Belgique

Le gouvernement envisage de freiner l’index en soustrayant du calcul l’impact des mesures... gouvernementales

On le sait, le gouvernement fédéral cherche de l’argent. Ainsi, pour boucler son budget 2017, il doit trouver 4,2 milliards.

Comme lors de chaque exercice budgétaire depuis de nombreuses années, le gouvernement utilise la même technique : diminuer les dépenses et augmenter les recettes.

En termes de dépenses, l’objectif serait d’économiser deux milliards, dont un pour la seule sécurité sociale. On s’attend donc à de fameuses coupes dans le domaine des soins de santé.

Une autre mesure risque de faire grincer les dents de toutes les personnes concernées par l’indexation des salaires. On se souvient que le saut d’index avait suscité un tel tollé que le gouvernement n’oserait peut-être pas y recourir une seconde fois, quoique (voir ci dessous).

Alors, place à l’inventivité ! Puisqu’on ne fait pas un saut d’index généralisé, on s’arrange pour qu’il n’y ait pas d’indexation ! Comment ? En soustrayant de l’index les mesures gouvernementales. Exemple : le passage de la TVA sur l’électricité de 6 à 21 % ne serait pas comptabilisé. On calculerait l’index avec le prix de l’électricité toujours à 6 % ! Idem, si le gouvernement décidait d’augmenter la TVA de 21 à 22 %, on calculerait l’index toujours avec les prix à 21 % de TVA.

Pour les fonctionnaires, les pensionnés et les allocataires sociaux ce serait encore pire, puisqu’ils seraient la cible d’un nouveau saut d’index.

Et si indexation, il devait y avoir quand même, il est question de l’appliquer une fois par an le 1er janvier, soit un saut d’index déguisé.

Les chômeurs ne seraient pas épargnés puisque le gouvernement envisagerait non seulement de limiter dans le temps des allocations de chômage, mais de les supprimer pour les chômeurs bénéficiant d’autres revenus au sein du ménage.

D’autres mesures seraient sur la table du gouvernement telles que :

Taxation de la prime syndicale. Pour rappel, chaque travailleur salarié syndiqué paie une cotisation, mais retouche en une grosse partie en fin d’année sous forme de prime. Cette prime serait donc taxée. Cette taxation ne s’appliquerait toutefois qu’aux personnes qui, dans leur déclaration fiscale, optent pour les frais forfaitaires.

Instauration du travail de nuit dans l’e-commerce sans concertation sociale. Un tel passage en force pourrait signifier que le travail de nuit ne serait pas mieux rémunéré.

Extension à tous les secteurs des flexi-jobs peu coûteux.

Sanctions financières pour les malades de longue durée et les invalides.

Ajoutons qu’il ne s’agit que de pistes évoquées, les arbitrages politiques entre les quatre partis de la majorité devant encore avoir lieu.

Les syndicats, eux, fourbissent déjà leurs armes.


"Aucune raison de payer les erreurs du ministre !"

Écrire que la CSC n’apprécie pas les pistes étudiées par le gouvernement est un euphémisme. En ligne de mire du syndicat chrétien les idées relatives à l’Index et à son système de calcul.

"Notre position par rapport à l’index est simple", répond Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC. "Quand on a un mètre, il fait 100 cm et on ne peut pas décider qu’une année il fait 100 et que la suivante il fait 95 cm. Si on veut un indicateur sérieux, il ne faut pas le manipuler. Prenons le cas de l’électricité. Les factures sont réelles avec 21 % de TVA. Les gens les paient dans leur intégralité. C’est la même chose pour les autres produits. Et si les prix sont trop élevés par rapport à nos voisins, il faut peut-être se poser les bonnes questions. La CSC a toujours souhaité discuter avec le gouvernement des causes qui font que les prix dérapent."

Pour Marie-Hélène Ska , le saut d’index n’a, par ailleurs, pas permis de sauvegarder les emplois. "Dois-je évoquer les drames sociaux comme Caterpillar, Axa ou encore ING ? On peut conclure de cela que l’argent généré par le saut d’index n’a pas été investi dans l’emploi, mais est, en fait, allé dans la poche des entreprises. Bref, ce saut a contribué à détruire le tissu social".

Imaginer un saut d’Index pour les fonctionnaires, les pensionnés et les allocataires sociaux, bref, là où l’État est employeur, est tout aussi inacceptable.

"C’est la même chose. L’État doit être cohérent et respectueux de son personnel. Il ne peut pas le traiter comme une variable qu’il ajuste au gré de la situation économique. Il doit respecter les travailleurs. On y revient chaque fois. Tout est une question de respect".

Et la secrétaire générale de conclure : "On aimerait avoir en face de nous un gouvernement qui sait calculer et qui se trompe le moins souvent possible. Il n’y a pas de raison que les travailleurs et autres paient pour les erreurs de calcul du ministre des Finances. Cela commence à bien faire…".

Si les syndicats n’ont pas encore prévu d’actions supplémentaires, les choses pourraient rapidement évoluer. "On suit, en tout cas, les négociations avec beaucoup d’attention".