"La Fédération Wallonie-Bruxelles finance la destruction du marché de la presse avec l’argent des citoyens, c’est surréaliste"

Pour les groupes de presse Rossel et IPM, le contrat de gestion de la RTBF ne résout en rien les problèmes de concurrence déloyale.

La Libre Eco
French speaking national broadcaster / Head office buiding / Brussel, Belgium
©Wim Robberechts / Photo News

La RTBF est tellement puissante au sein de la Fédération Wallonie Bruxelles, que c’est finalement elle qui impose son contrat de gestion”, commence d’emblée le communiqué de presse conjoint de Bernard Marchant (administrateur-délégué du groupe de presse belge Rossel) et François le Hodey (administrateur délégué d’IPM Group). Ceux-ci estiment que “le sixième contrat de gestion de la RTBF négocié par la ministre Bénédicte Linard ne résout pas les problèmes de concurrence déloyale de la RTBF sur internet. La ministre Linard rate ici une responsabilité historique d’arriver à différencier les missions de la RTBF par rapport à celles de la presse.

En 2014, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’était engagée vis-à-vis de l’Europe à ce que la RTBF ne fasse plus de concurrence déloyale. Des balises claires avaient été convenues, son site internet devait être principalement audiovisuel, son activité de presse en ligne devait rester accessoire et liée à sa programmation de radio et de télévision.

Ces balises n’ont jamais été respectées par la RTBF, le CSA l’a constaté mais il n’a jamais sanctionné la RTBF”, déplorent les groupes Rossel et IPM. “Le secteur de la presse espérait beaucoup de ce nouveau contrat de gestion, les éditeurs ont partagé en transparence tous les enjeux économiques, mais le résultat est très décevant.

”Plus de libertés à la RTBF pour concurrencer la presse”

Selon les administrateurs-délégués, “ce nouveau contrat de gestion donne en fait plus de libertés à la RTBF pour concurrencer la presse”.

La ministre des Médias déclare que les activités de presse en ligne de la RTBF seront différenciées de celles de la presse parce que 100 % de ses articles devront être liés à la programmation audiovisuelle. Cette balise est en fait vide, car le site internet fait partie, dans le contrat, des activités audiovisuelles, c’est donc une balise circulaire. La vraie balise avait été définie avec la Commission européenne, soit 100 % des articles devaient être liés à la programmation de télévision et de radio. Or la ministre a abaissé cette balise de 100 % à 60 %.

Le pluralisme de l’information, ce n’est pas avoir un service public tout puissant et omniprésent grâce à d’énormes subsides. Le pluralisme de l’information, c’est créer les conditions économiques pour qu’une pluralité de médias puisse se développer”, tancent Bernard Marchant et François le Hodey. “Le service public a sa place dans ce pluralisme, mais il devient une menace pour le pluralisme quand il mène, avec l’argent public, une concurrence qui affaiblit les médias privés. Pour les éditeurs de presse, ces derniers mois ont confirmé la détermination du service public de mener une concurrence frontale avec la presse.

Face à cette détermination de la RTBF, "le monde politique s’est révélé ne pas être en mesure de fixer des règles du jeu équitables", regrettent les administrateurs-délégués. “Au sein de la coalition, le lien entre pluralisme et concurrence loyale est bien compris par le MR, mais les autres partis ne partagent pas cette analyse.

Nous sommes face à un vrai problème de démocratie, la FWB finance la destruction du marché de la presse avec l’argent des citoyens, c’est surréaliste. Les éditeurs de presse attaqueront devant les autorités administratives et juridictionnelles compétentes, ce sixième contrat de gestion.

"La ministre Linard dit que c’est le texte le mieux balisé d’Europe, peut-être, mais alors en faveur du service public”, avance Bernard Marchant. "On parle partout d’exemplarité du service public, ici je ne vois que des règles qui ne sont pas respectées dans l’indifférence du CSA et du gouvernement", conclut quant à lui François le Hodey.

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