L’école a repris ce lundi dans tout le pays après deux semaines d’interruption. Constat : plusieurs parents font état de leur décision de ne pas remettre leurs enfants à l’école.

Le phénomène n’est pas pour l’instant quantifié : les chiffres d’absentéisme ne tomberont que dans quelques jours. Le "phénomène", même si son ampleur n’atteint pas les plafonds, est pourtant bien réel. Il s’affiche sur les réseaux sociaux, où des parents assument leur choix. Certains le revendiquent même avec, en guise de photo de profil, un logo cerclé et barré de rouge représentant un enfant emmené à l’école par un parent.

"Qu’est-ce que je risque si je ne mets pas mon fils à l’école ? Il est en 6e primaire", écrit une maman d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. "Je ne veux pas qu’il mette son masque toute la journée mais j’ai peur que les services sociaux s’en mêlent et prennent mon fils."

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"Étant personne à risque, je ne préfère pas que mes filles aillent à l’école pour l’instant. Je verrai au 1er décembre pour voir où en sera le virus d’ici là", assure Patricia, autre maman.

Le collectif "Parents et enseignants solidaires face à la crise sanitaire Covid-19" synthétise ces récriminations (voir encadré).

"Les retours que nous avons ne font pas état d’un taux d’absentéisme important", rassure Wallonie-Bruxelles Enseignement, pouvoir organisateur de l’officiel. Le son de cloche est similaire au Segec (Secrétaire général de l’enseignement catholique).

"Nous n’avons pas d’écho d’un problème particulier à ce stade. Sur 900 000 élèves, cela reste une petite minorité. Mais on sera attentifs à ce phénomène", synthétise le porte-parole de Caroline Désir (PS), ministre de l’Éducation. "Je rappelle qu’on n’a arrêté l’école dans aucun des pays autour de nous. Et que tous les médecins, dont Geert Molenberghs, Erika Vlieghe ou Marc Van Ranst, disent que l’école n’est pas le moteur de l’épidémie. C’est un lieu bien protégé, dont le taux de contamination secondaire reste peu élevé." Le principe de l’obligation scolaire est souligné.

"Dire ‘je ne remets pas mes enfants à l’école’, sans savoir combien de temps la crise sanitaire va durer, cela revient en fait à les déscolariser sur la durée. Et à jouer avec le bon déroulement de la scolarité de ses enfants", tranche Fabrice Aerts-Bancken, directeur général à la Direction générale de l’enseignement obligatoire. "Il est clair qu’avec la crise sanitaire, l’absentéisme scolaire a beaucoup augmenté. Il y a plus de signalements cette année. Quand un enfant ne vient pas à l’école, le chef d’établissement ou les éducateurs peuvent intervenir pour convaincre les parents mais, si les signalements s’accumulent et que le travail de première ligne n’a rien donné, on peut intervenir avec les intervenants psychosociaux pour voir quelles solutions trouver pour ramener l’enfant à l’école. Si cela ne fonctionne toujours pas, on passe au troisième niveau. On peut transférer le dossier à l’aide à la jeunesse. Et si vraiment, de manière irréductible, les parents ne font aucun effort pour scolariser leurs enfants, c’est passible de poursuites judiciaires qui vont de l’amende à l’emprisonnement."

Il rappelle encore qu’il "est trop tard pour décider que ses enfants feront de l’enseignement à domicile", la déclaration devant avoir lieu avant le 5 septembre.

Ces absences peuvent également avoir un impact sur la réussite scolaire. "Dans le primaire, ce n’est pas la même réalité. Dans le secondaire, après 20 demi-jours d’absence non justifiées, l’élève devient non délibérable. On peut lui proposer des mesures pour se réinvestir dans son année scolaire. Si cela n’aboutit pas, vers la fin mai, le conseil de classe peut considérer que l’élève n’est pas admissible aux examens. Dans ce cas-là, c’est l’échec scolaire", conclut Fabrice Aerts-Bancken.