La semaine passée, Brigitte Bardot a traité Carlo Di Antonio de "gros dégueulasse". Le ministre du Bien-être animal répond à l’ex-égérie de la mode devenue grande défenderesse de la cause animale.

Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports, le cdH Carlo Di Antonio compte également le bien-être animal dans ses attributions. Auparavant de la compétence du fédéral, la matière a été régionalisée à l’occasion du deuxième volet de la sixième réforme de l’État publié au Moniteur belge le 31 janvier 2014. Brigitte Bardot est donc bien informée sur l’évolution institutionnelle de notre pays quand elle s’en prend nommément au ministre régional compétent. En revanche, elle n’a manifestement pas conscience de l’ampleur du problème qu’elle soulève, rétorque Carlo Di Antonio.

Avez-vous été surpris que Brigitte Bardot vous connaisse et s’en prenne de façon virulente contre votre action dans le domaine du bien-être animal ?

"S’il y a 30 ans, lorsque j’en avais 20, on m’avait dit qu’un jour Brigitte Bardot citerait mon nom, je ne l’aurai pas cru. Le qualificatif qu’elle ajoute (NdlR : dégueulasse) est un peu plus problématique. Ce qu’elle n’a peut-être pas compris, c’est qu’il n’est évidemment pas interdit d’acheter des chevaux pour les sauver de l’abattoir. C’est légal et autorisé. Mais ce n’est pas parce qu’on fait cela que l’on a droit au statut de refuge."

Quel est le problème avec le statut de refuge ?

"En 2007, à la demande des associations de protection des animaux, Laurette Onkelinx avait défini dans une loi ce qu’est un refuge parce qu’à l’époque, ça partait dans tous les sens. Au regard de l’arrêté royal de 2007, l’activité principale d’un refuge pour animaux est d’accueillir les animaux perdus, abandonnés, négligés, saisis ou confisqués. Brigitte Bardot est marraine d’une association couvinoise qui rachète des chevaux à des marchands, dans les abattoirs, pour éviter qu’ils ne soient abattus. Et cette structure estime depuis longtemps avoir le droit d’obtenir le statut de refuge. Je n’ai rien contre cette association qui fait un travail tout à fait estimable, mais en l’état, pour qu’elle devienne un refuge, il faudrait modifier la législation de 2007 parce que le rachat d’un animal est incompatible avec les critères d’un refuge. Sinon, tout chevilleur ou boucher pourrait prétendre à ce titre. Tous les refuges existant nous mettent en garde de ne pas valider à travers une définition le fait de pouvoir faire du commerce. Si on modifie la définition de 2007, un marchand sera aussi un refuge puisqu’il achète des chevaux, il les élève chez lui puis il les revend. Un manège qui achète des chevaux et qui les conserve dans sa propriété pourrait aussi bénéficier de ce statut."

Qu’est-ce qui motive cette association à vouloir obtenir ce statut de refuge ?

"Parce qu’il octroie une déductibilité fiscale et c’est pour ça que nous devons être très vigilants. Lorsque le fédéral a adopté la loi 2007 (NdlR : avant que la matière soit régionalisée lors de la sixième réforme de l’État) , il a indiqué que ceux qui avaient le statut de refuge agréé pouvait, sur la base d’un dossier, prétendre à une déductibilité fiscale. Il faut donc faire attention de ne pas ouvrir celle-ci à tout le monde."

Le bien-être animal, qui fait partie de vos attributions, est-ce une matière complexe ?

"Techniquement, ce n’est pas très compliqué par rapport à d’autres compétences comme l’aménagement du territoire. Il s’agit de lutter contre la maltraitance, contre les problèmes dans les transports et les ventes d’animaux, moins d’abandons et de soutenir les refuges. Mais c’est un domaine très passionnel, pour lequel les gens s’enflamment en quelques secondes sur base d’une information. Ça nécessite de la réactivité et d’aller expliquer les choses sur le terrain."