Auditionné ce mercredi par les députés belges, il aurait agi en faveur de Patokh Chodiev.

Quatre mois après sa mise en place, voici enfin le premier vrai moment fort de la commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate. Les députés auditionnent ce mercredi matin l’ancien ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant. Invité et non convoqué, il viendra exposer "sa" vérité au sujet de cette affaire de présumé trafic d’influence entre la Belgique et la France.

Un autre ex-ministre avait déjà été entendu : Serge Kubla (MR) à propos des relations qu’il entretenait avec son ancien voisin Patokh Chodiev, homme clé du Kazakhgate. Mais il n’était alors question que de la naturalisation de l’intéressé, obtenue en 1997.

Cette fois-ci, avec Claude Guéant, on est au cœur du problème : la France a-t-elle influencé la Belgique afin qu’elle débarrasse M. Chodiev de ses ennuis judiciaires ? Une loi élargissant la transaction a en tout cas été votée dans la précipitation par le Parlement belge au printemps de 2011, permettant de facto à l’homme d’affaires d’en profiter et de mettre fin aux poursuites pénales dont il faisait l’objet.

Des témoignages et des e-mails

Plusieurs documents (des courriels et des témoignages) laissent entendre que M. Guéant aurait servi d’intermédiaire entre la France et la Belgique. Selon un témoignage recueilli par les enquêteurs français, Didier Reynders (MR), ministre belge des Affaires étrangères, et lui auraient mis en relation les avocats belge et français de Patokh Chodiev. A l’époque : Armand De Decker (MR), ancien président du Sénat, et Catherine Degoul. "Pure affabulation", avait réagi, en juin 2015, M. Reynders. Mais Me Degoul a envoyé un e-mail à l’Elysée, en avril 2012, dans lequel elle réclame le paiement de ses honoraires et, surtout, elle met en copie MM. Guéant, Reynders et De Decker, laissant entrevoir leur implication.

Un autre courriel a fait couler beaucoup d’encre. Celui envoyé par Jean-François Etienne des Rosaies, présenté comme un émissaire de l’Elysée, au conseiller diplomatique de la présidence française. Il y évoque un dîner entre Claude Guéant et Armand De Decker, le 2 mars 2011. Le Belge aurait remis au Français une fiche de la Sûreté de l’Etat concernant Eric Van de Weghe, un sulfureux homme d’affaires qui aurait travaillé avec le trio kazakh (Chodiev, Ibragimov, Machkevitch). Cependant, tant Armand De Decker que Claude Guéant nient cet échange. Même la tenue effective du dîner n’est pas claire.

Deux autres courriels de M. Etienne des Rosaies mentionnent M. Guéant dans le cadre du Kazakhgate. L’ancien ministre peut s’apprêter à être longuement asticoté par les députés belges.

Le "magnifique travail" d'Armand De Decker

Claude Guéant a envoyé, en août 2011, une carte manuscrite mentionnant le "magnifique travail" d'Armand De Decker dans le dossier de naturalisation de Patokh Chodiev et de deux autres ressortissants kazakhs, indiquent Le Vif/L'Express et le Standaard mercredi. Ce carton, à en-tête du ministère de l'Intérieur français, est adressé à un conseiller diplomatique à l'Elysée. "Cher Damien, j'ai eu A. De Decker au téléphone. C'est vrai que lui et son équipe ont fait un magnifique travail qui ne peut que servir les intérêts de la France... Mon souci maintenant est très prosaïque: c'est que les avocats qui ont travaillé pour Chodiev soient maintenant rémunérés... Pouvez-vous toucher ou faire toucher Chodiev? Amitiés, CG", y écrit-il.

Cette pièce, versée au dossier français, ne se trouve pas au dossier belge car elle est entrée après la commission rogatoire de la justice belge à Paris de mai 2016, souligne Le Vif/L'Express. Elle atteste donc formellement de l'implication de l'ancien ministre dans le dossier du Kazakhgate.

Claude Guéant doit venir témoigner mercredi matin devant la commission d'enquête parlementaire Kazakhgate.