Le bonus social du PS lance le débat sur l’allocation universelle. Les partis se positionnent. 

Dans son discours pour la fête du travail, Elio Di Rupo a proposé un "bonus social généralisé". Via ce droit individualisé, chaque personne doit percevoir un revenu minimum de 1.083 euros par mois, peu importe sa situation familiale ou celle de son ménage. Le bonus social du PS n’est cependant pas une allocation universelle. En effet, il ne vise pas tous les Belges et ne doit profiter "qu’à ceux qui en ont réellement besoin", soit les travailleurs précarisés, les demandeurs d’emploi, et ceux qui ne peuvent disposer d’une allocation de chômage ou d’insertion. Reste que le principe est dans l’air du temps : nous avons donc demandé aux cinq principaux partis, ou à des membres bien connus de ceux-ci, de se positionner sur l’allocation universelle.

Georges-Louis Bouchez , délégué général du MR, est auteur d’une proposition étayée d’allocation universelle : 1.000 euros pour tous, tout en supprimant la sécurité sociale, et 1.600 pour tout le monde dès 67 ans. Lancée à titre personnel, précisons que cette proposition ne figure pas actuellement dans le programme du MR. Reste que l’agitateur d’idées des libéraux ne goûte absolument pas la proposition de son meilleur ennemi, Elio Di Rupo. "Avec le bonus social, celui qui bosse risque de gagner moins que le chômeur. Si vous avez 1.200 euros par mois en travaillant, en comptant les taxes et les cotisations sociales à payer, vous serez sous les 1.100 euros. C’est un piège à l’emploi de plus. Le PS renforce encore une fois sa logique d’assistanat", détaille Georges-Louis Bouchez. "Autre problème : ce système entraînera d’énormes lourdeurs administratives. Enfin, il y aura un surcoût de plusieurs milliards d’€ car le PS veut donner 1.100 euros à tous, sans rien supprimer de la sécurité sociale."

Philippe Defeyt (Ecolo) a lui aussi proposé, à titre personnel, un modèle d’allocation universelle. "La proposition d’Elio n’est pas claire même si c’est bien qu’on ait ce débat", assène-t-il, tout en se demandant par ailleurs si les indépendants auront droit au bonus social. "De plus, il a choisi le montant de 1.083 euros car il correspond au seuil de pauvreté. Mais on se trompe : ce n’est valable que pour les isolés. Pour un couple, c’est 1.650 euros. Pour un couple avec deux enfants, 2.300 euros. Personnellement, je plaide pour une allocation universelle de 600 euros pour tous, chômeur ou travailleur, isolé ou non, qui s’ajoute aux revenus du travail, sans rien supprimer de la sécurité sociale existante. J’y ajoute 300 euros par enfant."

Du côté du PTB, on se dit opposé au principe d’allocation universelle. " On préfère un renforcement de la sécurité sociale existante, tout en arrivant à l’emploi pour tous. Pour ce faire, il faut d’abord réduire le temps de travail", précise Germain Mungongo, porte-parole du PTB, avant de glisser, malicieux : "Je suis par ailleurs heureux que le PS nous rejoigne enfin sur l’idée de donner à chacun un revenu au-dessus du seuil de pauvreté."

Enfin, le cdH n’apprécie ni l’idée de bonus social ni celle d’allocation universelle. "Cela va à l’encontre de notre conception. Nous ne souhaitons pas remplacer la sécurité sociale par une allocation universelle qui réglerait soi-disant tous les problèmes", assène Antoine Borman, directeur du centre d’étude du CDH. "O n préfère le travail universel que l’allocation universelle. Notre accent serait plutôt mis sur la manière de concilier au mieux vie professionnelle et de famille."