L’Europe ou les patrons pourraient, à terme, faire payer aux Wallons la prise de position de Paul Magnette.

Depuis le début de la semaine dernière, les principaux protagonistes du "niet" au CETA ne cessent de se plaindre : les pressions que subit la Wallonie sont "invraisemblables", selon Elio Di Rupo (PS). Mais si Paul Magnette (PS) semble encore porter à la fois l’espoir d’un enterrement du traité et un manteau assez épais pour le protéger de cette tempête médiatique, les Wallons pourraient bien finir par payer, au sens propre, l’impertinence de leur ministre-Président.

Car si la Wallonie, petit village peuplé d’irréductibles socialistes, continue de résister à l’envahisseur mondialiste, il paraît oublier qu’il en est dépendant. Et c’est certainement sur ce point que se concentrent les "pressions" dont parle Di Rupo.

Vis-à-vis de l’Union européenne tout d’abord, qui abreuve de ses fonds bon nombre de projets du sud du pays. "Il suffit de se balader un peu partout en Wallonie pour voir que les fonds Feder financent beaucoup d’importantes constructions. En cas de refus, l’accès à cet argent pourrait bien devenir plus difficile pour la Wallonie. Il est très simple pour l’UE de modifier ses règles pour leur faire payer cette position", note Pierre Verjans, politologue à l’ULg.

Un sacré trou dans un budget dont la mouture finale a été donnée il y a à peine un an pour des projets en veux-tu en voilà (438 pour être exact) d’Arlon à Wavre en passant par Liège, Mons et Namur. Le tout avec une belle addition de près d’un milliard d’euros, financé à hauteur de 40 %… par l’Europe.

Et comme si cela ne suffisait pas, le contrecoup pourrait aussi venir de l’intérieur. Les patrons wallons font en effet la grimace, eux qui se voyaient déjà remplacer le sirop d’érable par celui de Liège sur les pancakes des compatriotes de Céline Dion. "De façon assez surprenante, la patronne de l’Awex, Pascale Delcominette, a pris position pour le traité, elle qui n’est finalement que fonctionnaire. Et du côté de l’Union wallonne des entreprises, on peut assez menacer d’arrêter de faire preuve de patriotisme économique et aller investir son argent autre part", poursuit M. Verjans.

Mais finalement , la mise en pratique de ces menaces dépendra de la décision finale de la Wallonie, qui reste encore incertaine. Mais si c’est le cas, reste à espérer qu’il restera un peu de ce courage à la classe politique wallonne pour en assumer les conséquences.