On peut rire de tout… mais pas avec tout le monde, disait Pierre Desproges. L’entreprise Brussels Airlines en fait en quelque sorte l’expérience aujourd’hui. En effet, à la suite d’une publicité diffusée un peu partout en Wallonie, ces dernières semaines, une plainte a été adressée au Jury d’éthique publicitaire, au ministre fédéral de Tutelle et à Brussels Airlines. Les victimes des inondations sont particulièrement remontées…

Une simple image sur laquelle on distingue un enfant, dans l’eau, retenant sa respiration. Et ce slogan : "Allez, on tient bon. Et si vous réserviez déjà pour après ?".

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Clairement, la publicité fait référence à une crise et d’aucuns songent à la pandémie qui nous "occupe" depuis deux ans. Mais dans le quartier d’Angleur (Liège), ravagé par les inondations du siècle, où cette affiche a fleuri sur les panneaux JCDecaux (à côté des stigmates de l’inondation), la référence passe mal…

"C’est clairement un manque de respect pour les victimes des inondations", "c’est choquant quand on sait que les gens s’asphyxient quotidiennement parce qu’ils n’ont plus assez pour vivre, pour accéder aux droits de base", réagit-on dans le quartier liégeois. "Si vous n’êtes pas encore mort, vous aurez peut-être le droit d’aller voyager""C’est juste dégueulasse… il y a ceux qui peuvent parti en vacance et ceux qui ne partent pas".

Non-respect des populations sinistrées

Précisément, c’est cette référence maladroite et l’utilisation d’une misère douloureuse (et actuelle) qui est dénoncée.

"Cette campagne publicitaire est choquante à plus d’un titre car elle impose, à la vue de toutes et de tous, a minima, un non-respect des populations que des réalités inattendues comme les inondations mettent dans des situations très inconfortables et a maxima, des violences aux consommateurs vulnérables dont les conditions de vie se sont fortement dégradées", indiquent Christine Mahy et Pierre Ozer, secrétaire générale et politique du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté et chargé de recherche (climatologie) à l’ULiège, à l’origine de la plainte.

Pour ces derniers en effet, il est particulièrement indécent de se servir "de la détresse d’une population pour tenter l’autre partie de la population qui, elle peut encore partir en vacances".

"Cette campagne devient localement d’une extrême brutalité lorsqu’elle est imposée à toutes et à tous dans l’espace public d’une zone meurtrie par les inondations. À Angleur, ces inondations ont tué deux personnes (la tête sous l’eau) et laissé - encore aujourd’hui - de très nombreuses familles sans logement […] A Angleur comme dans toutes les communes sinistrées de la vallée de la Vesdre et dans tant d’autres localités de Wallonie donc, la publicité montrant un enfant la tête sous l’eau qui retient sa respiration accompagnée du slogan "Allez, on tient bon" est d’une cruauté sans nom et d’un extrême irrespect"

Rappelant le drame vécu par des familles qui ont perdu leurs proches, noyés, les plaignants insistent sur le fait que l’objectif n’est pas d’interdire toute publicité. Ils réclament néanmoins, au minimum, que la publicité soit retirée des espaces touchés par le sinistre, "sur quelque support que ce soit".