"Discours aberrants", "Pas un mot pour les victimes" : les violences sexuelles banalisées dans les universités

La détention du suspect accusé du viol d’une étudiante de l’ULB est prolongée d’un mois. Du côté du milieu universitaire, l’indignation règne.

Bruxelles - Campus de la plaine (ULB): Une étudiante a été victime d'un viol le mercredi 28 decembre 2022 sur le campus ULB. Les faits se sont déroulés sur un chemin non éclairé à côté du bâtiment NO  (physique mathématique). A Bruxelles le 4 janvier 2022
©JC Guillaume

Le suspect accusé d’avoir violé une étudiante sur le campus de l’ULB comparaissait ce vendredi devant la chambre du conseil qui a décidé de le maintenir en détention pour trente jours. Les faits remontent au mercredi 28 décembre lorsqu’une étudiante de 21 ans a traversé le site, après une journée de blocus, pour aller faire son sport. En chemin, elle s’est fait attraper par un individu qui a commis l’irréparable. Le suspect a finalement été interpellé. Il s’agit d’un sans-abri de 23 ans qui a entraîné la mort d’un autre sans-abri en 2021. Il était sorti de prison en août dernier.

Du côté du milieu universitaire, l’indignation règne. “Encore un fait de viol épouvantable sur un campus universitaire. Cette fois, c’est à l’ULB qu’une jeune femme a été violée. Comment expliquer qu’il puisse y avoir sur le campus des endroits à la fois mal éclairés, sans caméras et sans surveillance du service de gardiennage ? Si les autorités compétentes n’étaient pas au courant de cette configuration problématique, le violeur avait manifestement compris qu’il pourrait tranquillement commettre à cet endroit son crime abject”, déplore Danièle Zucker, docteur en psychologie et analyste du comportement criminel, qui a dirigé durant seize ans le service d’urgences psychiatriques au sein du CHU Saint-Pierre, à Bruxelles.

Selon Danièle Zucker, également auteure du livre “Le viol au-delà des idées reçues”, les auteurs des violences sexuelles sur les campus ne sont pas toujours, comme c’est le cas avec la dernière affaire, le fait d’étrangers à la communauté universitaires. “Des étudiants ou même des professeurs peuvent être impliqués. Or, dans ces cas, des discours aberrants sont encore tenus et contrastent singulièrement avec la volonté affichée de mener des 'politiques volontaristes pour endiguer 'les violences sexuelles”, poursuit-elle.

”J’ai pu en faire l’expérience personnelle au cours d’une réunion avec un vice-recteur et la responsable de la cellule d’accueil des victimes de violences sexuelles d’une de nos universités. Ces autorités académiques m’ont affirmé que les étudiants qui commettaient des agressions sexuelles sur leur campus n’étaient pas 'des prédateurs', même s’ils 'ne respectent pas tout à fait le consentement'. Il s’agissait simplement de 'jeunes hommes entre 18 et 25 ans qui avaient de nombreuses expériences sexuelles'. Le plus important, selon les mêmes interlocuteurs, était de 'ne pas sanctionner ces jeunes hommes pour ne pas compromettre leur avenir.' Mais pas un mot pour les victimes.'”

Selon elle, toute la procédure qui va de la plainte à la sanction éventuelle doit être revue. “Comment expliquer que les commissions disciplinaires, qui interviennent quand les auteurs font partie de la communauté académique, ne soient constituées que d’étudiants et de professeurs ? Quelle est leur formation dans le domaine extrêmement complexe des violences sexuelles ? Quelles sont leurs compétences pour mener les enquêtes nécessaires, et, en particulier, les entretiens avec les victimes et agresseurs sexuels ? Quelles sont enfin leurs connaissances sur le fonctionnement des auteurs de violences sexuelles ? À tout le moins, pour pouvoir analyser correctement et, le cas échéant, sanctionner et aider, ces commissions devraient inclure des professionnels de ces problématiques, qui agiraient en tant qu’enquêteurs et rapporteurs”, conclut-elle.

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