Voici l'analyse de Christian Laporte suite à la diffusion du discours du Roi Albert II à l'occasion de sa dernière Fête nationale en tant que chef de l'Etat:

Sobre et en même temps émouvant et très empathique ce qui ne l'empêcha pas de lancer quelques mises à garde: le discours d'au revoir d'Albert II aux Belges, fut à l'image de son règne caractérisé par la grande proximité entre ceux-ci et le chef de l'Etat. Pour le Roi, il n'y a pas un fifrelin de doute là-dessus: elle doit se poursuivre et se poursuivra sous le règne de Philippe!

Le règne d'Albert II avait débuté dans la communion autour de son prédécesseur. Il a dès lors salué la mémoire du roi Baudouin et son « grand sens de l’Etat et du devoir » qui alla de pair avec « un souci pour les plus faibles de notre société ».

Puis comme il sied dans un ultime face à face avec la Nation, le Roi a dit sa gratitude à différents groupes de responsables de la société belge. A tout seigneur tout honneur, d'abord au monde politique. Même si certains lui en ont fait voir de toutes les couleurs – surtout jaunes et noires... - Albert II a « apprécié la compétence, le dévouement et le sens du compromis constructif, de très nombreux hommes et femmes politiques. Si notre pays n’est pas toujours facile à gouverner, son pluralisme constitue une richesse démocratique précieuse ».Puis le Roi s'est dit impressionné par le «  remarquable sens de l’intérêt général dans des circonstances difficiles » de ces décideurs. Et de citer « in a nutshell » les accords budgétaires pour 2013 et 2014, le compromis trouvé sur le statut ouvriers-employés et les solutions dégagées pour l’approvisionnement de notre pays en électricité. Sans oublier la réforme de l’Etat et le fait que « sur le plan économique et social, la Belgique a trouvé un souffle nouveau tant sur le plan intérieur qu’européen ». L'opposition ne manquera pas de stigmatiser cette autopromotion gouvernementale – car Elio Di Rupo a forcément relu le discours - mais certaines vérités peuvent être dites face à la redoutable contre-propagande gratuitement destructrice du plus grand parti flamand.

Albert II a ensuite rendu hommage à la fonction publique, plus particulièrement à tous les militaires qui ont servi ou qui servent encore en opérations de paix à travers le monde alors que, soit dit en passant, les moyens de l'armée sont en permanence dans le collimateur du hachoir budgétaire.

Puis le Roi ne pouvait oublier le monde économique qu'il connaît de près depuis un demi-siècle non sans féliciter aussi les partenaires sociaux « qui se sont efforcés de préserver la dimension sociale de notre développement économique ».

Dans ses remerciements, il ne pouvait oublier, là en symbiose avec la Reine, le monde culturel « qui témoigne d’une étonnante créativité due au fait que notre pays se situe aux confins de plusieurs grandes cultures ». Et puis, enfin, il fit l'éloge du monde associatif qui lui tient particulièrement à coeur car sa vitalité et sa générosité sont « un grand atout pour le pays ». 

Une Belgique unie

A l'heure de céder le sceptre à Philippe, le Roi a aussi exprimé quatre souhaits. Le plus cher? Bien évidemment « que la Belgique garde sa cohésion ». Difficile? Non car « elle s’est transformée depuis une quarantaine d’années, de façon pacifique et démocratique, d’un Etat unitaire en un Etat fédéral où les entités jouissent d’une très large autonomie. Et avec la mise en œuvre de la 6ème réforme de l’Etat, cette autonomie va se renforcer considérablement ».

Premier roi fédéral il fut, premier roi fédéral il restera: « dans un monde qui change rapidement, il est important que chaque responsabilité publique soit exercée au niveau qui est le plus équitable et le plus efficace. De même, je suis convaincu que le maintien de la cohésion de notre Etat fédéral est vital, non seulement pour la qualité de notre vie ensemble, qui nécessite le dialogue, mais aussi pour la préservation de notre bien-être à tous ».

Mais le Roi a aussi appelé les Belges à continuer à croire fermement dans l’Europe car « cette construction européenne est plus que jamais nécessaire. Dans beaucoup de domaines les défis ne peuvent être rencontrés qu’au niveau européen » où on peut aussi le mieux défendre certaines valeurs. Comme «  la richesse de la diversité, le pluralisme démocratique, la tolérance, la solidarité et la protection des plus faibles », toutes tellement mises à mal par la montée des populismes sur le Vieux continent. Pour le Roi, le projet européen doit dépasser les visées budgétaires, et mettre l’accent sur la croissance durable, sur l’emploi, sur les perspectives d’avenir pour les jeunes, sur la justice sociale, et sur la culture. Avec la Belgique comme acteur important qui fut et doit rester « un moteur d’une construction européenne où la dimension humaine et démocratique est centrale ». Mais pour Albert II, la Belgique doit rester ouverte aux pays en développement. En particulier « à l’Afrique Centrale avec laquelle nous avons tissé tant de liens, et qui traverse aujourd’hui tellement d’épreuves ».

Vint alors le moment le plus attendu de son allocution et l'expression d' « un souhait très cher comme Roi et comme père » qu'il répéta également en allemand : « entourez le futur Roi Philippe, et la future Reine Mathilde, de votre collaboration active et de votre soutien. Ils forment un excellent couple au service de notre pays et ils jouissent de toute ma confiance ».

Lui-même et la Reine continueront de leur côté à s'intéresser discrètement à « ce qui se passe dans notre pays que nous aimons tant »...