"Pourquoi diable nous impose-t-on de telles mesures alors que les chiffres n’ont rien à voir avec ceux du mois de mars?". Ce discours, longtemps revendiqué par une frange de la population sceptique sur les mesures imposées, ne tient malheureusement plus. En tout cas si l’on se fie à plusieurs indicateurs concrets: les personnes hospitalisées, les patients en soins intensifs, et les décès.

Voilà plusieurs semaines que la situation se dégrade jour après jour en Belgique, et cela se traduit désormais clairement dans les chiffres. Il n’y a qu'à les comparer à ceux du mois de mars, alors même qu’on décrétait le lockdown, pour comprendre que la situation est préoccupante. Inutile par contre de comparer les cas détectés, la stratégie de testing ayant sensiblement évolué en plus de 6 mois (il y avait des tas de personnes positives non-testées durant la première vague). La comparaison avec les chiffres du 15 mars, juste après l'instauration du lockdown et qui sont aussi les premiers recensés sur le site de Sciensano, montre que l'épidémie est au moins toute aussi inquiétante aujourd'hui qu'à l'époque.

Pour rappel, le gouvernement de Sophie Wilmès avait fait fermer les cafés, bars et restaurants à partir du vendredi 13 mars minuit. Un lockdown plus strict, avec notamment la fermeture de tous les commerces non-essentiels et des déplacements limités, avait ensuite été imposé le 18 mars.


Les hospitalisations

Le 15 mars, il y avait 266 personnes hospitalisées en Belgique. Aujourd’hui, 1.100 patients sont répartis dans les différents hôpitaux du pays pour une infection au coronavirus. Durant la première vague, il a fallu attendre le 20 mars, soit près d’une semaine après les premières mesures, pour atteindre un chiffre similaire (1101 personnes).

Signalons tout de même que la courbe, pour l'instant, ne s'emballe pas aussi vite qu'à l'aube du printemps dernier car le temps de doublement est bien moindre que jadis. Et qu'en plus, les critères d'admissions ne sont plus les mêmes. "Ils sont moins sévères que lors de l'épisode de mars-avril", reconnaît Yves Van Laethem. "Les patients admis sont moins sévèrement malades. C'est probablement lié au fait qu'il y a actuellement plus de places dans les hôpitaux que lors du pic de l'épidémie en avril dernier."

Les soins intensifs

Là aussi, les données ne sont pas bonnes. Le 15 mars, il y avait 54 personnes en soins intensifs. Actuellement, il y en a près de quatre fois plus avec 213 patients.

Pour rappel, les hôpitaux belges disposent d'environ 2000 lits en soins intensifs. Mais pour ne pas compromettre les soins donnés aux patients non-Covid, il est absolument primordial de maintenir ce curseur le plus bas possible. Or, la tension commence déjà à se faire ressentir dans certains hôpitaux bruxellois.

Les décès

La Belgique compte aujourd'hui plus de 10.000 morts du coronavirus. A la mi-mars, les décès quotidiens n'atteignaient pas encore les chiffres record de la première partie du mois d'avril, où on a compté jusqu'à 321 morts le 8 avril. On dénombrait par exemple 6 décès le 15 mars, alors que nous en sommes à 12 de moyenne sur les 7 derniers jours actuellement. Là aussi, précision importante: les chiffres restent relativement sous contrôle pour le moment. Notamment parce qu'on parvient aussi à mieux soigner les patients qui arrivent aux soins intensifs.

Que faut-il en conclure ?

Pas que nous sommes à l'aube d'un nouveau lockdown, malgré les propos de Marc Van Ranst. D'abord parce que notre rapport au virus n'est plus du tout pareil que jadis (masques, gestes barrières, bulle sociale, ...) et que la société de mars n'est plus celle d'octobre. Ensuite parce que ces chiffres pris à l'instant T ne reflètent pas l'évolution de la courbe, qui avait tendance à s'emballer nettement plus vite en mars dernier. Enfin, une personne malade renvoyée chez elle en mars pourrait aujourd'hui être admise à l'hôpital si elle présentait les mêmes symptômes. 

Il n'empêche qu'ils doivent nous faire prendre conscience que la situation devient à nouveau critique et qu'il ne faut pas prendre les nouvelles mesures à la légère. "Quand l'hiver sera terminé, le plus dur sera derrière nous", insiste Steven Van Gucht, président de Sciensano, dans HLN. "Il faut que tout le monde tire dans le même sens et qu'on adapte nos comportements. Et tout ira bien."