Pour la célèbre juge d’instruction, un bon ministre de la Justice doit trouver l’équilibre entre le rationnel et l’émotionnel

La nomination du pénaliste Eric Dupond-Moretti continue de faire parler d’elle, tant en France que chez nous. Après avoir demandé aux ténors du barreau belge s’ils s’imaginaient à ce même poste au plat pays, nous avons posé la question à la célèbre juge d’instruction Anne Gruwez, récompensée à plusieurs reprises pour le documentaire Ni juge ni soumise.

Alors, prête à porter cette casquette, notre inimitable star de la magistrature ?

“J’ai commencé à travailler au cabinet du ministre de l’Intérieur et vice Premier ministre à l’époque, en 1986. Je travaillais sur des réformes administratives et législatives ainsi que sur des négociations gouvernementales. Tout cela n’a pas pu énormément changer en 30 ans. L’énergie pour me relancer là-dedans, je l’ai. J’ai une idée du fonctionnement des cabinets”. De là à franchir le pas ? Pour la juge d’instruction, ce qu’il faut avant tout pour être un bon ministre de la Justice, c’est un équilibre entre le rationnel et l’émotionnel. “Il faut être rationnel dans les réformes que l’on prend mais si vous êtes purement technicien, vous allez vous planter. L’appui du peuple est primordial et sans l’émotionnel, vous ne l’avez pas. À ce poste-là, il faut aussi savoir déléguer, ne pas être là pour imposer un raisonnement sec, qui paraît économiquement convenable mais qui ne tend pas vers une paix sociale, ce qui est indispensable dans la gestion d’un pays”.

Une connaissance du terrain s’impose aussi selon la juge d’instruction qui accueille d’ailleurs bien la nomination du pénaliste Dupond-Moretti chez nos voisins. “ça change, une fois !”, s’exclame-t-elle avec l’accent bruxellois qu’elle maîtrise, avant d’ajouter que les” qualités émotionnelles, Eric Dupond-Moretti les maîtrise. Mais il faut que son côté rationnel soit aussi fort”, ajoute la juge qui, au poste de ministre de la Justice, accepterait volontiers les critiques :”J’ai suffisamment d’autodérision et c’est essentiel !”, sourit celle qui ajoute enfin être bilingue. Un critère non négligeable dans un gouvernement fédéral belge.