Le roi Philippe est arrivé à Kinshasa pour une visite forte en symbole

Le roi Philippe est arrivé mardi après-midi à Kinshasa pour sa première visite officielle en République démocratique du Congo (RDC), sur fond de travail de mémoire et de réconciliation entre la Belgique et son ancienne colonie.

AFP et Belga

Le roi Philippe et la reine Mathilde ont été accueillis mardi après-midi avec tous les honneurs possibles à leur arrivée à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). Un bataillon de soldats congolais, la fanfare militaire et bien sûr le président Félix Tshisekedi attendaient l'avion belge. Le couple royal a quitté mardi matin Bruxelles pour une visite d'État de cinq jours en RDC. Il est accompagné par le Premier ministre Alexander De Croo, la ministre de la Coopération au développement Meryame Kitir et le secrétaire d'Etat à la Politique scientifique Thomas Dermine.

Après un vol de huit heures, le Roi et la Reine ont été accueillis par Félix Tshisekedi, président arrivé au pouvoir il y a quatre ans et qui a contribué au dégel des relations entre la Belgique et son ancienne colonie.

Mardi soir, un banquet officiel réunira les délégations belge et congolaise. Le discours attendu du roi Philippe aura lieu demain/mercredi. On s'attend à ce qu'il réitère l'expression de "regret" écrite dans la lettre envoyée en 2020 à l'occasion du soixantième anniversaire de l'indépendance du pays. Il pourrait aussi y avoir de vraies excuses concernant la période coloniale.

Cette visite royale, la première depuis celle en 2010 d'Albert II, père de Philippe, a été deux fois reportée, en 2020 à cause de la pandémie de Covid-19 puis au début de cette année en raison de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine.

Elle revêt une forte portée symbolique, deux ans après que le roi, à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance de l'ex-Congo belge, a exprimé dans une lettre à Félix Tshisekedi ses "plus profonds regrets" pour les "blessures" de la colonisation, une première historique.

Le souverain, qui règne depuis 2013, avait regretté les "actes de violence et de cruauté" commis à l'époque où son ancêtre Léopold II avait fait du Congo sa propriété personnelle (1885-1908), avant le demi-siècle de présence de l'Etat belge dans l'immense pays d'Afrique centrale.

"Il y a eu des regrets, c'est le début d'un nouveau partenariat qui va aller en se consolidant", a estimé lundi soir à Kinshasa devant la presse le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, lors d'un briefing consacré à cette visite.

"Nous n'oublions pas le passé, nous regardons l'avenir", a-t-il ajouté, en se félicitant des "relations raffermies" avec la Belgique, alors qu'elle étaient "par le passé au bord de la rupture".

La relation fut difficile entre les deux pays durant la fin de la présidence du prédécesseur de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila (2001-2018), critiqué y compris par Bruxelles pour s'être maintenu au pouvoir au-delà de son deuxième mandat, en violation de la Constitution. La coopération avait été un temps suspendue.

"Construire un bon futur"

"Je pense que parfois, pour pouvoir construire un bon futur, il faut affronter le passé", a également déclaré à la RTBF le Premier ministre belge Alexander De Croo, mardi matin avant son départ de Bruxelles pour Kinshasa, en évoquant lui aussi "la lettre tout à fait historique" du roi Philippe.

Aller en RDC et porter "un message en prolongement de cette lettre est un moment très, très important, (...) un moment historique", a-t-il ajouté.

Le passé colonial, avec entre autres la question de la restitution des oeuvres d'art à l'ancienne colonie, devrait de nouveau être évoqué durant ce voyage du roi qui, selon le palais royal belge, veut aussi donner un "nouveau souffle" au partenariat avec Kinshasa.

Santé, éducation, formation, protection des forêts... Philippe et son épouse devraient avoir un aperçu des secteurs où s'exerce l'aide au développement. La Belgique est le quatrième bailleur de fonds de la RDC, après les Etats-Unis, le Royaume Uni et l'Allemagne.

Le voyage du roi comprendra trois étapes: Kinshasa d'abord, avec notamment une visite mercredi au musée national et un discours sur l'esplanade de l'Assemblée nationale; Lubumbashi dans le sud-est minier, avec une intervention vendredi devant les étudiants de l'université, et Bukavu, dans l'est, région en proie depuis près de trois décennies aux violences de groupes armés.

Le roi doit visiter dimanche dans un quartier périphérique de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, la clinique du gynécologue Denis Mukwege, co-lauréat du prix Nobel de la paix en 2018 pour son action en faveur des femmes victimes de viols.

Ce déplacement du roi Philippe intervient en plein regain de tension entre la RDC et son voisin le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir une ancienne rébellion réapparue en fin d'année dernière et que de violents combats ont opposée fin mai à l'armée congolaise dans la province voisine du Nord-Kivu. Kigali dément mais Félix Tshisekedi a assuré dimanche n'avoir "aucun doute" sur ce soutien.

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