Belgique

La défense de Mehdi Nemmouche viole le secret professionnel, a dénoncé lundi en fin de journée Me Marchand, conseil du centre pour l'égalité des chances Unia.

L'avocat dénonce des éléments apportés devant la cour d'assises de Bruxelles qui concernent Mohamed Bakkali, inculpé pour les attentats de Paris et également défendu par Me Courtoy. L'avocat de Mehdi Nemmouche a fait une demande de devoir visant à vérifier l'occupation des cellules à la prison de Bruges. Cette démarche permettrait selon lui de montrer que c'est en fait Mohamed Bakkali, et non Mehdi Nemmouche, qui se trouvait dans une position lui ayant permis de donner des informations sur les attentats de Bruxelles à Salah Abdeslam.

L'arrêt concernant cette demande n'a pas encore été rendu.

"Si la cour constate une faute déontologique, un procès-verbal doit être dressé et envoyé au bâtonnier", a dénoncé Me Marchand.

"Je n'ai pas d'information sur Bakkali, je n'ai donc pas de base solide pour dresser un PV", a réagi la présidente de la cour. C'est éventuellement aux avocats de saisir le bâtonnier, a-t-elle ajouté.

Me Courtoy ne s'est pas montré impressionné par la remarque de son confrère. Il a fustigé la "délation" de Me Marchand et s'est dit certain que sa démarche n'aboutirait à rien. Son collègue Me Laquay a ajouté que c'était lui qui avait formulé la demande de devoir.

"Nemmouche a du charisme"

"Mehdi Nemmouche est un homme intelligent qui a du charisme. Et il l'exerçait dans le sens de ses convictions religieuses. Je pense qu'il a influencé Nacer Bendrer. En détention, son comportement (de Bendrer, NDLR) s'est sans doute calqué sur celui de Mehdi Nemmouche", a déclaré l'ancien directeur de la prison de Salon-de-Provence, lundi après-midi devant la cour d'assises de Bruxelles.

"Nacer Bendrer, au départ, me semblait être davantage un détenu classique. Par contre, par la suite... Mehdi Nemmouche, lui, dès son arrivée nous le suivions", a déclaré le témoin qui était directeur de la prison de Salon-de-Provence entre 2008 et 2011, lorsque Nacer Bendrer et Mehdi Nemmouche y étaient incarcérés.

"Nous savions dès le début que Mehdi Nemmouche avait une propension à imposer une vision rigoriste de sa religion. Cela se traduisait par les comportements vestimentaires, physiques, mais aussi les prières dans les salles d'activité alors que c'est interdit. Il sortait en djellaba, avec tapis de prière... Mehdi Nemmouche est un homme intelligent qui a du charisme. Et il l'exerçait dans le sens de ses convictions religieuses. Je pense qu'il a influencé Nacer Bendrer. En détention, son comportement s'est sans doute calqué sur celui de Mehdi Nemmouche", a poursuivi le témoin.

La défense accuse le directeur de la prison de mentir

La défense de Mehdi Nemmouche a accusé lundi devant la cour d'assises de Bruxelles l'ancien directeur de la prison de Salon-de-Provence, dans laquelle a été détenu l'accusé, d'avoir menti au sujet d'un éventuel projet d'attentat. Le directeur de l'époque avait affirmé en juin 2015 que Mehdi Nemmouche avait été transféré de la prison en raison d'un éventuel projet d'attentat au sein de l'établissement pénitentiaire, en 2010. "Quand il affirme avoir demandé le transfert de Mehdi Nemmouche le 15 novembre 2010 en raison du projet d'attentat, il se contredit", a relevé Me Taelman, avançant que cette éventuelle attaque n'avait été évoquée pour la première fois qu'en 2015 et l'information datée par le directeur au 25 novembre 2010, soit après la demande de transfèrement de l'accusé. Mehdi Nemmouche a été transféré dans un autre établissement pénitentiaire, à Avignon, le 2 décembre 2010.

Une quinzaine de jours plus tôt, un rapport établi par le directeur de la prison dénonçait à l'administration pénitentiaire le fait que plusieurs détenus étaient en train de créer un véritable pôle prosélyte au sein de l'établissement. Dans ce rapport figurait également "l'arborescence" rédigée par la direction de la prison, dans laquelle le nom de Mehdi Nemmouche figurait en bonne place. En conclusion, le directeur appelait à "casser la dynamique du prosélytisme naissant" dans la prison et sollicitait donc le transfèrement de certains détenus.

Plus de quatre ans plus tard, en juin 2015, le directeur de la prison à l'époque affirmait qu'il avait demandé le transfèrement de Nemmouche après avoir appris qu'un "attentat-suicide" était en préparation. "Il se contredit dans son audition", a pointé Me Taelman, conseil de Mehdi Nemmouche. "Il n'en parle absolument pas (du projet d'attentat, NDLR) dans sa lettre du 15 novembre", et dit même avoir été informé "par une source" à la date du 25 novembre 2010, soit 10 jours après avoir demandé le transfèrement de détenus.

Me Taelman a également soutenu que les différents témoins entendus lundi matin, soit des membres du personnel de différents niveaux hiérarchiques de la prison, avaient tous indiqué (à l'exception du chef de détention, NDLR) ne pas avoir eu connaissance de ce projet d'attentat dans la prison. "Ils n'étaient pourtant pas si bas classés, mais on invoque un 'devoir de réserve'", a-t-elle ironisé.

La défense de Nacer Bendrer a elle aussi fustigé le rapport de l'ex-directeur de la prison. "Je m'interroge sur ce qui lui a permis d'écrire, en 2010, que Nacer Bendrer était radicalisé. Ce rapport n'est pas innocent, c'est le seul élément", mais il "ne repose sur rien d'objectif", a dénoncé Me Vanderbeck.

Transfert difficile

Mehdi Nemmouche s'est montré très virulent lorsqu'il a été transféré de la prison de Salon-de-Provence, fin 2010.

L'administration pénitentiaire française avait décidé de le déplacer pour désorganiser le réseau de détenus radicalisés dont il faisait partie, a rapporté lundi devant la cour d'assises de Bruxelles une responsable de la prison. Mehdi Nemmouche a été détenu à Salon-de-Provence, en compagnie de Nacer Bendrer et Mounir Attallah, en 2009 et 2010.

Sa radicalisation était visible, selon le témoin entendu lundi matin au procès de la tuerie au Musée juif de Belgique. "Il portait une barbe importante, très souvent la djellaba et il faisait du prosélytisme, a-t-elle précisé.

L'administration pénitentiaire était consciente de l'existence du groupe radicalisé. La tentative d'auto-circoncision de l'un d'eux a particulièrement mis en évidence la contagion du phénomène entre détenus, qui devenaient plus distants avec le personnel.

Il a dès lors été décidé de transférer Mehdi Nemmouche à Avignon pour faire éclater ce groupe. "Il s'est montré assez virulent alors qu'il était très calme d'habitude. Il a crié Allahu Akbar", s'est rappelé le témoin.

Quant à Nacer Bendrer, la responsable au sein de la prison n'en ayant pas de souvenir, elle affirme qu'il n'était pas turbulent. Mounir Attallah était lui plutôt affable avec le personnel, selon elle.

Nacer Bendrer était "un détenu comme les autres"

Contrairement à Mehdi Nemmouche qui a marqué les esprits des membres du personnel de la prison de Salon-de-Provence, Nacer Bendrer n'a pas laissé de souvenirs particuliers, ont déclaré des témoins lundi devant la cour d'assises de Bruxelles, au procès de la tuerie du Musée juif de Belgique. "Nacer Bendrer était un détenu standard", a souligné le chef de détention de l'époque. "Il recevait des visites, était assisté. Il n'était pas autant ciblé par notre surveillance que Mehdi Nemmouche."

Le schéma censé illustrer le réseau radical et prosélyte au sein de la prison, sur lequel apparaissaient les deux accusés, était basé sur des suppositions, a reconnu le témoin.

Mounir Attalah, qui était détenu avec Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer en 2009 et 2010, a lui été qualifié de "délinquant marseillais bien implanté" mais qui "ne posait pas difficultés" particulières dans l'établissement pénitentiaire.

Le chef de détention de Salon-de-Provence est revenu sur "un bruit de couloir" remonté d'un détenu et faisant état "d'un projet de projection" d'objets interdits dans la prison. En réponse à une question de Me Laquay, qui défend Mehdi Nemmouche, il a indiqué qu'il n'était pas en mesure d'établir un lien entre l'accusé et l'éventuel projet d'attentat. Les autres témoins amenés à s'exprimer lundi matin ont dit ne pas avoir eu connaissance d'un tel projet.