Depuis plusieurs mois, le secteur de l'horeca montre sa colère et se sent mis de côté par le monde politique. Un collectif s'était créé, dénommé "Collectif Wallonie Horeca" pour exprimer son désarroi à l'encontre le gouvernement par plusieurs actions. L'une d'entre elles consistait à rouvrir, quoiqu'il arrive, le 1er mai prochain. Mais c'était avant la décision du Codeco qui s'est tenu le 14 avril dernier, où les autorités ont trouvé un compromis : ouvrir les terrasses le 8 mai. Avec cette décision, de nombreux restaurateurs et cafetiers ont fait marche arrière. Alors que d'autres, par crainte de sanctions, se sont désistés.

Ce qui n'est pas le cas de Jonathan Servais, un des membres fondateurs du collectif Wallonie Horeca, qui va tout de même ouvrir son restaurant, mais de manière créative. "Même si la météo annoncée ne semble pas clémente, on va ouvrir en faisant du take away à ma façon, lance le propriétaire du restaurant Moment. Le principe, c’est que nos clients viennent chercher nos boissons et le repas, et mangent dans la rue, pour faire revivre Liège. Ça s’appelle du street food. On ne donnera pas des verres mais les boissons seront fermées, comme s’ils allaient au supermarché."

"Ni des activistes, ni des terroristes..."

Selon lui, cette méthode n'aura rien d’illégale. "Le take away est autorisé par la loi, donc il ne devrait pas y avoir de problème. L’inconvénient dans ce que l'on propose, c’est que les gens peuvent manger dans la rue, ce qui n’est pas autorisé. Mais nous, une fois qu’on a proposé nos plats, nous ne sommes plus responsables", explique le propriétaire du restaurant situé place Saint-Paul. Exceptionnellement pour l'occasion, Jonathan n'ouvrira pas sous forme de réservations. "On a annulé toutes nos réservations car on sollicite nos clients à venir sans pour autant commander sur place", assène-t-il en espérant avoir du monde. "Même si on a peur des sanctions, il ne devrait y en avoir aucune pour les clients. Je ne comprends pas ce qu’on pourrait nous reprocher."

Le restaurateur, uniquement accompagné de son épouse pour ne pas mettre en "danger mes employés au cas où il y aurait des sanctions", ouvrira uniquement le 1er mai, en attendant la réouverture officielle du 8. "On ouvre samedi pour le symbole, explique-t-il en ajoutant qu'il s'attend à recevoir la police. Mais bon, on n'est ni des activistes, ni des terroristes, on veut juste récupérer notre droit au travail. C'est pourquoi samedi, on assumera nos choix..."

De son côté, un autre patron de l'horeca, qui a voulu rester anonyme, ouvrira lui aussi ce samedi. "Tout d’abord, nos revendications ont été transformées en de la désobéissance civile, c’est ce qu’on ne veut pas, débute Hugo (prénom d'emprunt). Il est important de souligner notre combat. C’est pourquoi j’ouvre car il est important de garder une action qui vise à montrer les précarités de notre secteur."

Ce cafetier ajoute : "Samedi sera une manifestation nationale où les différents secteurs manifesteront à leur façon. Nous, le secteur de l'horeca, on ouvrira de manière symbolique les terrasses. La mienne sera dressée, mais les sièges seront occupés d'une certaine manière en collaboration avec la culture (il n'a pas souhaité en dévoiler davantage, NDLR). De plus, selon la nouvelle mouture de l’arrêté ministériel du 25 avril, on ne parle plus de l’interdiction d’ouvrir une terrasse. On ne peut donc pas nous interdire. On peut juste faire du take away." Les clients de ce bar pourront donc s’asseoir à une table, s’ils le souhaitent. "On ne servira pas à table, mais je laisserai les gens désireux de s’installer s’asseoir. En cas d’amende, le client doit payer 250 euros, moi 750. Dans tous les cas, je ne vais pas me dédouaner si un client se fait prendre. Tout en soutenant la prévention, je vais ouvrir."

"Si je n'ai pas d'amende samedi, je rouvre dimanche"

Mais comme son confrère Jonathan Servais, son objectif n'est pas la désobéissance civile. "C'est pourquoi on invite les clients à s'asseoir à côté des sièges vides, en mangeant à terre ou en pique-niquant, car on veut montrer qu'ils peuvent manger en rue sans problème, indique-il. On souhaite que les clients restent à côté de nos établissements. On est dans un esprit pacifique." Selon lui, l'horeca peut être utile dans cette crise, comme ils l'ont déjà fait par le passé. "L'horeca peut jouer son rôle sur la prévention, assène-t-il. On l'a déjà fait avec le sida en mettant des affiches et des préservatifs, on peut donc faire de même avec le Covid."

Contrairement au restaurateur liégeois, ce cafetier émet la possibilité d'ouvrir à d'autres dates. "Si je ne reçois aucune amende samedi, je serais ouvert dimanche. Mais si j’en reçois par exemple 3, il sera fermé. On verra si l’attitude policière sera conciliante ou pas. J'assumerai car ce n'est pas grave à côté de l'enjeu. Si on ne fait rien, on ne rend pas service à nos enfants."

Hugo poursuit en expliquant qu'il n'a pas peur de ce qui va se passer ce samedi. "Par contre, ce que je crains, c’est que certains clients viennent véhiculer des choses et que cela dégénère comme au Bois de la Cambre, indique-t-il, avant de rappeler que ce mouvement est pacifiste. Ces actes symboliques, c'est tout ce qu'il nous reste, on a besoin de soutien. On veut juste rappeler nos droits."