Hausse des prix de l'énergie: "Il faut avoir le courage de dire à la population qu’on a un gros souci"

La recrudescence des tensions entre l’Europe et la Russie ne dit rien qui vaille pour cet hiver.

Van Hoof Thibaut
electricite
©Jean Luc Flemal

Les vacances d’été n’ont même pas encore commencé qu’on parle déjà de l’hiver et des craintes de black-out énergétique. Si le sujet revient régulièrement sur la table ces dernières années, la guerre en Ukraine et les tensions avec la Russie rendent cette hypothèse plus vraie que jamais.

Explications avec Damien Ernst, professeur à l'Université de Liège et expert en énergie. "Pour comprendre ce qui se passe, il faut reprendre le contexte global. On sait que la guerre en Ukraine n'a fait que renforcer une crise énergétique qui couvait déjà depuis quelques mois. Depuis une quinzaine de jours, la Russie a pris la décision de diminuer fortement ses exportations de gaz vers l'Allemagne via le gazoduc Nord Stream 1. On parle de 500 térawatt-heure en moins, et l'Allemagne se rend compte qu'elle n'aura plus accès à ce gaz russe bon marché sur lequel repose une partie de son économie. Pour rappel, c'est cette bonne relation et cet accord qui les avaient poussés à sortir du nucléaire."

De quoi faire remonter les prix du gaz sur les marchés et surtout faire revenir le spectre d'un black-out pour cet hiver. "La Russie a décidé de diminuer ses exportations directement, et c'est tout le stock que l'Europe voulait constituer durant l'été qui est mis à mal, avance-t-il. Cela aggrave énormément le conflit, qui est en fait une guerre énergétique, avec entre la Russie et l'Europe."

Et si l'Allemagne et la France ont décidé de faire fonctionner des usines à charbon pour produire de l'énergie, cela ne réglera pas tout. "Déjà, on ne pense plus du tout à la question climatique en faisant cela. Et puis, le prix du charbon sur les marchés explose vu l'augmentation de la demande. On a battu des records sur le marché asiatique."

"On a un gros souci"

Et la Belgique dans tout cela ? Car si un géant comme l'Allemagne passe à un niveau d'alerte en approvisionnement en gaz, il y a de quoi craindre la même chose chez nous, même si notre pays ne se situe pas encore en état d'alerte. "La ministre de l'Énergie se battait il y a quelques mois encore pour remplacer le nucléaire par des centrales au gaz, comme cela a été le cas en Allemagne. Ces politiques fragilisent encore plus la situation. Il va falloir mettre clairement le doigt sur ce problème et prendre certaines décisions radicales. Il faut avoir le courage de dire à la population qu'on a un gros souci et que cette crise va encore durer des années, c'est une certitude désormais. Il faut penser à mettre en place une stratégie de rationnement. Car chaque kilowatt économisé durant l'été ira vers des réserves stratégiques. Il faut sensibiliser les gens pour que chacun participe à l'effort. Le seul conseil que je peux donner aujourd'hui ? Consommer le moins possible…"

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