Plusieurs personnes constituées partie civile ont pris la parole, mardi, pour rappeler le traumatisme qu'elles ont subi ou pour évoquer la perte d'un être cher à la suite de cet accident. Anita Mahy a, pour sa part, exprimé sa colère face au choix d'Infrabel de faire appel de la décision, parlant d'un manque de décence et d'une obstination à ne pas reconnaître ses erreurs.

Les avocats de la partie civile ont également plaidé, s'alignant sur le réquisitoire de la procureure qui demande qu'Infrabel soit condamné à une amende de 540.000 euros. Pour la partie civile, Infrabel a bien commis des fautes qui ont mené à la catastrophe.

Selon Me Jan Buelens, Infrabel ne doit pas être jugée "au regard du critère d'un gestionnaire d'infrastructure ferroviaire normalement prudent et diligent", comme l'entreprise l'a dit elle-même. "Sa responsabilité va bien au-delà de ça et nous devons donc être plus stricts à son égard", a plaidé l'avocat. "L'entreprise aurait dû prendre davantage de mesures pour assurer la sécurité des passagers du train, sur une jonction ferroviaire très fréquentée et très dangereuse depuis des années, et compte tenu des nombreux problèmes de franchissement de feux rouges qui avaient déjà été relevés".

Le 15 février 2010 à 08h28, un train local (train L) Louvain-Braine-le-Comte a percuté un train InterCity (train IC) Quiévrain-Liège-Guillemins, à hauteur de Buizingen, dans l'entité de Hal (Brabant flamand). La collision a fait 19 morts, une trentaine de blessés graves et une centaine de blessés légers.

Le conducteur du train L a ensuite été suspecté d'avoir brûlé un feu rouge, ce qu'il a toujours contesté.

La SNCB, opérateur du réseau ferroviaire belge, et Infrabel, gestionnaire du réseau, ont quant à elles été suspectées de négligence en matière de sécurité. Elles ont également estimé l'une comme l'autre n'avoir commis aucune faute dans la manière dont la sécurité est assurée sur le rail.

Le tribunal de police de Bruxelles a condamné, en décembre 2019, Infrabel et la SNCB à des amendes pénales de 550.000 euros pour avoir commis les fautes les plus graves ayant conduit à la collision des deux trains.

Le tribunal a également établi que le conducteur du train L. - celui qui n'avait pas respecté sa trajectoire - avait manqué d'attention et outrepassé le feu rouge, endossant également une part de responsabilité, bien que moins importante. Après avoir appliqué le principe de décumul des responsabilités - le conducteur étant employé par la SNCB, personne morale qui a commis une faute plus grave - le tribunal n'a pas prononcé de peine à l'égard de celui-ci.

Infrabel a ensuite décidé d'interjeter appel, estimant que la motivation de la décision compromet fortement le fonctionnement du réseau ferroviaire. Le juge avait notamment affirmé que, dès lors que les trains se croisent, Infrabel aurait dû mettre les aiguillages de protection pour anticiper une éventuelle et possible erreur humaine. Or, pour respecter cette décision, selon Infrabel, il faudrait réorganiser le réseau avec la conséquence que l'offre de trains diminuerait drastiquement.

Le procès se poursuivra mercredi avec les plaidoiries d'Infrabel.