Belgique

La cour refuse les témoins de la défense, qui laisse entendre que Mehdi Nemmouche pourrait dès lors se taire.

La défense de Mehdi Nemmouche, accusé d’avoir assassiné quatre personnes au Musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014, a subi un revers jeudi à l’issue d’une audience introductive au cours de laquelle la liste des témoins doit être arrêtée.

Mehdi Nemmouche était bien présent à l’ouverture de son procès. Les cheveux coupés court, une barbe discrète soigneusement taillée, il s’est exprimé à plusieurs reprises.

Il a ainsi laissé supposer qu’il n’adopterait pas la même ligne de défense que Salah Abdeslam qui, lors de son procès en janvier dernier, avait refusé de s’exprimer, sauf pour dire qu’il ne reconnaissait pas le tribunal et que "son seul juge était Allah".

Me Sébastien Courtoy, un des trois avocats de Mehdi Nemmouche, a d’entrée de jeu laissé entendre que son client que l’on a vu très attentif, contesterait les faits et qu’il était venu pour parler : "Après ces quatre années, il veut que son innocence soit reconnue."

La défense voulait faire entendre les ambassadeurs d’Israël à Bruxelles et à Berlin ainsi que le patron du Mossad. Le but était, d’après Me Courtoy, de voir "le véritable pedigree des époux Riva", soit le couple de touristes israéliens qui a été tué au Musée juif.

La défense estime que le couple a travaillé en Europe pour les services de renseignement israéliens et qu’ils auraient été expressément ciblés, ce qui contredirait la thèse de l’attentat aveugle. L’avocat de la famille Riva le conteste, répétant que le couple est venu à Bruxelles en citytrip pour un anniversaire de mariage.

La présidente de la cour d’assises a infligé un second revers en refusant d’adjoindre, à la liste des témoins préétablie, des policiers que Me Courtoy estimait déloyaux et qu’il aurait voulu soumettre à la question.

La cour n’a pas plus accepté une demande formulée par Mehdi Nemmouche en personne. Il ne souhaite pas que six membres de sa famille soient convoqués. D’une voix claire, sans élever le ton, Mehdi Nemmouche a argumenté : il n’a plus vu ces proches depuis longtemps, leurs témoignages "n’apportent rien" et pourraient être préjudiciables à leur santé.

Nouveau coup dur pour la défense, la cour a refusé de retirer de la liste des témoins les quatre journalistes français, otages en Syrie et qui ont reconnu Nemmouche comme un de leurs geôliers. Pour Me Henri Laquay, qui défend aussi Mehdi Nemmouche, "cette affaire ne concerne pas la tuerie du Musée juif".

Au nom de la défense, il a formulé le souhait de reporter le procès de 15 jours en raison d’un dépôt tardif de pièces par le ministère public.

Cela a aussi été refusé, à la colère de Me Sébastien Courtoy, qui a laissé entendre à l’issue de l’audience, que Mehdi Nemmouche, à la suite de ces revers, pourrait bien se taire lorsque les débats débuteront effectivement le 10 janvier.