là pour ça ! Mais bien d’assurer la sécurité sur les parkings et les aires d’autoroutes. Le problème, c’est que ce type d’interventions détourne une partie de nos capacités. Cela irrite mes collègues qui voudraient en revenir à leurs missions premières."
C’est-à-dire ?
"Quand deux de nos quatre policiers de nuit interviennent, ils ne sont pas en train de faire de la prévention sur d’autres parkings, des contrôles d’alcoolémie au volant, ou encore de prévenir des comportements dangereux sur la route. Ces nuits-là, ils ne peuvent donc pas faire souffler les automobilistes dans le ballon. Quand on interpelle un migrant, la procédure prend dix à douze heures ! On essaye de trouver des pistes de solution."
Pourquoi ne pas fermer ces aires d’autoroutes la nuit ?
"Cette piste a été discutée avec le gouverneur mais n’a pas été retenue."
"12 migrants cachés ce matin dans l’entrepôt"
La société Middlegate Europe effectue des transports quotidiens depuis Zeebruges vers l’Angleterre.
L’ensemble des provinces du pays sont, peu ou prou, confrontées à la présence de transmigrants sur leurs aires d’autoroutes.
Le gouverneur de la Province de Liège, Hervé Jamar (MR) vient d’ailleurs de l’annoncer cette semaine : confrontée à cette présence récurrente, l’aire d’autoroute de Bettincourt (Waremme, sur l’E40 vers Bruxelles) sera à nouveau interdite de stationnement pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes.
La décision sera effective dès ce mercredi, de 20 h à 7 h et durant un mois. " Le problème reste entier, il ne fait que se déplacer. C’est une nouvelle décision regrettable… On se contente de traiter les symptômes d’un problème sans s’attaquer au mal à sa racine ", nous assure Michael Reul, directeur de l’UPTL (Union professionnelle du transport et de la logistique), régulièrement interpellé par des camionneurs confrontés au problème. "Certains m’appellent pour me dire qu’ils ont entendu du bruit à l’arrière de leur camion. Que quelqu’un est monté à l’intérieur. Ils me demandent quoi faire. "
Certaines compagnies sont particulièrement exposées. Comme Middlegate Europe, qui effectue des transports quotidiens vers l’Angleterre, à partir du port de Zeebruges. "Ce matin encore, nous avons retrouvé une douzaine de migrants qui s’étaient cachés dans deux de nos remorques, à l’intérieur de nos entrepôts. Ils se trouvaient dans des containers que nos camionneurs viennent chercher avant de les conduire jusqu’à un bateau qui part pour la Grande-Bretagn e", nous explique Guido De Block, de Middlegate Europe. "Nous avons appelé la police qui est venue les arrêter. Cela arrive très régulièrement. Entre 10 et 20 fois par semaine rien qu’à Zeebruges. Et c’est pire à Calais ! C’est stressant pour nos transporteurs."