Belgique Chacun, à son échelle, a été touché par les événements tragiques de mardi. Nous avons contacté des spécialistes, qui étaient en première ligne, et qui ont pu nous éclairer sur la manière de se relever, de faire le deuil.

Pour la population belge

Seuls quelques rares citoyens semblent traverser l’épreuve sans montrer de séquelles. Dans l’ensemble, la population semble accuser le coup. Oublier est impossible. Mais alors, comment s’en remettre ?

Nous avons contacté Vincent Yzerbyt, psychologue spécialiste des émotions collectives à l’UCL, et, pour lui, il faut "combiner un moment de recueillement, de deuil et de prise en compte de la douleur des personnes touchées. Pour ce faire, il faut instaurer une période de deuil national. Cela passe aussi par une forte reconnaissance de la tragédie qui vient de se produire, il faut donner un espace de parole."

Pour le spécialiste, les Belges doivent pouvoir trouver une manière d’exprimer leur peur, leur souffrance "dans un espace public - les médias, les réseaux sociaux - ou dans des manifestations de solidarité comme en face de la Bourse. C’est salutaire que les gens puissent se rassembler, partager, se rassurer mutuellement."

Mais, et l’expert insiste sur ce point, il faut avoir accès à une information de qualité, et être clair. "Ce que les autorités ont fait est assez bénéfique. Elles ont choisi de ne pas entrer dans un mode exceptionnel. Elles ont opté pour la poursuite des activités au maximum. Afin d’éviter ce qu’on a vu la fois précédente, une sorte de stand-still du pays, ce qui crée toute une série de difficultés pour de nombreuses personnes."

Évoluer donc, continuer, ne pas fléchir, voilà le meilleur moyen de se remettre. Il ne faut pas minimiser les événements, mais la marche en avant est le meilleur moyen de franchir l’épreuve. "C’est de nature à permettre aux gens de se retrouver dans leur milieu, d’échanger plutôt que de se morfondre, enfermés chez eux."

Et d’ajouter : "Il faut se distraire, penser à autre chose, et reprendre le travail est une bonne solution pour échanger et surmonter."


Pour les services de secours

Les services d’urgences, pompiers, policiers, soignants et d’autres encore ont effectué un travail irréprochable, tout le monde s’accorde à le souligner. Il n’est reste pas moins qu’ils ont été confrontés à une des épreuves les plus traumatisantes de leur vie. Et eux aussi ont besoin de soutien et d’aide en ces moments sombres.

Beaucoup de membres de ces services de secours ont dû affronter l’horreur de face, et comme l’explique le psychiatre, Gérald Deschietere,  "ils ont été confrontés à des images particulièrement dures sur les deux lieux des attentats. Il faut souligner que nos collègues urgentistes ont effectué un travail remarquable dans des conditions très difficiles. Ils ont pu avoir peur pour leur vie, il y a eu plusieurs attentats. Donc, il a fallu pouvoir aussi écouter la crainte. Ce n’est pas parce qu’on est un soignant qu’on doit être imperméable au sentiment de peur."

Dans l’absolu, ils ont tous fait preuve d’un courage et d’une force d’esprit très forte, mais le traumatisme de ce qu’ils ont vu à Zaventem et dans la station de métro Maelbeek laissera des traces.  "Il faut dans ces cas-là pouvoir rassurer. Il faut pouvoir leur dire qu’on peut être un bon soignant même si on a l’impression de ne pas avoir fait tout ce qu’il fallait. Notre rôle est aussi de les déculpabiliser autant que faire se peut."

Un suivi psychologique a été mis sur pied pour ces personnes confrontées à ces images infernales.  "Nous devons les revoir dans les 48 ou 72 heures afin d’assurer un suivi" , explique le docteur Deschietere.

Finalement, alors que leur humanité a été mise à rude épreuve, ils ont pour beaucoup été un exemple de courage, mais ils n’en restent pas moins sensibles et affectés par les drames.  "Ils doivent pouvoir pleurer, décompresser. C’est très difficile pour un soignant de pleurer dans ces cas-là, car il doit être fort."


Pour les victimes, les témoins et leur famille

Après des événements d’une telle ampleur, les séquelles vont rester gravées longuement dans les têtes des victimes et de leur famille. Elles le resteront à vie. Outre les stigmates physiques qui marqueront à tout jamais l’emprunte de ce jour funeste dans leur chair, les souvenirs et le choc psychique seront également difficiles à surmonter.

Lors de l’arrivée des victimes à l’hôpital Saint-Luc (UCL) de Bruxelles, Gérald Deschietere, psychiatre d’urgence et de crise, explique qu’une équipe de soutien a été directement mise sur pied.  "Il faut une excellente collaboration entre les médecins qui traitent les patients et une équipe qui va demander comment ils vont sur le plan psychique. À tous les patients qui sont arrivés mardi aux urgences, il a été proposé de rencontrer un membre de la cellule d’aide psychologique mise sur pied dès le début de l’événement."

Beaucoup sont arrivés en état de choc et ont été rejoints par leur famille, très inquiète.  "Les familles ont été accueillies à Saint-Luc par la cellule d’aide afin qu’elles aient accès en premier aux informations. C’est important de fournir une information valable pour rassurer, si c’est possible."

Parmi les personnes qui sont arrivées mardi à l’hôpital, les réactions aux attentats étaient diverses.  "Notre rôle est de noter des signes d’inquiétude sur le plan psychique, à savoir des gens traumatisés avec des comportements désorganisés de type fugue ou agitation. Certains, au contraire, étaient bloqués, dans une sidération, une stupeur qui se manifeste ou avec des comportements répétitifs. On voit dans cette situation des personnes qui ont le sentiment d’être dans une autre réalité, qui ont l’impression qu’il pourrait y avoir à nouveau d’autres attentats, ou qui entendent des bruits qui leur font penser qu’il y a encore des explosions. Ce sont des signes d’inquiétude que nous avons remarqués" , détaille le médecin.

Face à ces personnes désorientées, la mission des psychologues et psychiatres était  "de les ramener doucement à la réalité par la parole, de les rassurer, de leur montrer qu’elles sont en sécurité. Les gens qui ont vécu un événement aussi dramatique ont besoin d’être rassurés. C’est ce qu’on s’attelle à faire dans ces moments-là."

Les témoins et autres personnes impliquées mais non blessées lors des explosions ont aussi été accueillis à Saint-Luc.  "Ils présentaient le même genre de trauma. L’important était de prévenir leurs proches qu’il est possible de voir certaines réactions difficiles apparaître dans les prochains jours, sans faire un étalement de symptômes, ce qui serait inopportun."