“Le démarrage imminent d’une vague puissante en Belgique”: le Covid et le variant BA.5 pourraient bien gâcher une bonne partie de notre été

D’après les estimations du professeur Antoine Flahault, épidémiologiste, médecin et directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève (Suisse), on peut s’attendre à ce que le sous-variant BA.5 gâche une bonne partie de notre été. Le professeur de santé publique en profite également pour tacler la politique de testing de la Belgique: “les données ne sont plus disponibles de manière quotidienne, cela rend nos estimations moins fiables."

“Le démarrage imminent d’une vague puissante en Belgique”: le Covid et le variant BA.5 pourraient bien gâcher une bonne partie de notre été
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Alors que les chiffres liés au Covid-19 sont à la hausse en Belgique et dans de nombreux pays européens à l'approche des vacances d'été, faut-il s'inquiéter ? Le variant BA.5 risque-t-il de gâcher notre été ? Nous avons interrogé à ce sujet Antoine Flahault, épidémiologiste, médecin, professeur de santé publique et directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève (Suisse), en collaboration avec les deux écoles polytechniques de Lausanne et de Zürich, qui produisent des prévisions quotidiennes pour plus de trois cents pays et territoires dans le monde, dont la Belgique.

Si les précédents étés depuis le début de la pandémie coïncidaient avec une accalmie du Covid, cet été semble en effet être celui d'une nouvelle vague. Comment l'expliquer ?

"Le Portugal, pays le mieux vacciné d'Europe et qui avait maintenu le port obligatoire du masque dans les transports publics, sort d'une vague qui aura duré trois mois. Il était donc un peu attendu que cette vague se propage dans le reste de l'Europe et qu'elle y entraîne au moins les mêmes conséquences, c'est-à-dire une hausse des cas, des hospitalisations et des décès".


Que disent les modèles concernant l'évolution de cette vague ?

"Nos modèles mathématiques, à l'Université de Genève, en collaboration avec les deux écoles polytechniques de Lausanne et de Zürich, produisent des prévisions quotidiennes pour plus de trois cents pays et territoires dans le monde, dont la Belgique, pour peu que les pays nous fournissent les résultats des tests qu'ils pratiquent. Pour la Belgique, les données ne sont malheureusement plus disponibles de manière quotidienne comme dans d'autres pays d'Europe, ce que nous regrettons car cela rend nos estimations moins fiables . Par ailleurs, le nombre de tests PCR s'est effondré par rapport à cet hiver. Nous prédisons cependant début juillet le démarrage d'une vague puissante, avec un taux de reproduction proche de 1,20, c'est-à-dire une croissance exponentielle rapide de la courbe épidémique. Nous avançons près de 5000 nouveaux cas quotidiens rapportés en Belgique vers le 6 juillet et une mortalité encore faible".

Quelles sont les caractéristiques du sous-variant à l'origine de la hausse des contaminations ?

“Un variant très contagieux est toujours une source de préoccupation. Par exemple les sous-variants BA.1 et BA.2 d’Omicron étaient cinq fois plus transmissibles que le variant Delta et cinq fois moins virulents, grâce aux vaccins. Ainsi, le résultat net a été une mortalité absolue équivalente avec Omicron en comparaison avec les variants précédents. On ne sait pas encore de combien BA.5 est plus transmissible que BA.1 et BA.2, ni quelle est sa virulence exacte, mais ce nouveau sous-variant devrait être associé à un excès de mortalité, notamment chez les seniors, durant l’été et dans toute l’Europe”.

"Les données ne sont malheureusement plus disponibles de manière quotidienne"

Le sous-variant BA.5 risque-t-il de gâcher notre été ?

“L’épidémie liée au sous-variant BA.5 aura duré trois mois au Portugal, on peut s’attendre en effet qu’elle dure une bonne partie de l’été dans le reste de l’Europe désormais. Elle gâchera surtout l’été des personnes âgées et très vulnérables que l’on pourrait protéger efficacement aujourd’hui en les vaccinant, en portant le masque à leur contact, et en les testant au moindre symptôme afin de leur administrer des antiviraux efficaces en cas de positivité pour éviter les complications, l’hospitalisation et le décès”.

Quelles recommandations pouvez-vous faire alors que le rebond se confirme en Belgique ?

“Il faut avant tout protéger les segments les plus vulnérables de la société, c’est-à-dire les personnes âgées de plus de 70 ans, les personnes immunodéprimées, et les personnes non vaccinées ayant des comorbidités (dont bien sûr les enfants). Les plus de 70 ans doivent recevoir quatre doses vaccinales pour être protégées au mieux. Il faut que les personnels et les résidents des maisons de retraite portent des masques, de préférence FFP2. Enfin, tout le monde doit redouter les Covid longs, et pour cela, porter à nouveau le masque en lieux clos qui reçoivent du public est de bonne pratique”.

Est-ce le moment de proposer la deuxième dose de rappel aujourd'hui, pour qui en priorité et pourquoi ?

“Oui, après 60 ans, la quatrième dose vaccinale contre le COVID-19 est indiquée”.

"Une vague tous les trois ou quatre mois"


Comment voyez-vous la suite de l'épidémie ?

“L’histoire récente de cette pandémie nous enseigne que nous subissons de nouvelles vagues tous les trois ou quatre mois”.

Selon vous, quelles sont les priorités pour contrôler au mieux les futures vagues ?

“Il me semble que seule la Belgique en Europe a proposé une mesure efficace pour enrayer les futures vagues, avec son plan « Ventilation ». Il vous appartient de demander à votre gouvernement où il en est à ce propos. Cela me semble la meilleure initiative que l’on peut espérer aujourd’hui en Europe si l’on veut contrer de nouvelles vagues. Car cela consiste à s’attaquer à la racine du problème, c’est-à-dire à la source même des contaminations. Sachant que 95 à 99% des contaminations se produisent en lieux clos, mal ventilés qui reçoivent du public. L’enjeu aujourd’hui est bien d’améliorer la qualité microbiologique de l’air intérieur pour la rendre proche de celle de l’air extérieur où nous ne nous contaminons pas”.


Que doit-on attendre de la nouvelle génération de vaccins anti-covid ? Quels sont les grands enjeux ?

“Malheureusement on apprend qu’Omicron ne laisse pas de trace immunologique à l’organisme qu’il infecte. Je crains donc que cela ne compromette la mise au point de vaccins qui viseraient à induire une immunité notamment contre Omicron. On le saura dans quelques semaines. Heureusement les vaccins existants restent très efficaces contre les formes graves de COVID-19, même celles dues aux nouveaux sous-variants BA.4 et BA.5.”


On parle également souvent du trop faible recours aux anticorps monoclonaux (et autres traitements) ici en Belgique.

“Les anticorps monoclonaux qui étaient efficaces contre les variants Alpha et Delta ne le sont désormais plus ou plus beaucoup contre Omicron. Il reste un seul anticorps monoclonal efficace contre BA.4 et BA.5, c’est le bebtelovimab, mais il est commercialisé par le laboratoire nord-américain Lilly qui refuse de le commercialiser hors des USA. Nos malades immunodéprimés ne pourront donc pas en bénéficier en Europe. Cette attitude du laboratoire pose d’ailleurs question tant sur le plan éthique que moral”.


Doit-on s'attendre à de nouveaux variants et seront-ils forcément moins dangereux au vu de notre immunité ?

"Les nouveaux variants sont généralement sélectionnés par l'évolution parce qu'ils sont plus contagieux et peuvent ainsi s'imposer face aux précédents. La virulence semble une caractéristique plus indépendante du processus évolutif de sélection des variants. Les prochains variants devraient donc être plus, ou autant, ou encore moins virulents que les actuels".

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