Belgique La mort du second kamikaze de Zaventem et artificier du 13 novembre parachève le destin hors-norme d’un gosse de Schaerbeek.

Najim Laachraoui, l’artificier des attentats du 13 novembre est donc le second kamikaze de l’aéroport de Zaventem. Un "tableau de chasse" terrifiant qui fait de lui l’un des pires terroristes du XXI e siècle. Et très certainement le criminel le plus sanglant de l’histoire de la Belgique.

Aujourd’hui, sa personnalité apparaît plus claire. Elle dessine un nouveau réseau, non plus constitué autour de Molenbeek mais bien aussi de Schaerbeek, avec des ramifications vers la France. Et elle offre le constat d’un échec.

Toute cette nébuleuse ne faisait donc qu’une, rassemblée entre autres autour d’un nom, celui de Khalid Zerkani. Ce grand boss des recruteurs des filières belgo-syriennes, mentor d’Abaaoud et Akrouh, les membres du commando des terrasses du 13 novembre. L’homme, emprisonné en Belgique, a été qualifié de "plus grand recruteur que le pays ait connu". Une source judiciaire analyse ainsi : "A priori, la filière schaerbeekoise n’avait pas de lien avec les attentats de Paris. Et maintenant, un lien est fait entre les attentats de Paris et de Bruxelles."

Revenons aux origines . Âgé de 24 ans, Najim Laachraoui passe son enfance et son adolescence à Schaerbeek. Il fait partie de toute une bande de copains, autour de la Cage aux ours (place Eugène Verboekhoven) et de la place du Pavillon, quartiers réputés pour le trafic de stupéfiants et la petite délinquance. Laachraoui est alors étudiant en électromécanique à l’Institut de la Sainte Famille d’Helmet à Schaerbeek.

Petit à petit, sous l’influence de Khalid Zerkani, ces jeunes se montent la tête et réagissent à la suite de la guerre civile en Syrie. Pour eux, il est clair qu’il faut aller là-bas pour "renverser Bachar". Des dizaines d’entre eux sont donc partis, à une époque où l’État islamique n’existait pas.

Dans ce contexte, Najim Laachraoui est parti le 16 juin 2013 depuis la Belgique vers la Turquie. Soit le même jour que six autres djihadistes revenus depuis en Belgique. Il a ensuite passé la frontière pour la Syrie. Ensuite, on connaît mal son trajet. Probablement a-t-il rejoint les rangs de Jabhat al-Nusra avant de rallier l’État islamique, comme nombre de djihadistes belges.

On retrouvait Laachraoui et tous ses amis dans un procès récemment achevé à Bruxelles, devant la 70e chambre correctionnelle, lors duquel la DH était présente. Le jugement est attendu pour le 3 mai. Sur les 32 prévenus, 16 étaient originaires de Schaerbeek. Laachraoui, non représenté par un avocat, faisait défaut.

Une information importante aurait pu mettre la puce à l’oreille : Laachraoui était alors poursuivi pour simple participation à une organisation terroriste. Pour une raison passée inaperçue, le parquet fédéral avait requis la requalification de la prévention en dirigeant d’organisation terroriste, le 29 février dernier et sa condamnation à 15 ans de prison.

Pourquoi un tel revirement ? Il ne fait guère de doute qu’entretemps, le nom de Laachraoui soit apparu dans le dossier des attentats de Paris.

Selon l’enquête du parquet fédéral, Laachraoui devait être rejoint en Syrie par l’un des prévenus, Ishak G., contre qui le parquet fédéral a requis 15 ans de prison.

Ce jeune homme s’était retrouvé dans une villa syrienne, avec plusieurs combattants francophones, dont certains qu’il "connaissait du quartier. Je n’ai pas aimé l’ambiance, j’y ai trouvé plus de voyous qu’autre chose. Pas très pratiquants, en plus. Certains fumaient du shit et se prenaient pour des cheikhs." Parmi eux, selon l’enquête du parquet fédéral, on y retrouvait Najim Laachraoui. Ishak G. était ensuite rentré au pays.

Le kamikaze de Zaventem s’est aussi fait connaître pour un curieux épisode impliquant deux sœurs : Soumaya et Sarah K. Ces deux jeunes filles avaient obtenu un acquittement en 2015 pour terrorisme, grâce à leur avocat, Me Sébastien Courtoy, qui se refuse à tout commentaire. Elles étaient parties en Turquie contre l’avis de leur père et de leur frère, ancien djihadiste. Une seule des deux a pu rejoindre la Syrie. Là-bas, indique une source judiciaire, elle a été récupérée par Laachraoui, qui l’a en personne ramenée en Turquie puis renvoyée vers la Belgique ! Cerise sur le gâteau : les deux femmes avaient été convoyées vers l’aéroport par un agent infiltré de la police fédérale, le désormais fameux El Farssaoui, dit Abou Jaber… Un jeu très dangereux qui pose aujourd’hui clairement question.

En Syrie, Laachraoui a eu le temps et le matériel pour se former aux armes et aux explosifs. Après s’être muni d’un faux passeport au nom de Soufiane Kayal, sa carrière de criminel pouvait commencer. Au nez et à la barbe des services de sécurité belges.