Quelle est “la meilleure façon de faire le djihad” en Syrie ? Cheikh Bassam Ayachi nous l’explique…

BRUXELLES À nouveau mis en cause, cheikh Bassam Ayachi, 68 ans, dément formellement recruter des jeunes pour les envoyer combattre en Syrie. Nous l’avons rencontré au Quick de l’avenue Louise, soit à deux pas de notre parquet fédéral où il reste toujours inculpé du chef de participation à une organisation terroriste !

Notre prédicateur franco-syrien n’a toutefois “jamais fait l’objet de la moindre condamnation ni en Belgique ni en France” où il vit à présent à Denain, dans le Nord, souligne son avocat Sébastien Courtoy.

Déjà accusé à l’époque du feu Centre islamique belge d’avoir envoyé des Belges faire le djihad en Afghanistan et en Irak, celui qu’on considérait jusqu’alors comme “le numéro 2 d’al-Qaeda en Europe” et qui se présente comme “le grand descendant du prophète en Syrie” a répondu à nos questions tout en sirotant un… maxi Coca-Cola !

“Comme on est au Quick américain, je vais prendre un Coca américain. Je ne suis pas contre le peuple américain. Je suis contre la civilisation du cowboy !”, se justifie-t-il d’entrée de jeu.

On vous accuse d’envoyer des jeunes Européens combattre en Syrie…

“C’est un mensonge. Comme j’ai été écrasé, je me suis retiré complètement de la scène politique, sociale, djihadiste : tout ! Je suis dans ma maison avec huit enfants (sur douze, NdlR) à devoir encore éduquer. Je ne bouge pas. J’ai envoyé un fils à ma place là-bas et c’est tout. Je suis vieux et je vais crever tranquille !”

La Syrie a tout de même besoin de combattants…

“On n’a pas besoin d’étrangers en Syrie parce qu’il y a actuellement des factions syriennes en suffisance, soit au moins 200.000 combattants. Qui ose demander à un jeune homme innocent de Belgique, qui a été élevé avec les frites et la mayonnaise, d’aller en Syrie ? Allez mon petit, va te faire massacrer là-bas. Si on envoie un jeune homme d’ici là-bas, il faut dix personnes pour le protéger sinon il va crever. C’est une surcharge pour le peuple syrien. Tu dois l’entraîner, le nourrir, lui fournir maison et armes. Cela ne sert à rien.”

Qui sont les jeunes Belges qui combattent en Syrie ?

“Ce sont les gens de Sharia4Belgium qui sont majoritairement partis. Une cinquantaine, selon mes infos. Quand ils ont fait leur appel ici, ils ont confronté le mur et la montagne. Ils n’allaient pas déclarer devant tout le monde qu’ils avaient échoué et qu’ils n’avaient plus rien à faire en Belgique. Pour trouver une originalité, certains d’entre eux sont partis là-bas parce qu’ils n’avaient plus rien à faire ici.”

Mais ce ne sont pas exclusivement des membres ou sympathisants de Sharia4Belgium qui sont partis…

“S’ils n’ont pas été touchés par l’appel de Sharia4Belgium, ce sont alors des aventuriers qui rêvent. Ils veulent devenir Rambo et vont là-bas. Ils ont compris qu’ils n’avaient pas d’avenir ici pour vivre leur rêve de Rambo. Ils vont combattre qui ici ?”

Tous pensent faire le djihad…

“Dans l’islam, c’est interdit d’aller faire le djihad sans demander l’autorisation à ton père et à ta mère. Comment tu quittes ta maison avec Dieu qui est en colère contre toi parce que tu n’as pas prévenu tes parents ? Tout ce djihad est foutu en l’air. C’est des aventuriers qui sont désespérés de la vie en Occident. Ils ont lu quelques livres islamiques et rêvent d’aller faire l’islam à leur tête en Syrie. Mais il y a eu une révolution en Tunisie, l’islam n’est pas arrivé. Il y a eu la même révolution en Égypte et la guerre continue. Au Yemen, en Somalie, au Mali, c’est la même chose.”

Qui a la légitimité de leur dire d’aller faire le djihad ?

“Il n’y a personne ici qui peut dire légitimement d’aller combattre en Syrie. Il doit y avoir un état islamique et un commandeur des croyants qui nous appellent et comme il n’y en a pas, on ne peut pas faire le djihad. Personne ne nous interdit non plus en Belgique de déclarer les cinq piliers de l’islam, de faire ramadan, etc. Comme personne ne nous interdit tout cela, le djihad n’est pas obligatoire. Il n’est donc pas possible de dire qu’on est obligé de faire le djihad sinon on est en train d’innover dans l’islam et de sortir de l’islam.”

Quelle(s) alternative(s) au djihad ?

“Le djihad n’est pas obligatoire en Syrie. Par contre, ramasser de l’argent et des médicaments pour les envoyer en Syrie est la meilleure façon de faire le djihad. Allah a dit qu’il fallait faire le djihad avec votre sang et votre argent. Comme on n’a pas besoin de votre sang, donnez votre argent.”

Au sein de la communauté musulmane, d’aucuns assurent que les jeunes Belges rejoignent les brigades des faucons du Sham dont l’un des commandants n’est autre que votre fils…

“Ni mon fils, ni Raphaël Gendron n’ont de contact avec des jeunes Belges. Il n’y a pas d’étrangers dans les brigades du Sham. Il y a exclusivement des nationaux. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas confiance. Tous ces étrangers qui viennent peuvent être des espions. Qui peut connaître Jean-Pierre ou José, savoir s’il est correct ou infiltré pour la CIA américaine pour plus tard nous envoyer des missiles avec des drones ?”

Comment entrevoyez-vous l’après Bachar al-Assad ?

“Une fois que Bachar al-Assad tombe, on va voir comment ces gens vont se tuer entre eux. Le vrai combat, ce sera l’après Bachar al-Assad. Les 2.000 à 3.000 Européens qui combattent en Syrie, c’est comme de la bave dans le repas. Ils vont être bouffés de tous les côtés. Ils vont être massacrés de tous les côtés qu’ils soient islamistes ou démocrates. Ils n’ont rien à faire là-bas.”

On parle aujourd’hui de guerre civile en Syrie…

“Ce n’est pas une guerre civile puisqu’il y a toutes les factions religieuses qui sont représentées dans l’armée libre. Depuis 1.400 ans, les chiites, sunnites, alaouites, chrétiens et juifs vivent ensemble en Syrie et ne se sont jamais exterminés l’un l’autre, mais, avec l’arrivée des Américains qui ont exterminé les Indiens Peaux rouges, ils ont donné cet héritage de cowboy pour s’exterminer l’un l’autre. C’est la civilisation occidentale qui a jeté son sort sur cet ancien peuple qui a vécu en paix des milliers d’années. Ce n’est pas une tradition orientale, l’extermination.”

© La Dernière Heure 2013