Deux homosexuels, Tristan Schotte (28 ans) et Geoffrey Boissy (33 ans), ont porté plainte contre des policiers de la police de Bruxelles-Capitale/Ixelles pour vol à l’aide de violence, coups et blessures volontaires, destruction volontaire et propos homophobes. 

Tout a démarré par une blague qu’un policier n’a pas appréciée, explique Tristan Schotte. “En sortant après le concert du Brussels Summer Festival, une policière m’a fait une remarque car je suis passé du mauvais côté. J’avais déjà rejoint Geoffrey, mais il a dit sur un ton taquin qu’on allait faire le tour. Du coup, trois policiers sont venus vers lui en le poussant violemment à la poitrine.” 

Geoffrey Boissy, qui ne trouve pas l’attitude des policiers normale, sort son GSM pour commencer à filmer l’intervention. “Ils m’ont sauté à 4 ou 5 dessus pour prendre mon téléphone”, reprend-il. “Je suis grand et j’ai réussi à le tenir en l’air, mais ils m’ont donné des coups aux jambes avant de me plaquer au sol en me prenant mon téléphone. Jamais nous n’avons résisté, j’ai juste voulu garder mon GSM. Ils m’ont jeté dans le fourgon avec les menottes où se trouvait également Tristan avant de me rouer de coups." 

”Pendant l’arrestation de son ami, Tristan Schotte explique avoir été traité de “sale gauchiste de merde” et de “sale PD” dans le fourgon, puis d’avoir été giflé 4 fois au visage. Même scène au commissariat, où il dénonce également les insultes homophobes d’une policière. 

Le portable de Geoffrey Boissy “a été détruit par les policiers”, assure-t-il. “Quand on me l’a rendu entièrement détruit, il n’y avait plus de carte SIM ni de carte SD.” Il souffre par ailleurs de lombalgies, d’un hématome périorbitaire, d’une enflure à la main droite et aux deux genoux, de contusions et de traces des menottes au poignet gauche, avec insensibilité du pouce. “Je suis comédien, pendant un mois je ne pourrai pas passer d’auditions avec un œil au beurre noir et ma difficulté à me déplacer.”

Les deux hommes ont été gardés 11h30 au poste du commissariat central de la rue Marché au Charbon. "Maintenant tu vas fermer ta gueule, autrement c’est moi qui vais te faire une fouille personnelle”, aurait lancé un policier. “Plusieurs fois nous avons demandé une assistance médicale, mais cela nous a été refusé. Il n’y a aucun détail sur le p.-v. qui justifie un tel placement. Et ils ont refusé de tester notre taux d’alcoolémie et de drogue.” 

"Pas question de nous taire"

“C’est la loi du silence, mais pas question de nous taire. Ceux qui n’ont pas fait leur coming out n’osent pas en parler. C’est pourquoi nous lançons un appel à témoins car certains ont pu filmer l’arrestation et le moment où ils ont jeté le téléphone”, estime Tristan Schotte. Une pétition lancée sur Facebook samedi a déjà été partagée plus de 7500 fois en 24h. “Nous sommes Français, installés en Belgique depuis 8 ans. Nous pensions que l’homophobie était moins pesante ici. Je respecte le travail difficile des policiers, mais le plus choquant c’est cette attitude condamnable de la part de certains agents des forces de l’ordre." 

Les deux amis ont porté plainte au service interne de la police locale, au comité P et auprès d’associations dont Obspol. Par ailleurs, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête. Du côté de la zone de police, on confirme que “deux enquêtes ont été ouvertes, en interne et au parquet”, et qu’aucun commentaire ne sera fait pour “ne pas perturber” celles-ci. 

Ce dimanche, l’association Outrage! a organisé  "une minute de huées et sifflements devant le commissariat de police de Bruxelles." Le rendez-vous, fixé à 20h30 devant le café Belgica, a rassemblé une cinquantaine de personnes.