Belgique Raoul Hedebouw (PTB) demande l'audition devant la Chambre des représentants de l'État au sein du CA de Proximus. Le porte-parole du parti de gauche radicale craint que  le service et la qualité de l’emploi au sein de l'entreprise de télécommunications se détériore encore davantage. La DH l'a interviewé. 

Proximus défend sa décision par la nécessité de se numériser. Au-delà des 1 950 départs, il y aurait 1 250 embauches.

"Cela permettra encore de casser du statut, en engageant encore des contrats plus précaires. Mais on verra ce qu’il en sortira demain de la présentation du plan… Il n’est pas normal que les nouvelles technologies servent à mettre des gens à la porte. Elles doivent servir à soulager les gens et à réduire le temps de travail : c’est le sens de l’histoire. Là, on presse les travailleurs comme des citrons. Ma boîte e-mail est en train d’exploser : je reçois des témoignages de travailleurs de Proximus qui ne savent pas comment ils vont bosser avec 2 000 personnes en moins. Ils sont déjà flexibles à mourir, dans la sous-traitance très poussée."

Selon Kris Peeters, le plan de "transformation" de l’entreprise doit lui permettre de rester compétitive.

"On est dans un cas de licenciement boursier qui participe à la privatisation de l’entreprise ! Proximus va très bien et remet énormément de dividendes. En 2018, Proximus a distribué 487,7 millions € aux actionnaires. Je rappelle que la patronne, Dominique Leroy, est également au CA de Delhaize, mais aussi chez Saint-Gobain qui, en France, est à la pointe en matière de casse sociale. Elle est aussi administratrice depuis 9 ans chez Lotus Bakeries, qui appartient à la 27e fortune belge. Dominique Leroy avait des exigences au niveau de son salaire dont elle n’était pas contente : elle gagne 937 000€ par an… Ce sont des gens qui vivent dans un autre monde."

En quoi licencier participerait-il à la privatisation de Proximus ?

"C’est la preuve de la faillite de ce système ultraconcurrentiel. On a un nivellement par le bas du service et de la qualité de l’emploi. La numérisation, c’est de moins en moins d’êtres humains au bout du fil. On nous avait promis que la libéralisation allait améliorer le service et on se retrouve dans des labyrinthes où l’on appuye sur 1, 2,3, etc. Pour in fine espérer avoir quelqu’un au bout du fil, dont on ne sait pas dans quel pays il se trouve. Tout cela au profit de qui ? De l’État, mais surtout des 47 % d’actionnaires privés. Le conseil d’administration confirme qu’il versera un dividende stable de 1,5 € par action. On coupe dans l’emploi pour garantir ces dividendes. C’est inacceptable. La privatisation de Proximus, notamment par Elio Di Rupo, a été une erreur historique du PS. Ce n’était pas une politique de gauche…"

Les délocalisations, restructurations, ne sont-elles pas inévitables pour rester compétitifs dans un monde concurrentiel ?

"Ce qui nous mène dans la crise du capitalisme, c’est que ces travailleurs licenciés sont les mêmes que ceux qui bénéficient des services de Proximus. Si l’on coupe leur pouvoir d’achat, on a une baisse de la consommation intérieure. C’est à cause de cette vision court-termiste que la crise persiste. Alors que des entreprises comme Proximus devraient être structurantes dans notre économie. Je rappelle qu’il y avait 25 600 travailleurs en 1996 au moment de la privatisation de Belgacom. En 2017, on en est à 13 179. On a supprimé plus de 12 000 emplois en 21 ans de privatisation. C’est l’équivalent de 3 Renault Vilvorde."