Depuis quelques jours, l'épidémie de coronavirus sur notre territoire semble plus ou moins se stabiliser. Toutefois, la pression sur les hôpitaux reste forte. Selon les derniers chiffres de Sciensano, 3.032 personnes sont encore hospitalisées en raison du Covid-19 (-3%) en Belgique, dont 930 patients traités en soins intensifs (+2%). Ce jeudi, le SPF Santé publique faisait d'ailleurs part d'une situation critique: 96% des lits de soins intensifs agréés sont occupés dans les hôpitaux belges, faisant craindre le report d'autres soins urgents.

Ce vendredi 16 avril à 11h, les experts ont fait le point sur la situation. 

"Nous avions des signaux lumineux plutôt au vert les dernières semaines, mais pour l'instant, la teinte se trouble un petit peu et est surtout marquée par une certaine incertitude", a d'emblée déclaré le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem. "La baisse significative attendue n'a pas lieu, et nous avons pour l'instant des contaminations qui augmentent un petit peu (+8%), alors que les hospitalisations baissent à nouveau très légèrement. Ce n'est pas suffisant pour réduire la pression sur les hôpitaux", a indiqué l'expert. 

Les contaminations en hausse

Si l'on s'intéresse aux nouvelles contaminations, il y a eu en moyenne 3884 nouvelles infections rapportées, soit une augmentation de 8% sur une base hebdomadaire. Toutefois, Yves Van Laethem a nuancé cette augmentation, car l'on compare des semaines de congé et des semaines de travail. L'expert préconise d'attendre la semaine prochaine avant de tirer des conclusions. "Mais on n'est pas du tout vers le toboggan de descente que l'on espérait avoir au niveau des contaminations", a-t-il déploré.
"Au niveau des tranches d'âge, c'est chez les enfants et les adolescents que l'on a la tendance à la baisse la plus marquée (-22% et -6%)", a poursuivi l'expert. "En contraste, ce sont les gens dans la vingtaine qui ont le plus grand nombre de contaminations. C'est chez eux aussi que l'augmentation est la plus élevée (+18%)", a-t-il encore indiqué.
Il existe également des disparités régionales au niveau des nouvelles contaminations. "Il y a une diminution de l'ordre de 5% dans la Région-Bruxelloise, comme dans le Brabant wallon, le Namurois et le Luxembourg", a déclaré Yves Van Laethem. 

Le taux d'occupation des hôpitaux inquiète

Au niveau des hospitalisations, elles continuent de diminuer, mais très lentement. "On n'est pas du tout devant la forme du pic que nous avons connue après la première et la deuxième vague, mais devant une forme beaucoup plus arrondie, plus plane" a indiqué l'expert en se référant aux graphiques. 
   
 
"La semaine dernière, nous avons eu en moyenne 240 admissions par jour, soit 5% de moins que la semaine précédente", a expliqué le porte-parole interfédéral. "Il est clair qu'ici, il n'y a pas d'effets des vacances ou du lundi de Pâques". 
"On constate cependant encore des hausses des admissions dans certaines provinces", a regretté l'expert. "Notamment dans le Limbourg, à Anvers, en Flandre orientale, dans le Brabant flamand et dans la province de Liège", a-t-il détaillé. 
"Le taux d'occupation dans les hôpitaux reste à un niveau élevé", a mis en garde Yves Van Laethem. "Nous avons 3.032 patients Covid dans nos hôpitaux, dont 930 patients en soins intensifs". "Nous avons eu la charge maximale au niveau des soins intensifs le mardi 13 avril, où nous avons atteint le pic actuel de 947 patients hospitalisés. Il faut absolument maîtriser cette charge et cette occupation des hôpitaux car on ne peut pas indéfiniment augmenter le nombre de lits en soins intensifs", a alerté l'expert. "On ne peut pas non plus créer de personnel hospitalier hautement qualifié en seulement quelques semaines', a-t-il ajouté. 

Au niveau des décès, leur nombre augmente également (+3%). "Ces décès se manifestent toujours chez les personnes entre 65 et 85 ans en dehors des maisons de repos", a-t-il détaillé.

Le variant brésilien peu détecté

Concernant les variants, on constante une certaine stabilité au niveau de la souche britannique. Elle est largement dominante, aux environs de 85%. Au niveau des variants sud-africains et brésiliens, ils sont à peu près au même niveau, avec respectivement 4,8 et 4,2%. "Ils ne connaissent heureusement pas la même envolée que l'on a connue pour le variant britannique durant les semaines du mois de janvier, février et mars", s'est réjoui l'expert.

Yves Van Laethem a ensuite souligné les résultats encourageants de la vaccination en Belgique. 18% des Belges ont reçu une première dose du vaccin, se félicite l'expert. Chez les plus de 65 ans, c'est 56% des gens qui ont reçu une première dose. L'expert a également indiqué que le nombre de vaccinations était en forte augmentation, sur une base hebdomadaire.  
 
 

L'expert est ensuite revenu sur les décisions prises par le Codeco, ce mercredi 14 avril, et notamment sur le plan de déconfinement prévu dans les prochaines semaines. "Ce plan est parfaitement réalisable, mais il ne va pas de soi", a mis en garde l'expert. "Les mesures actuelles sont indispensables pour inverser la courbe", a-t-il poursuivi. "Le vaccin va jouer un rôle déterminant et fondamental à moyen et à long terme, mais pour l'instant, le taux de vaccination n'est pas encore suffisant que pour avoir un impact substantiel", a reconnu Yves Van Laethem. Il faudra encore quelques semaines avant d'avoir vacciné les "jeunes seniors", qui sont majoritaires dans les hôpitaux actuellement.

Un nombre de tests en baisse, mais un taux de positivité qui augmente

Le porte-parole interfédéral a également fait le point sur les tests: "Ces dernières semaines, on observe une trop forte diminution de ce nombre de tests, partiellement explicable par les vacances". "Mais en contraste, on observe que le taux de positivité de ces tests n'a jamais été aussi important depuis 5 mois (9,5% de tests positifs)", a-t-il ajouté. "Cela veut dire indubitablement que le virus circule et que nous ne dépistons pas suffisamment", a-t-il déploré. L'expert a également préconisé les tests PCR classiques, plutôt que les autotests, plus fiables selon lui. "L'autotest est beaucoup plus adapté dans des situations où l'on n'a pas de symptômes, lorsque l'on désire rencontrer des gens".  
 
 

Effets positifs de la vaccination en maison de repos

Yves Van Laethem a ensuite souligné l'impact considérable de la vaccination dans les maisons de repos. Au niveau des résidents des home, près de 9 personnes sur 10 se sont fait vacciner, ce qui réjouit l'expert: 'L'objectif a été bien atteint". Cela a pour effet qu'il n'y a quasiment plus de contaminations dans les maisons de repos, ni de foyers. Les décès et les hospitalisations des résidents de maisons de repos sont également en forte baisse. "Ces chiffres montrent parfaitement que la vaccination est efficace".  
 
 
Toutefois, le nombre de personnel soignant vacciné dans ces homes est bien plus bas. Seuls 77% des soignants se sont fait vacciner à l'échelle nationale, et seulement 47% à Bruxelles et 58,2% en Wallonie. "C'est une tendance que nous avons déjà observée pour d'autres maladies des voies respiratoires, comme la grippe, par exemple", a expliqué l'expert. "Ces scores ne sont vraiment pas bons", a-t-il déploré.