"Je ne vois pas comment faire autrement", "Pas certain que ça aide": les experts se montrent divisés au sujet de l'obligation vaccinale

Les débats sur la vaccination obligatoire se sont ouverts, ce mercredi 26 janvier, en Commission Santé. Plusieurs experts ont exposé leur point de vue.

"Je ne vois pas comment faire autrement", "Pas certain que ça aide": les experts se montrent divisés au sujet de l'obligation vaccinale
©BELGA

Faut-il rendre la vaccination contre le coronavirus obligatoire ? Le débat, qui agite la société depuis plusieurs mois déjà, sera abordé en Commission Santé à partir de ce mercredi 26 janvier. Les discussions débutent avec l'audition d'experts - au total, 32 spécialistes seront entendus - et devraient s'étendre jusqu'au 4 février. "Ce moment est important pour notre discussion au Parlement, nous pouvons enfin jouer le rôle qui nous revient", a tenu à souligner Peter De Roover (N-VA) à l'ouverture de la séance. "(...) Nous donnons la parole à tout un chacun, cela ne signifie pas que nous allons donner raison à tout un chacun. (...) Je lance un appel à tous les collègues pour qu'ils montrent du respect à tout le monde."

"L'opportunité qui nous est donnée aujourd'hui, c'est de restaurer la confiance qui a été brisée entre le politique et les experts, mais aussi les citoyens", a à son tour insisté Sophie Rohonyi (DéFi).

C'est le président de l'Absym, Luc Herry, qui a ouvert le bal des auditions des experts. "A l'Absym, nous avons fait des enquêtes dont il est ressorti que la plupart des médecins sont favorables à une obligation vaccinale", a commencé le médecin généraliste. "C'est une assurance santé pour soi-même et pour la collectivité. Si tout le monde était vacciné aujourd'hui, nous pourrions peut-être vivre beaucoup plus tranquillement. Nous pourrions vivre avec cette vague Omicron tranquillement, sans test PCR, en laissant nos enfants aller à l'école."

Il a également souligné que la charge serait moins importante sur la première ligne et sur les hôpitaux. "Cela permettrait également des économies dans les soins de santé, non seulement au niveau des tests PCR, mais également au niveau des hôpitaux", a poursuivi Luc Herry.

Selon le président de l'Absym, la vaccination obligatoire permettrait d'éviter les reports des opérations qui ont un impact important sur certains patients.

"Le pass vaccinal est une mauvaise idée"

Concernant la vaccination obligatoire des soignants, Luc Herry a fait savoir que si l'Absym y était favorable, elle souhaitait avant tout que cette mesure s'applique à l'entièreté de la population.

"On entend à présent parler de la possibilité d'opter pour un pass vaccinal plutôt que pour la vaccination obligatoire. C'est mettre la pression et la responsabilité des contrôles sur certains citoyens. Ce pass vaccinal est une mauvaise idée, car la pression sera ingérable. Il va y avoir des rebellions. Ces pauvres citoyens qui sont déjà impactés par la crise sanitaire vont encore l'être davantage. C'est déplacer la responsabilité du public vers un certain nombre de citoyens, c'est inacceptable. Pour éviter ce pass vaccinal, l'idéal est de rendre la vaccination obligatoire. J'entends certains dire que c'est trop tard, mais pas du tout. La gestion de cette pandémie n'est pas terminée."

En conclusion, il a indiqué que "la vaccination non-obligatoire augmentait les coûts des soins de santé, les absences au travail". "Cela diminue la qualité de l'enseignement scolaire, la qualité des soins et les libertés sociales et familiales de tout un chacun", a-t-il terminé. "(...) Je ne vois pas comment on peut passer à côté de cette obligation vaccinale. Mieux vaut tard que jamais !"

"On se pose les mauvaises questions"

Le deuxième expert qui a pris la parole ce mercredi était Geert Vanden Bossche, un vétérinaire et consultant biotech qui a multiplié les sorties antivax et dont la présence a été demandée par le Vlaams Belang. "Aucune obligation vaccinale n'est justifiable scientifiquement", a-t-il immédiatement annoncé.

"Une pandémie va s'épuiser de façon spontanée, elle devient après un temps endémique. La raison pour laquelle cela peut se passer, c'est que la population développe une immunité de groupe. Les personnes qui ne sont pas immunisées sont automatiquement protégées. Donc si l'immunité est remplacée par des vaccins, il faut s'assurer qu'ils aient un effet semblable à l'immunité générée après une infection. Ce qui n'est pas le cas avec les vaccins actuels. Si on vaccine la population en masse, certains variants plus infectieux auront un avantage. "

Selon lui, "on se pose les mauvaises questions". "On devrait plutôt se demander comment mettre fin à cette pandémie et comment être correctement immunisé", a-t-il poursuivi. Il a postulé que la vaccination empêcherait de mettre sous pression le virus, ce qui aurait fait durer la pandémie au-delà d'une seule année et aurait induit de nouveaux variants.

Son intervention a interpellé certains députés, qui lui ont demandé d'apporter les preuves scientifiques de ce qu'il affirmait. Le PS a ainsi souligné l'absence de références dans la présentation de Geert Vanden Bossche. Le PTB a quant à lui relevé une incohérence dans son discours. "Vous plaidez pour le modèle brésilien. Pensez-vous que la situation y est meilleure ?", a réagi Sofie Merckx (PTB).

Pas de réel engouement des experts pour la vaccination obligatoire étendue à toute la population

Après une brève interruption, les auditions ont repris vers 14h. Liliane Schoofs (KU Leuven), Ann De Guchtenaere (UGent), Johan Neyts (KU Leuven) et Emmanuel André (KU Leuven) ont été entendus. Aucun des experts entendus cet après-midi n'ont plaidé pour la vaccination obligatoireen population générale contre le Covid-19. "Les vaccins actuels (injectés dans le muscle) sont efficaces contre les hospitalisations, mais pas pour éviter une transmission", a souligné Mme Schoofs. Selon elle, le développement d'un vaccin oral pourrait pallier cette faiblesse. "C'est le vaccin oral qui a permis d'éradiquer la polio. L'OMS et l'Agence européenne des médicaments (EMA) ont lancé un appel pour un nouveau vaccin", a-t-elle souligné.

Ann De Guchtenaere a pour sa part plaidé pour un "droit vaccinal", plutôt que pour une "obligation vaccinale". "Des parents se posent des questions. Ce ne sont pas des antivax, mais ils demandent beaucoup d'informations. Il y a aussi de la désinformation qui crée beaucoup de craintes et d'angoisse. On résout cela en agissant comme personne de confiance. Et je ne suis pas certaine que l'obligation va aider."

"On voit que les différents variants font partie de branches de la famille complètement opposées. Le nouveau variant est souvent un cousin éloigné que l'on attendait plus", a commencé Emmanuel André. "Jusqu'à Omicron, le virus évoluait en devenant plus virulent. Mais si on observe la mortalité en Belgique, c'est la souche Alpha, la moins virulente, qui a provoqué le plus de décès. Cela s'explique par différents éléments qui sont en dehors de notre contrôle et d'autres qui sont en notre contrôle. Ceux qui sont en notre contrôle concernent l'aération qui évite les infections, l'immunité... "

Le microbiologiste a rappelé qu'il y avait un impact majeur de la vaccination sur la baisse de la mortalité liée au Covid.

Comment créer une immunité suffisante ?

Pour atteindre un niveau d'immunité suffisante, il faut un vaccin à trois doses, avec probablement des boosters chaque année, selon M. André. "La grande majorité des adultes en Belgique se trouvent dans une zone relativement sûre", a-t-il détaillé soulignant que beaucoup avaient été vaccinés et avaient eu le Covid.

S'il s'est montré favorable à la vaccination obligatoire, le microbiologiste a suggéré de cibler la partie de la population à risque.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be