Le refus de la vaccination est l’une des plus grandes menaces sur la santé. L’Organisation mondiale de la santé et la Commission européenne ont décidé d’agir et ont organisé, le 12 septembre à Bruxelles, un sommet mondial sur la vaccination.

Février 2017. Sur une vidéo YouTube apparaît une jeune femme. Fixant la caméra, elle récite son discours. Elle y raconte que son fils risque d’être retiré de sa crèche s’il ne reçoit pas le vaccin obligatoire dTPolio. Puis, la jeune mère expose sa "découverte" quant à l’inutilité des vaccins, leur dangerosité et leur unique objectif : enrichir leurs fabricants. Intitulée "Témoignage d’une maman anti-vaccin", la vidéo postée par Mahève Guibert aura été vue plus de 1,5 million de fois.

Internet, le terrain idéal de désinformation

La Toile semble donc être devenue le terrain idéal des anti-vax. "Nous sommes dans une société de la désinformation, dit Jocelyn Raude, sociologue. Sur internet, la santé représente 60 % des intox." Armé de sites à l’apparence sérieuse, le mouvement anti-vax est maître dans l’art de l’illusion. Et malgré la disparition de plusieurs maladies grâce aux vaccins, cette minorité persiste à vouloir convertir des parents hésitants. "D’un côté, vous avez des personnes initialement et radicalement opposées à la vaccination, précise le sociologue. De l’autre, des gens inquiets, qui considèrent que la vaccination a des vertus et peut-être des risques." L’amalgame aggrave la situation, selon Jeremy Ward, sociologue au CNRS. "Lorsqu’on parle des anti-vaccins radicaux, on a tendance à se focaliser sur une caricature. Selon moi, c’est l’un des grands défauts des discours pro-vaccins aujourd’hui."

Un activisme fondé sur la culture du doute

Décortiquant de près les mécanismes du mouvement anti-vaccinal, Laurent-Henri Vignaud, historien et coauteur du livre Antivax, relève la promotion de quatre raisonnements : l’argument naturaliste affirmant que la maladie est naturelle et renforce notre immunité. Le geste vaccinal apparaît donc comme artificiel. L’argument religieux, encore très présent, s’inscrit autour de la volonté de Dieu - ou du karma - et insiste sur l’anormalité de combattre la maladie. "Le troisième argument est qualifié de pseudo-scientifique et considère que tomber malade montre un organisme affaibli, sans que les virus et les bactéries y soient pour grand-chose, dit Laurent-Henri Vignaud. Il est souvent appuyé par l’argument politique, à savoir des gens qui ne sont pas hostiles à tous les vaccins mais opposés à l’obligation vaccinale de certains, jugés inutiles ou dangereux."

Si ces deux derniers arguments sont les plus utilisés, l’activisme anti-vaccin actuel se fonde avant tout sur la culture du doute, exploitée par trois groupes distincts : les thérapies alternatives, certains pôles politiques et des associations de patients qui attribuent leur maladie chronique à la vaccination. Malgré les études scientifiques rassurantes, les anti-vax restent campés sur leur position. Un refus notamment dû à l’effet Dunning-Kruger. "Un classique de la psychologie cognitive qui démontre que plus les gens sont ignorants, plus ils sont persuadés d’être mieux informés que les experts eux-mêmes", explique Jocelyn Raude.

Internet, médecins, loi… quelles solutions ?

Pour Jocelyn Raude, tenter de convaincre les anti-vaccins radicaux qu’ils se leurrent, ne ferait qu’accroître leur doute. "En revanche, on observe que le rappel ferme du médecin sur l’importance et l’intérêt de la vaccination a un effet non négligeable. Selon moi, le levier est là." La sphère numérique a aussi décidé d’intervenir. "Les autorités sanitaires sont bien mieux référencées grâce à un partenariat avec Google, précise Jeremy Ward. Amazon, YouTube et Facebook ont également lancé une offensive, retirant un maximum de contenus anti-vaccins."