La Commission d'enquête parlementaire sur les attentats terroristes a entendu mercredi la policière qui, en juillet 2014, a fait part à ses supérieurs d'un tuyau menant aux frères Abdselam et à leur radicalisation. 

Lundi, elle entendra l'officier de liaison de la police fédérale à Istanbul mis en cause par le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, à la suite des attentats de Bruxelles.

L'affaire avait été révélée avant les attentats du 22 mars et avait été à l'origine d'une première demande de commission d'enquête.

Une policière attachée à l'unité DR3 de la police judiciaire fédérale, en charge du terrorisme, a été contactée à la mi-juillet 2014 par une source l'avertissant d'une part du départ d'Abdelhamid Abaoud en Syrie, information déjà connue des services de police, et d'autre part de deux frères se vantant d'être en contact avec un réseau de djihadistes en Syrie.

Elle en informe ses supérieurs. Ceux-ci lui indiquent qu'elle n'est pas en charge du dossier mais trois jours plus tard, elle s'aperçoit que rien n'a encore été fait. En compagnie de deux officiers, elle accomplit une recherche sur le registre national sur la base des éléments dont elle dispose et tombe sur les frères Abdeslam, dont le nom figurera en novembre 2015 parmi les auteurs des attentats de Paris aux côtés d'Abaoud, a-t-elle expliqué mercredi devant la commission, a-t-on appris de sources concordantes.

Le résultat de cette recherche, à savoir l'identité des frères Abdeslam, n'a jamais été mentionné dans les rapports de police, alors qu'elle a eu lieu et que des traces électroniques en sont conservées, a-t-elle précisé, selon les mêmes sources.

La policière a également dénoncé les conditions de travail et l'ambiance qui régnait à la DR3 à l'époque, qui l'a poussée à déposer une plainte pour harcèlement, classée sans suite, et a mené, dit-elle, à une lettre signée par dix collaborateurs adressée à la direction.

Plusieurs parlementaires souhaitent entendre à nouveau le comité P pour mieux comprendre ce qui se passait à la DR3 à cette époque.

La commission se penche également depuis la semaine passée sur la façon dont Ibrahim El Bakaroui, l'un des kamikazes de l'aéroport de Zaventem, avait été suivi par l'appareil judiciaire et policier.

Le 25 mars, le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, avait lourdement chargé l'officier de liaison de la police fédérale à Istanbul. Il avait mis en cause son manque de proactivité qui aurait permis au futur terroriste d'être renvoyé vers les Pays Bas sans être inquiété.

Entendu la semaine passée le commissaire Peter De Buysscher, directeur de la coopération policière internationale (CGI) de la police fédérale, avait disculpé l'officier, estimant qu'il avait suivi les règles, et mis en avant les difficultés de collaboration avec les autorités turques.

L'officier de liaison sera entendu lundi.