"A travers tout le pays, les chiffres continuent d'augmenter. C'était inévitable. On ne pouvait pas arrêter la progression aussi rapidement", a précisé d'emblée Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral dans la lutte contre le Covid.

La semaine dernière, durant 4 jours, il y a eu plus de 10.000 nouvelles contaminations quotidiennes en Belgique. Ceci porte la moyenne journalière à pratiquement 9.000 cas par jour. "Actuellement, les chiffres doublent tous les 9 jours. Il y a encore une petite semaine, ces chiffres doublaient tous les 7 jours. Ces chiffres sont donc moins décourageants que les derniers, mais ils continuent d'augmenter", a-t-il expliqué. "Pour l'instant, il ne faut pas les prendre comme étant quelque chose qui nous indique formellement que la courbe va se casser. Nous avons déjà été leurrés à plusieurs reprises par l'évolution des chiffres. Nous devons les suivre avec prudence, mais aussi avec intérêt. Nous pouvons et nous devons inverser la tendance. C'est une raison supplémentaire pour appliquer au mieux les mesures prises."

Le groupe des 20-30 ans est le plus atteint. 20% des infections y sont répertoriées. Il y a également une augmentation chez les personnes les plus âgées. Chez les + de 90 ans, on est passé de 300 cas positifs la semaine dernière à 700 cas cette semaine. "Il y a un doublement du nombre de contaminations chez les plus de 90 ans", a souligné le porte-parole interfédéral.

Le plus grand nombre de cas se trouvent actuellement dans les provinces de Hainaut et de Liège. "Ces chiffres augmentent toujours de manière très significative", a commenté l'expert. En termes de pourcentage d'augmentation, Bruxelles n'est plus, depuis quelques temps, en tête des mauvais élèves mais à la troisième place. "Il n'y a plus 'que' une augmentation de 37% par rapport à la semaine précédente. Est-ce un premier impact des mesures? Seul le suivi des choses pourra nous le montrer", a-t-il poursuivi. La Flandre occidentale connaît par ailleurs une forte progression mais, en nombre absolu, cela reste bien moindre qu'en Wallonie.


Du côté des admissions à l'hôpital, les chiffres doublent toutes les deux semaines. Ce mardi, 411 nouveaux patients ont été admis. "Cela correspond aux deux tiers du pic de 620 patients admis le 28 mars", a expliqué Yves Van Laethem. Il y a environ 300 nouvelles admissions par jour. Très logiquement, ce sont le Hainaut et Liège qui voient le plus de nouveaux patients dans les hôpitaux étant donné que ce sont les provinces où il y a le plus de cas. Avec Bruxelles, ces trois entités regroupent 60% des admissions à l'hôpital. Au total, 2.969 patients Covid-19 sont actuellement hospitalisés en Belgique dont 486 en soins intensifs. "A ce rythme, on s'attend toujours à atteindre la barre des 1000 patients en soins intensifs d'ici la fin du mois. Si les mesures mises en place ne portent pas leurs fruits, nous pourrions atteindre les 2000 patients (ndlr : la capacité totale des soins intensifs) à la mi-novembre. Tous les efforts doivent être déployés pour que cette courbe s'aplatisse afin de ne pas mettre en péril le système des soins de santé."

Entre le 11 et le 17 encore octobre, le virus a fait plus de 32 morts (+14) en moyenne par jour.

Quid de la nouvelle manière de tester en Belgique?

"On se rendait compte que le volume de personnes dépassait la possibilité pratique de faire des tests. Il y avait des embouteillages à différents endroits de la chaîne. Cela aboutissait à des délais d'attente supplémentaires", a rappelé Yves Van Laethem. Une nouvelle stratégie de tests est donc entrée en application ce mercredi et sera valable jusqu'au 15 novembre.


Qu'est-ce qui change?

Les personnes qui présentent des symptômes Covid seront toujours testées. Par contre, à partir de maintenant, on ne fera plus de tests chez les personnes sans symptôme qui ont côtoyé un cas positif de Covid, ni celles revenant de zone rouge. Le personnel de santé peut en revanche toujours être testé.

Le but de tester les personnes asymptomatiques était de raccourcir leur quarantaine. Pour rappel, en cas de contact à haut risque, il fallait faire un test à J+5. Si ce test était négatif et que le patient n'avait pas de symptôme, il pouvait sortir de quarantaine à J+7. "Ce n'était pas une sécurité absolue, on demandait aux personnes de respecter encore pendant une semaine un certain nombre de précautions supplémentaires", a rappelé l'expert. "Puisque ce test à J+5 n'est plus réalisable, la quarantaine doit être étendue. Idéalement, cette quarantaine porte sur 14 jours pour exclure la totalité des potentielles infections qui auraient pu se réveiller. 14 jours, c'est long. Un compromis a donc été décidé sur une quarantaine de 10 jours. Entre J+10 et J+14, moins de 10% des personnes développent la pathologie. Il y a donc un risque, mais un risque limité."


En cas de contact à haut risque avec une personne positive, il faut donc absolument respecter la quarantaine de 10 jours mais aussi respecter des précautions supplémentaires pendant encore 4 jours : garder ses distances par rapport aux personnes fragiles ou éviter de voir des gens à la maison. "Ce n'est pas le meilleur moment pour faire ce genre de réunions", ont expliqué les experts.

"Toutes les demandes de tests à la demande du patient, par précaution, à la demande de l'employeur, dans des contacts à faible risque disparaissent car ils encombrent le système de testing", a résumé l'infectiologue. "Si on suit les recommandations du nouveau système, il n'y a pas de risque supplémentaire par rapport à l'ancienne version". Les experts ont en outre rappelé à quel point la quarantaine était fondamentale pour limiter les chaînes de transmissions et maîtriser l'épidémie.


Quel impact sur les chiffres?

Etant donné qu'on va moins tester les asymptomatiques, il y aura moins de nouveaux cas. De même, le taux de positivité va augmenter étant donné qu'on va davantage tester les gens malades. "On en tiendra compte dans nos commentaires", a précisé Yves Van Laethem.

A l'heure actuelle, qu'en était-il ?

25% des tests étaient positifs chez les personnes symptomatiques. Pour les contacts à hauts risques, il y avait 15% de tests positifs. "Sur ces 15% positifs, une partie significative de gens vont développer l'infection, des symptômes et donc être testés et rentrer dans les statistiques. Ceci n'est pas idéal, mais est transitoire. Cela devrait nous permettre d'aller plus vite pour faire connaître le résultat de son test au patient, mais également pour le contacter. C'est à ce moment-là qu'on pourra rompre les fameuses chaînes de transmission".

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