Il sera 17h cet après-midi, quand la colonne s’ébranlera. Un long serpentin de deux kilomètres de long, parti de la rue de la Loi pour défiler tête haute face au nouveau souverain. Comme toujours pourtant, ce moment de la fête n’est que la partie émergée de l’iceberg. Cela fait des mois que la Défense se prépare.

Jeudi. Troisième jour de répétition. À Peutie, un peu plus de 80 véhicules ronronnent paisiblement. Aux écoutilles des soldats et leurs cadres patientent. La sueur perle sur leurs fronts, le soleil frappe durement les blindages verts immaculés. Briqués à l’excès presque, tout comme les pneus.

Puis une voix lance la manœuvre via des hauts parleurs. Un tour du quartier plus loin, voila deux colonnes rangées au millimètre. Les équipages attendent au garde à vous au pied de leurs machines, la simulation de revue. Aujourd’hui, pour le véritable spectacle, c’est le Roi qui passera.

Spectacle, c’est le mot. Anachronique peut-être, et pourtant un grand moment pour la Défense belge. Méconnue de la population, elle compte beaucoup sur le défilé pour exposer son évolution. Matérielle bien sûr, mais pas seulement.

Comme les troupes motorisées, la colonne à pied - qui répétait encore vendredi - est pleine de visages jeunes et enthousiastes. Certes la parade est longue, mais pour beaucoup l’honneur et la fierté font oublier les crampes et la chaleur.

Comme les élèves de l’École Royale Militaire, en tenue de gala, héritage du passé, qui ouvriront avec les représentants des autres écoles militaires le défilé. Ou plutôt marcheront dans les pas des vétérans et des jeunes stagiaires de l’air, de la marine ou des paras.

Ils seront suivis d’autres : militaires revenus d’opération, commandos, emblèmes, logistique, artillerie, marine, aviation,… toutes les composantes seront représentées, tout le savoir militaire belge.

Bien sûr une telle démonstration de force ne convaincra pas tout le monde, mais pour ceux qui défileront tout à l’heure, cet exercice difficile est unique. Pas dans une carrière - certains ont déjà défilé plusieurs fois - mais parce qu’il constitue un de ces rares moments où militaires et citoyens du pays peuvent entretenir le lien qui unit l’armée et la nation.