La Belgique a connu deux moments importants ce vendredi 23 octobre. Tout d'abord, à 9 heures, Alexander De Croo (Open Vld) a pris la parole pour annoncer les décisions du comité de concertation. Au programme: ni reconfinement, ni mesures générales très strictes. Plutôt de nouvelles règles concernant les secteurs de la culture, du sport et de l'enseignement supérieur. Les experts ont pointé, dans la minute, les risques encourus par les autorités en ne resserrant pas immédiatement davantage la vis. Mais, à 18 heures 30, Elio Di Rupo (PS), ministre-président wallon, s'est à son tour prononcé lors d'une conférence de presse impromptue: si des règles strictes n'ont pas été prises à l'échelle nationale, elles le seront en Wallonie. Placé en "reconfinement partiel", le sud du pays s'est vu imposer un couvre-feu élargi (de 22 heures à 6 heures du matin), ainsi que des restrictions touchant à la fois le sport, l'enseignement et les commerces. Face à ces deux conférences de presse mettant en place toutes deux des dispositifs bien différents pour faire face au virus, certains médias francophones crient à la cacophonie. Revue de presse.

L'Echo pointe du doigt le manque de vision commune dont a fait preuve la Belgique, ce vendredi. " Chacun agit dans son coin et tant pis si le citoyen s’y perd en chemin , dénonce le quotidien financier. Voudrait-on tirer parti du Covid pour achever la Belgique? " Mais, pour L'Echo, les " annonces discordantes " ne sont pas le seul problème à souligner dans notre pays. Le journal estime que les autorités ne font pas tout ce qu'elles ont en leur pouvoir pour juguler l'épidémie. " Là, on a un gros souci , ajoute L'Echo, estimant que la Belgique sacrifie son économie. (...) Ce pays ne parvient pas à s’organiser et ne teste plus les personnes asymptomatiques. Le matériel et les bras manquent, le dispositif ne suit plus. Du coup, qu’est-ce qu’on fait? On place en quarantaine. "

Une erreur dans la communication

"C'est quoi ce pays?", s'interroge Le Soir. Si le quotidien admet que le reconfinement partiel de la Wallonie était plus que nécessaire, il fustige la façon dont cela a été fait. "Je ne te confine pas le matin tôt, je te confine le soir tard, regrette le média. Et encore les Wallons, même confus, même totalement perdus, ont pu s'endormir en sachant ce qui leur tombait finalement sur la tête. Les Bruxellois, eux, devront attendre ce samedi début d'après-midi pour savoir à quelle sauce ils vont être mangés." Pour le journal, cette erreur dans la communication est "d'autant plus inexcusable que primo, ceux qui sont au pouvoir n'ont pas l'excuse de la surprise et secundo, qu'on ne parle pas de la culture du houblon mais d'imposer aux citoyens un corset qui les contraint comme jamais depuis la guerre, pour sauver leurs vies". "Quel aveu d'incompétence!", conclut Le Soir.

Chez nos confrères de La Libre, on estime qu'il y a deux manières de traverser ce tunnel: soit de pester et contester, soit de s'offrir aux autres. "Si l’on veut, peut-être, retirer de cette période, un élément positif, voire une certaine grandeur, il faudra, non pas de se replier sur soi, s’en sortir individuellement, mais bien s’ouvrir aux autres", écrit-on. Soulignant que le pays finira par se relever de cette crise sanitaire, La Libre insiste sur la nécessité de sortir de cette longue nuit la tête haute. "Ce serait bien que l’on puisse en sortir avec la certitude que nous avons tout fait pour les autres", ajoute-t-on.

Douche tiède et puis glacée

Dans nos propres colonnes, nous évoquons un nouveau "compromis à la belge" et l'appel d'Alexander De Croo au bon sens national. "Mais, on le sait, en Belgique, rien n’est jamais simple", reconnaît-on toutefois, soulignant la façon dont on a soufflé, ce vendredi, le chaud puis le froid.

Même son de cloche du côté de La Nouvelle Gazette, où l'on regrette "l'eau tiède le matin et la douche glacée le soir". Pointant la différence de traitement entre le nord et le sud du pays, le quotidien met en garde la Flandre: "Reste à souhaiter à nos compatriotes du nord que le virus n’ait pas la fâcheuse idée de refranchir la frontière linguistique".