Belgique

Unanimement, la presse exhorte la Belgique à ne pas céder à la haine ni au désespoir et affirme que les valeurs de liberté et de tolérance sont plus fortes que la barbarie et le fanatisme religieux.

"La terreur islamiste a frappé Bruxelles", résume le rédacteur en chef de L'Echo, Joan Condijts. "Quelques égarés ont rejoint leurs vaines chimères et emporté une trentaine d'innocents dans leur sacrifice idiot".

"Le bruit est continu, il sort de partout, il traverse la ville comme une blessure ouverte. Ambulances, voitures de pompiers, combis de la police, voitures banalisées gyrophares allumés hurlent leur passage. Les gens s'arrêtent, regardent, hébétés: ils ont les yeux vides. Ils savent que tout cela est vrai, ils savent aussi qu'ils savaient: cela allait, cela devait arriver", écrit Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du journal Le Soir.

On sentait, en Belgique, la menace se rapprocher depuis des mois, depuis les attentats de Paris, rappelle Francis Van de Woestyne dans La Libre Belgique. "On avait fini par s'habituer à ce climat pesant, espérant que les terroristes finiraient par renoncer à leurs actes criminels, aveugles, barbares, sanglants. Ou qu'ils seraient neutralisés. L'arrestation de Salah Abdeslam avait rendu un certain espoir à la population et renforcé le crédit de ceux qui luttent, pied à pied, jour après jour, contre ce mal absolu qu'est le terrorisme. L'arrestation de cet homme révélait - on l'espérait - la supériorité des forces de police contre ces petites frappes minables. Mais non. Bruxelles a été touchée en plein cœur. Des innocents sont morts. Ils partaient en vacances, rentraient au pays. Ils allaient au travail, à l'école".

"'Lâches', 'méprisables', 'aveugles': les mots ont plu hier -et pleuvront encore- de toutes parts pour qualifier les attaques qui ont frappé notre pays. Pas facile pourtant de trouver les siens, de mots, face à cette tragédie", souligne Metro, invitant ses lecteurs à s'exprimer car "les mots doivent sortir, pour exorciser" la douleur.

Une Belgique "touchée mais toujours debout !", clame Demetrio Scagliola, dans les colonnes de Sudpresse, pour qui "cette date, celle de ces attentats horribles, odieux et lâches qui ont endeuillé le pays, marquera une coupure nette dans l'histoire de notre pays".

Au-delà de l'émotion suscitée par les attentats les plus meurtriers en Belgique depuis la Seconde Guerre mondiale, apparaissent aussi, dans la presse, les premières interrogations. Comment éviter la terreur ? "Comment lutter contre des fantômes kamikazes ?", questionne Joan Condijts, qui juge nécessaire un renforcement de la pression policière et militaire dans l'espace public, d'investir dans les services de renseignement, de doter la Justice de moyens pour remonter les filières de financement du terrorisme ou encore, comme le préconise le juge Michel Claise, de "pénaliser l'enseignement de la charia".

"Ce carnage absolu nous rappelle cruellement, douloureusement que la lutte contre le terrorisme ne sera jamais finie", regrette encore Francis Van de Woestyne, tout en estimant que "face à ces combattants de l'apocalypse", les démocraties doivent, "mieux encore qu'hier, s'organiser voire s'armer pour protéger la population."

Unanimement, la presse exhorte la Belgique à ne pas céder à la haine ni au désespoir et affirme que les valeurs de liberté et de tolérance sont plus fortes que la barbarie et le fanatisme religieux.

"C'est une petite phrase dont notre pays a fait sa devise: l'union fait la force", rappelle Thierry Dupiereux dans L'Avenir. Une union nécessaire face à l'adversité, une union que l'on pouvait lire, dès mardi, sur le macadam du piétonnier de Bruxelles. "Le mot d'ordre reste le même, ne rien lâcher des valeurs qui fondent nos démocraties: paix, liberté, fraternité, solidarité".

"C'est toujours dans ces moments difficiles, quand ils ont dû faire face au nazisme et au terrorisme politique d'extrême droite et d'extrême gauche, que les Belges ont su tirer le meilleur d'eux-mêmes et sauver le pays", conclut, optimiste, Demetrio Scagliola. "Aujourd'hui blessée, la Belgique est toujours debout et, soyons-en convaincus, elle saura une nouvelle fois triompher de l'obscurantisme et du fanatisme meurtrier."

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Le 22 mars, date charnière qui ouvre une nouvelle ère selon les éditoriaux flamands

Rejet et indignation dominent les éditoriaux flamands mercredi qui s'accordent à penser que les attentats survenus à Bruxelles étaient prévisibles. Les éditorialistes évoquent de nombreuses pistes de mesures à mettre en place pour lutter contre le terrorisme. Pour Isabel Albers du quoditien De Tijd, le 22 mars s'inscrit comme "le début d'une nouvelle ère, avec le sentiment de n'être en sécurité nulle part". "Les mesures de sécurité en tant que telles ne sont pas suffisantes. La démonstration de force sans plus est en soit une arme impuissante", écrit Mme Albers. "Les jeunes qui sympathisent avec 'les héros syriens', ces Abdeslam et autres terroristes aux allures de stars, sont un immense problème de société. Nous ne réduirons le terrorisme qui si toute la société, musulmans inclus, soutient la même approche. Avec la polarisation, nous ne progressons pas."

Pour Bart Sturtewagen du Standaard, cette date du 22 mars est aussi un moment charnière. "Plus rien ne sera pareil. Après Paris et le 'lockdown' de Bruxelles, nous avions pu petit à petit reprendre nos habitudes d'avant. Ce n'est plus possible", affirme M. Sturtewagen. "Nos vies vont indéniablement se dérouler encore plus à l'ombre des mesures de sécurité et à celle des restrictions à notre vie privée et à nos libertés de mouvements. En temps de guerre, les lois ne sont plus les mêmes et ceci est une guerre." "Une guerre au au sein de laquelle nos adversaires ne reconnaissent aucune règle", observe-t-il encore.

De Morgen constate que la Belgique est entrée dans une nouvelle réalité avec ces nouveaux attentats d'une grande ampleur. Il s'interroge s'il ne faut pas maintenant vivre "juste un peu différemment". "La question est cruciale de savoir comment nous allons inscrire notre changement de vie dans nos normes et nos valeurs d'une société libre, ouverte et égalitaire."

Il estime en outre que le flux de jeunes qui envisagent de marcher dans les pas de personnages comme Abaaoud ou Abdeslam ne pourra être stoppé que si une offre alternative leur est offerte, autre que sentiment de déracinement et d'aliénation.

Pour Jan Segers dans Het Laatste Nieuws, cette date funeste sera inscrite comme "le jour le plus sombre de ce début de siècle". "L'effroi a choqué la Belgique au réveil avec les explosions à Zaventem et dans le métro bruxellois. La tentation est grande de vouloir se réveiller aujourd'hui dans un autre pays, dans lequel rien ne serait plus jamais pareil. Il en est ainsi pour les proches des victimes, les blessés et tous ceux qui ont été témoin du bain de sang. Mais il ne fallait pas être hier à Zaventem ou rue de la Loi pour en sentir le choc."