Belgique

Ibrahim El Bakraoui, identifié par les autorités belges comme l'un des deux kamikazes qui se sont fait exploser mardi à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, a été expulsé de Turquie à deux reprises l'an dernier en juillet, puis en août.

C'est une information communiquée par un responsable gouvernemental turc à l'agence Reuters.

"Le gouvernement est prêt à faire toute la lumière, éviter les zones d'ombre et travailler avec le parlement", a répondu le Premier ministre Charles Michel dans la foulée.


Les frères El Bakraoui sur la liste noire du terrorisme des Etats-Unis

Les noms des frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui figuraient déjà sur la liste noire du terrorisme dressée par les Etats-Unis avant les attentats de Bruxelles, ont affirmé deux fonctionnaires américains, souhaitant conserver l'anonymat, à NBC News. D'après la chaîne d'information américaine, ces révélations suscitent des interrogations sur la manière dont les autorités belges ont considéré les deux frères, qualifiés en Belgique de "petits délinquants".

Ibrahim et Khalid El Bakraoui sont tous deux impliqués dans les attentats qui ont frappé Bruxelles mardi. Ibrahim s'est fait exploser dans le hall des départs de l'aéroport de Zaventem, tandis que Khalid a été identifié comme kamikaze dans une rame de métro à la station Maelbeek.


Geens: "Informé après que l'avion transportant El Bakraoui a atterri à Schipol"

La Belgique a été informée par la Turquie à la fin du mois de juin 2015 qu'Ibrahim El Bakraoui avait été interpellé, mais n'a appris son expulsion vers les Pays-Bas qu'après que le vol le transportant a atterri à Schipol, a déclaré le ministre belge de la Justice, Koen Geens à l'issue de la réunion extraordinaire des ministres européens de l'Intérieur et de la Justice à Bruxelles. M. Geens sera entendu vendredi en commission mixte de la Chambre à ce sujet.

La Turquie a mis Ibrahim El Bakraoui dans un avion à destination de Schipol le 14 juillet 2015, "sans avertir au préalable que cette expulsion aurait lieu et vers où elle serait effectuée", a indiqué M. Geens.

Ibrahim El Bakraoui, en possession d'un passeport belge, n'était pas accompagné de policiers à son arrivée à Amsterdam. Il a donc passé les contrôles comme "un Belge normal", car les autorités n'étaient pas au courant de son expulsion.

"Ce sont les infos dont nous disposons pour le moment, mais elles doivent encore être vérifiées. Nous aurons un débat au parlement dès demain", a conclu M. Geens.


Inconnu des autorités néerlandaises

Ibrahim El Bakraoui n'était pas connu des autorités néerlandaises, ressort-il d'une lettre transmise jeudi soir à la Deuxième Chambre du parlement des Pays-Bas par le ministre de la Justice Ard van der Steur. Dans ce document, La Haye confirme que l'homme, qui a commis un attentat-suicide à l'aéroport de Zaventem le 22 mars 2016, a bien été expulsé par la Turquie vers les Pays-Bas le 14 juillet 2015. Le ministère turc des Affaires étrangères a communiqué cette expulsion à l'ambassade des Pays-Bas dans une note envoyée le même jour.

Cette dernière ne contenait cependant aucune information sur les raisons de l'expulsion vers Amsterdam d'Ibrahim El Bakraoui.

Les autorités néerlandaises n'étaient pas au courant des antécédents criminels d'El Bakraoui, car ceux-ci n'avaient pas été introduits dans les bases de données pertinentes sur les personnes recherchées. L'homme n'a donc pas été interpellé lors de son arrivée à Amsterdam.


L'opposition néerlandaise s'inquiète de la collaboration internationale

La Deuxième Chambre du parlement des Pays-Bas, la chambre néerlandaise des représentants, s'est inquiétée jeudi de la collaboration internationale en matière de lutte contre le terrorisme, après que le ministre de la Justice Ard van der Steur (VVD) a indiqué qu'Ibrahim El Bakraoui, le kamikaze qui s'est fait exploser mardi dans la station de métro Maelbeek après avoir été expulsé par la Turquie vers les Pays-Bas en juillet, n'était pas connu des autorités néerlandaises, ni enregistré dans une base de données pertinente sur les personnes recherchées. Le leader du CDA (Appel démocrate-chrétien), Sybrand Buma, a fustigé la Turquie, la Belgique et les Pays-Bas dans un "processus qui a tout de l'amateurisme", affirme-t-il. Selon lui, "il existe des lacunes dans la collaboration internationale et dans l'échange d'informations".

La figure de proue du parti d'extrême droite PVV, Geert Wilders, s'est montré tout aussi critique. "Pourquoi le message n'est-il pas arrivé avec la mention 'très urgent'? C'est incompréhensible. Pourquoi aucun avis de recherche n'a-t-il pas été diffusé après que l'on en a appris plus sur cet homme? Que savaient l'AIVD (les services de renseignements néerlandais) et le MIVD (le renseignement militaire)?", interroge-t-il.

Pour le chef de groupe du parti GroenLinks (Gauche verte), Jesse Klaver, "la collaboration européenne en matière d'antiterrorisme n'est pas encore au point".

Le parti conservateur ChristenUnie (Union chrétienne) s'est également dit préoccupé. "Pourquoi cette expulsion est-elle passée inaperçue?, s'étonne Gert-Jan Segers.


Perquisitions négatives chez les frères El Bakraoui

Les perquisitions effectuées aux domiciles des frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, mercredi matin à Bruxelles, se sont révélées négatives, annonce jeudi le parquet fédéral dans un communiqué. Une personne qui avait été interpellée mardi à Schaerbeek lors d'une autre perquisition a été remise en liberté après audition.

Le parquet fédéral a par ailleurs précisé que le portrait robot présenté par La Dernière Heure comme étant le suspect qui accompagnait Khalid El Bakraoui à la station Maelbeek était "sans pertinence pour l'enquête".


Un mandat d'arrêt international décerné contre Khalid El Bakraoui en décembre

Un mandat d'arrêt international et un mandat d'arrêt européen avaient été décernés à l'encontre de Khalid El Bakkraoui en date du 11 décembre 2015 par le magistrat d'instruction spécialisé en matière de terrorisme en charge de l'enquête relative aux attentats de Paris, annonce jeudi le parquet fédéral. Le nom de Khalid El Bakkraoui est cité sur le site Internet d'Interpol, dans les personnes à rechercher dans le cadre d'un dossier lié au terrorisme. Il ne figurait en revanche pas dans la section avis de recherche de la police fédérale.

Selon le parquet fédéral, l'intéressé était suspecté d'avoir loué, à l'aide d'une fausse carte d'identité belge au nom de Ibrahim Maaroufi, une habitation rue du Fort à Charleroi qui aurait servi de planque au groupe terroriste impliqué dans les attentats de Paris et qui a été perquisitionnée le 9 décembre 2015.

Khalid El Bakraoui a été identifié comme kamikaze dans l'attaque dans une rame de métro à la station de Maelbeek à Bruxelles, qui a fait une vingtaine de morts et plus de cent blessés, toujours d'après le parquet fédéral.

Le nom de son frère Ibrahim, identifié comme l'un des kamikazes de l'attentat à Brussels Airport, ne figure quant à lui pas sur le site d'Interpol.


El Bakraoui expulsé de Turquie dès le 14 juillet ?

Les Pays-Bas ont été informés le 15 juillet de l'arrivée sur leur sol d'Ibrahim El Bakraoui par un collaborateur de l'ambassade de Belgique à Ankara, selon des informations du ministère de l'Intérieur néerlandais rapportées au quotidien NRC. L'expulsion aurait eu lieu le 14 juillet. Le collaborateur aurait fourni l'identité d'Ibrahim El Bakraoui, mais pas la raison de son expulsion, ni sa nationalité et sa date de naissance, ce qui aurait compromis la suite de l'enquête.


Les explications de Koen Geens

Ce mercredi, le président turc avait déjà affirmé qu'Ibrahim El Bakraoui avait été arrêté en Turquie puis livré à la Belgique avant d'être libéré. Koen Geens, le ministre de la Justice, avait démenti ces propos de manière assez floues, affirmant que "il n'y a certainement pas eu d'extradition" vers la Belgique. Le ministre avait également souligné que lorsque El Bakraoui "a été renvoyé, ça aurait été, selon l'information que le parquet fédéral m'a communiquée, vers les Pays-Bas et non vers la Belgique."

Toujours concernant Ibrahim El Bakraoui, un autre responsable a expliqué à Reuters que la police turque le soupçonnait d'être un combattant étranger.


Haaretz pointe les dysfonctionnements belges

Des informations publiées par le quotidien israélien Haaretz alimentent également les doutes quant à de graves dysfonctionnements politiques, policiers et judiciaires en Belgique. Haaretz affirme que "les services de sécurité belges disposaient d'avertissements précis relatifs à une attaque terroriste ce mardi. Les services de sécurité savaient, avec un haut degré de précision, que des attaques étaient planifiées dans un futur proche et visant l’aéroport, ainsi que, apparemment le métro également". Il importe de préciser que Haaretz est généralement bien informé, notamment par des sources du Mossad, les services secrets israéliens.


Une commission d'enquête pour élucider les responsabilités des autorités belges dans les attentats ?

Une conférence des présidents réunit en ce moment les chefs des différents groupes politiques à la Chambre, dans une ambiance très tendue. Plusieurs représentants de l'opposition réclament l'instauration très rapide d'une commission d'enquête parlementaire pour élucider quelles auraient pu être les responsabilités des autorités belges dans les attentats du 22 mars.

A ce stade, trois représentants de la majorité (MR, N-VA et CD&V) semblent toujours s'opposer au principe d'une commission d'enuqête, mais l'Open VLD, quatrième parti du gouvernement, s'y déclarerait en revanche favorable.


Voici quelques éléments du parcours d'El Bakraoui

Voici quelques éléments du parcours récent d'Ibrahim El Bakraoui, identifié comme l'un des deux kamikazes de l'aéroport de Zaventem. Après des déclarations interpellantes mercredi du président turc Recep Tayyip Erdogan affirmant que les autorités belges avaient été averties de son interpellation en Turquie à l'été 2015 et de son expulsion, un comité ministériel s'est réuni jeudi en fin de matinée à Bruxelles.

2010

Ibrahim El Bakraoui, accompagné de deux comparses, échoue dans une attaque à main armée sur un bureau de change bruxellois, le 30 janvier 2010. Alors que les auteurs prennent la fuite, El Bakraoui fait feu sur la police avec sa kalachnikov. Un agent est grièvement blessé. El Bakraoui sera finalement interpellé par les unités spéciales. Il est condamné à 10 ans de prison.

2014

Le tribunal d'application des peines ordonne la libération sous conditions d'El Bakraoui en octobre 2014. Cette décision intervient malgré des avis contraires de la direction pénitentiaire, selon certaines sources. El Bakraoui a purgé à ce moment pratiquement la moitié de sa peine, plus que le minimum légal, souligne-t-on dans le milieu judiciaire.

Les conditions assorties à sa libération sont entre autres qu'Ibrahim El Bakraoui ne quitte pas le pays pendant plus d'un mois. Il doit aussi se présenter chaque mois auprès d'un assistant de justice.

Juin 2015

En juin 2015, El Bakraoui est interpellé par les autorités turques à Gaziantep, à la frontière avec la Syrie. Selon une source belge, cette interpellation aurait été signalée le 26 juin par les autorités turques à l'officier de liaison belge de la police à Ankara.

C'est ce même jour qu'El Bakraoui devait se présenter auprès de son assistant de justice en Belgique, selon la même source. Après une nouvelle opportunité manquée le 29 juin, El Bakraoui a officiellement enfreint les conditions de sa mise en liberté provisoire. Une procédure de révocation aurait immédiatement été initiée. Une procédure qui semble avoir pris pas mal de temps.

Juillet 2015

Deux semaines plus tard, le 14 juillet, El Bakraoui est mis dans un avion. Selon une information du parquet fédéral, l'appareil a pour destination les Pays-Bas et non la Belgique, a indiqué le ministre de la Justice, Koen Geens. En outre, il s'agissait "plus que probablement d'un renvoi", une expulsion, selon M. Geens. "Ce n'était certainement pas une extradition", procédure juridique. Le ministre ajoute qu'El Bakraoui était à ce moment connu des services belges uniquement pour banditisme, et non pas pour terrorisme.

Beaucoup d'incertitudes demeurent autour d'autres contacts éventuels entre les autorités belges, néerlandaises et turques à propos d'El Bakraoui. Les ambassades belge et néerlandaise à Ankara auraient, à un moment donné, été informées du fait qu'El Bakraoui avait été mis dans un avion.

Août 2015

Le tribunal d'application des peines a prononcé la révocation de la liberté sous conditions d'El Bakraoui le 21 août. "Il n'est pas aisé de ramener en prison des gens qui n'ont pas respecté les conditions de leur liberté de manière flagrante, comme cela semble avoir été le cas pour monsieur Bakraoui", avait ajouté Koen Geens mercredi soir.