Salaire des patrons du public : “Les montants sont insuffisants !”

Le ministre de la Mobilité "tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du management public".

Salaire des patrons du public : “Les montants sont insuffisants !”
©DEMOULIN BERNARD

Le ministre de la Mobilité "tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du management public".

Luc Lallemand, le patron du réseau ferré belge, a été désigné pour diriger SNCF Réseau. Il quittera le navire Infrabel après 15 ans à sa tête. L’aspect financier ne semble pas avoir primé dans sa décision. Cet aspect n’est toutefois que rarement absent d’un processus de décision. Le montant de la rémunération de Luc Lallemand chez Infrabel est plafonné 290 000 € bruts par an.

Selon nos informations, plusieurs de ses subordonnés perçoivent un salaire plus élevé que leur patron. "Les plafonds imposés concernent les personnes désignées par les pouvoirs publics. Pas les experts de pointe qu’on ne peut recruter si on ne paye pas suffisamment. Cela engendre que des personnes, primes comprises, ont des salaires plus élevés que leur CEO. C’est pareil pour moi, avec notamment certains contrôleurs aériens", nous confirme le ministre en charge des chemins de fer, François Bellot (MR) , qui voit dans ce départ une perte sévère pour le rail belge.

"D’après les chiffres cités, sa rémunération française sera deux fois supérieure à ce qu’il perçoit ici. Les montants offerts en Belgique sont insuffisants."

Or, des secteurs d’activité tels que le rail sont d’une grande complexité et nécessitent des expertises très pointues. "On se retrouve en concurrence avec le secteur privé pour recruter les talents. Nous avons réalisé un benchmarking qui montre que nos CEO gagnent 50 % de moins que ceux du privé, ajoute le ministre. Si demain, on me dit que tel patron peut augmenter la ponctualité des trains de 1,5 % et que cela me coûte 1,5 million € en salaire, je suis d’accord ! Car ce sera encore 100 fois moins cher que de ne pas réaliser les objectifs."

Le Rochefortois craint une accélération de la fuite des talents et une difficulté à recruter ceux de demain aux postes clés du public. "Je tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du management public. Les autorités publiques et politiques belges doivent s’interroger sur le mode de gestion et de rémunérations des personnes qui occupent ce type de fonctions. Je rappelle que ce qui a motivé l’abaissement des rémunérations, ce sont les excès observés dans des entreprises qui n’avaient pratiquement aucun défi à relever avec des salaires excessifs par rapport à la tâche. On a donc emmené dans le sillage des sociétés comme la SNCB ou Infrabel. Mais le problème n’était pas le salaire des patrons de la SNCB ou d’Infrabel ! Résultat, on voit les talents belges partir à l’étranger. Même si dans le cas de Luc Lallemand, la première raison n’est pas le salaire."

François Bellot a déjà exprimé voici plusieurs mois ce point de vue au sein du MR et au sein du gouvernement. "Quand il a fallu remplacer M. Cornu à la SNCB, un chasseur de têtes a présélectionné les meilleurs profils. Certains ont appelé en disant que le poste les intéressait beaucoup mais ils voulaient savoir si on pouvait augmenter la rémunération, moins importante que dans le poste qu’ils occupaient. Je me suis tourné vers le gouvernement, qui a refusé. La moitié des 19 candidats a décidé de ne pas continuer la procédure, se souvient-il. Les talents, si on veut les attirer, il faut les payer. Je comprends que cela interpelle le citoyen qui gagne 1 500 € par mois. Mais on parle de personnes qui tiennent dans leurs mains des entreprises publiques et pourraient gagner plus ailleurs."

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be