"Si je ne paie pas, j'ai un problème. Si personne ne paie, ce sont les fournisseurs qui ont un problème": Don't Pay face à la crise énergétique

Le mouvement Don't Pay propose d'arrêter de payer ses factures de gaz. "Ils se trompent de cible", rétorque un représentant du secteur des énergies.

J.R.

Après avoir rallié des milliers de personnes au Royaume-Uni, le mouvement Don't Pay (On ne paiera pas) progresse en Belgique.

Face à la flambée des prix de l'énergie, ce mouvement incite les citoyens à ne pas payer leurs factures d'énergie pour envoyer un message fort aux fournisseurs et à la classe politique.

Démarré en Flandre, "Wij betalen niet" s'est réuni avec des groupes wallons et bruxellois lundi et se structure donc. La première campagne bilingue de Don't Pay Belgique sera lancée le 17 octobre prochain à Bruxelles.

Sur le plateau de "Pour Info" sur LN24, Peter Terryn, coordinateur du mouvement Don't Pay en Belgique, a expliqué avoir été surpris par le profil des personnes qui ont pris contact avec le mouvement Don't Pay : "Des gens qui gagnaient bien leur vie, qui étaient propriétaires, des gens qui n'étaient pas politisés et qui n'avaient pas d'intérêt à s'organiser".

Une barrière linguistique franchie

Le mouvement qui a démarré en Flandre a réussi à réunir petit à petit les groupes linguistiques sous la même bannière. Comme Peter Terryn l'explique, "il s'agit d'un problème généralisé qui nécessite une solution collective". C'est en travaillant avec des groupes similaires en Wallonie et à Bruxelles que le mouvement a réalisé que tous défendaient les mêmes idées, ce qui les a poussés à s'unir dans une même campagne bilingue.

Ces idées, défendues par le mouvement Don't Pay selon Peter Terryn, soutiennent qu'on ne peut pas résoudre le problème de la hausse des prix du gaz en tant que consommateur: "C'est chez les fournisseurs et les producteurs que le problème se trouve", déclare-t-il.

"Don't Pay se trompe de cible"

Selon Stéphane Bocqué , directeur de la communication de la Febeg (Fédération Belge des Entreprises Électriques et Gazières) et invité également sur le plateau de Pour Info, Don't Pay s'en prend aux mauvaises personnes: "Ils se trompent de cible, la crise est entièrement due à l'élévation des prix du gaz sur les marchés de gros internationaux", déclare-t-il en assertant que la réponse du mouvement Don't Pay est inadéquate.

Stéphane Bocqué revient sur la réalité énergétique précédant la crise, avançant que pour 180 terawatt-heure par le passé, la Belgique payait 3 milliards 600 millions d'euros d'importation sur le marché du gros énergétique. Aujourd'hui, elle en paierait 36 milliards, même si ces prix fluctuent et peuvent descendre. A savoir que la Belgique importe cent pour cent de son gaz et que c'est donc "vers des pays tiers exportateurs de gaz que la Belgique s'appauvrit de 33 milliards d'euros par an", avance-t-il.

Le directeur de la communication de FEBEG ajoute que les fournisseurs sont eux-mêmes en négatif: "dans les activités de fourniture, tous les fournisseurs belges et européens sont dans le rouge", déclare Stéphane Bocqué. Selon le rapport de l'association européenne des régulateurs européens, les fournisseurs sont effectivement dans le rouge et ont aussi "des problèmes de liquidité importants". Les rapports montreraient également, selon Stéphane Bocqué, que "en 2021, les 5 fournisseurs belges ont fait une perte de 0,5%".

Il faut alors selon lui distinguer la question du profit à celle du surprofit. Stéphane Bocqué explique qu'Il faut distinguer producteur et fournisseur et, du côté de la production, il faut se rendre compte qu'il s'agit d'un marché "très cyclique" et historique, dans lequel se font des "investissements industriels de très longs termes et extrêmement risqués", ce qui signifie qu'on peut réellement se faire une idée en observant les chiffres sur une durée de plusieurs années et non pas de 6 mois pour "juger de la rentabilité d'un asset industriel de ce type", ajoute-t-il. "Sur la décennie, les centrales de gaz et certaines centrales nucléaires ont connu de très grandes difficultés avec des pertes certaines années abyssales, déclare Stéphane Bocqué. il faut donc regarder ça dans une perspective historique."

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