Face à la remontée du Covid en Belgique, le professeur Goldman alerte: “Il y a urgence mais le gouvernement délaisse les seniors et les patients fragiles”

D’après l’immunologue Michel Goldman (ULB), face au sous-variant BA.5, la vaccination classique ne suffit plus à protéger les personnes les plus vulnérables, il les encourage donc à aller chercher une deuxième dose de rappel. Le professeur regrette également l’insuffisante utilisation des anticorps monoclonaux en Belgique, des traitements qui pourraient pourtant éviter de nombreuses hospitalisations.

Face à la remontée du Covid en Belgique, le professeur Goldman alerte: “Il y a urgence mais le gouvernement délaisse les seniors et les patients fragiles”
©Belga

Alors que la progression du variant BA.5 provoque une hausse du nombre de contaminations et d'admissions à l'hôpital en Belgique, le professeur Michel Goldman (ULB) alerte le gouvernement, qui fait selon lui preuve d'une inertie dommageable pour la protection des immunodéprimés, qui ne répondent pas suffisamment aux vaccins, même après un deuxième rappel, ainsi que les seniors. Pour rappel, ce petit dernier de la lignée d'Omicron, désormais majoritaire en Belgique , a la capacité de contourner en partie les défenses immunitaires provoquées par de précédentes infections ou par la vaccination.

Face à sa progression, le professeur en immunologie estime qu'il y a urgence. "Les réponses que je reçois de la Task Force démontrent une inaction dommageable à ces patients qui ne sont pas si rares", regrette-t-il. Pour illustrer son propos, il cite les chiffres publiés par Sciensano sur la période du 6 au 19 juin 2022, qui "démontrent que les schémas de vaccination actuels ne suffisent plus à protéger les plus vulnérables des formes graves conduisant à l'hospitalisation. Il s'agit non seulement des immunodéprimés sévères mais aussi des seniors de plus de 65 ans. Clairement, la vaccination avec un seul rappel ne suffit plus à les protéger".

“Le deuxième rappel est actuellement autorisé, je dis donc qu’en particulier pour les seniors et encore plus s’ils souffrent de maladie qui les expose, il faut qu’ils ne parlent rapidement à leur médecin, notamment avec virus qui circule plus. On voit que les gens là contribuent aux hospitalisations (à ce stade, 80% des patients hospitalisés ont reçu les 3 doses, donc pour certains, les plus âgés et vulnérables, cela montre bien que les trois doses ne suffisent pas). L’exemple de la France est frappant, une campagne est menée pour ça et donc l’idée de se dire qu’il faut attendre l'automne n’est pas pas pertinent, on fait courir risque à ces gens très vulnérables, rien n’empêche d’ailleurs d'avoir un autre vaccin en octobre. Le gouvernement ne se préoccupe pas assez des plus vulnérables, il faut les encourager à faire cette quatrième dose maintenant. Pour les autres, en bonne santé, on peut par contre attendre l’automne”.

Les seniors moins bien protégés

Sur cette même période, 288 des 362 personnes âgées de 65 à 84 ans qui ont dû être hospitalisées à cause du Covid avaient été vaccinées complètement plus une dose de rappel, soit près de 80% ; la proportion est la même pour les admissions en soins intensifs : 35 des 44 personnes de cette tranche d'âge admises aux soins intensifs avaient reçu une vaccination complète plus une dose de rappel. "Si les vaccins actuels continuent à très bien protéger les plus jeunes des formes graves, ils protègent beaucoup moins bien les seniors dont le système immunitaire est moins performant , et ce pour deux raisons : ils sont moins efficaces contre les variants qui deviennent dominants (BA.5), et la durée de la protection s'effrite au cours du temps . En complément des recommandations des autorités sanitaires, il est utile de rappeler les armes dont nous disposons pour protéger les plus vulnérables ", explique-t-il.

Pour améliorer davantage la protection des 65 ans et plus, le professeur préconise de considérer avec son médecin un deuxième rappel de vaccin dès maintenant, en particulier s'il existe des comorbidités prédisposant aux formes graves. "Ce deuxième rappel protégera jusqu'à l'automne et n'empêchera pas d'être re-vacciné au cours de la campagne de vaccination qui est envisagée". Et si la personne a présenté une infection Covid au cours des derniers mois, l'immunologue estime qu'il peut être utile de pratiquer un dosage des anticorps anti-Covid pour établir la nécessité de ce deuxième rappel.


Les anticorps monoclonaux insuffisamment utilisés

Pour les immunodéprimés sévères, Michel Goldman propose de mesurer leur taux d’anticorps anti-SARS-CoV-2 dans la sang dès que possible.

“Et si le taux est inférieur à 260 BAU/ml, le patient est éligible pour l’Evusheld, une combinaison d’anticorps monoclonaux qui protègera jusqu’à l’automne du variant dominant actuellement (BA5), poursuit-il. Un travail récent de l’équipe réputée du Pr Ho à Columbia University à New York démontre en effet que l’Evusheld reste actif contre BA5. Cette opportunité est insuffisamment utilisée dans notre pays bien que le médicament soit disponible, notamment à cause de la contrainte imposée d'un dosage préalable du niveau d'anticorps contre le virus. Cette contrainte vient d'être levée levée pour les patients traités par rituximab , ce qui est une très bonne nouvelle. En fait, cette contrainte devrait être levée pour tous les immunodéprimés sévères, comme c'est le cas en France".


En refusant de commercialiser son anticorps monoclonal, le bebtelovimab, en dehors des Etats-Unis, le laboratoire Lilly prive également les patients sévèrement immunodéprimés d'un médicament pleinement efficace contre les nouveaux variants du Covid19. En France, l'épidémiologiste Antoine Flahault parle d'un "scandale" alors qu'une septième vague frappe le pays,.

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