Les violents affrontements survenus devant le consulat de Turquie impliquent des membres de la mouvance des Loups gris.

"En Belgique, l’AKP (NdlR : le parti islamo-conservateur du président turc Recep Tayyip Erdoğan) a d’un côté un visage respectable, et cela passe comme dans le reste de l’Europe par l’Union des démocrates turcs européens (UETD), et de l’autre côté, il y a de manière officieuse toute une série d’organisations un peu floues, peu organisées, surtout présentes sur les réseaux sociaux. Leurs membres sont des partisans de l’AKP qui sont souvent dans le milieu de la petite et moyenne délinquance et qui n’hésitent pas à recourir à la violence verbale, voire physique", explique Mazyar Khoojinian, historien de l’ULB et spécialiste du paysage associatif belgo-turc, alors que de violents affrontements ont éclaté jeudi après-midi entre pro et anti-Erdogan devant le consulat de Turquie, à Bruxelles. Des incidents durant lesquels six personnes ont été blessées, et qui soulignent à quel point le projet de réforme constitutionnel turc, pour lequel la diaspora peut voter jusqu’au 9 avril, attise les tensions entre nationalistes pro AKP et Kurdes de Turquie.

Mais la bagarre à coups de couteau et de barres de fer de jeudi rappelle surtout l’existence sur le territoire belge, principalement à Bruxelles, de militants d’extrême droite turque, dont un certain nombre sont issus de la mouvance des fameux Loups gris (les sympathisants du parti turc d’extrême droite MHP, qui a connu son heure de gloire dans les années 70). "Ce n’est pas par hasard qu’on voit des gens munis de barres de fer et de couteaux. Ce ne sont pas des citoyens lambda qui porteraient de telles armes. Ce sont des gens qui sont un peu comme des hooligans. Il semblerait d’ailleurs qu’on serait dans l’ordre de la préméditation", indique ce fin observateur de la mouvance nationaliste turque en Belgique avant de rappeler qu’il existe également un mouvement nationaliste kurde dans notre pays.

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À la tête d’associations fantômes ou et d’ASBL constituées de deux ou trois personnes, les membres de la nébuleuse nationaliste pro AKP la moins présentable pourraient être près d’une centaine, selon Mazyar Khoojinian. "On a entre une dizaine et une centaine de personnes qui vivent de pratiques illégales et qui sont extrêmement violentes. Dans les soirées, ce sont un peu les cousins qu’il est gênant de fréquenter. Ils sont complètement à la marge. Ils ne feront jamais de politique locale. Il reste des points d’interrogation, notamment sur leurs liens avec l’ambassade et les services secrets de Turquie. Mais finalement, à la limite, l’ambassade n’a pas besoin de les téléguider", ajoute le chercheur.

Les appels à la haine ou à la violence envers les opposants à Erdogan sur les réseaux sociaux sont en tout cas monnaie courante. "Il y a un vrai sentiment d’impunité car ils s’expriment en turc", constate ainsi le chercheur indépendant Pierre-Yves Lambert.

Un exemple parmi d’autres : le post Facebook de jeudi de Mustafa Cavusoglu, ancien Loup gris et représentant en Belgique du groupuscule d’extrême droite proche de l’AKP, Osmanli Seferberlik Halk Harekati.

En quelques lignes , le Bruxellois appelait à se mobiliser devant le consulat pour "en envoyer quelques-uns à l’hôpital (NdlR : des Kurdes)". Alors que l’enquête déterminera qui des nationalistes turcs et kurdes ont lancé les hostilités jeudi, les tensions entre les deux mouvances sur le territoire belge n’ont en tout cas jamais été aussi vives depuis des années.