Le nombre croissant d’hospitalisations inquiète, mais la courbe pourrait s’aplatir…

Avec un nombre d’hospitalisations en hausse et une courbe des décès qui ne cesse d’augmenter également, on ne semble pas voir le pic du coronavirus se rapprocher. Et pourtant, malheureusement, ce scénario était attendu. Derrière les chiffres, certaines lueurs d’espoir aussi. Comment les analyser ?

Le nombre de contaminations

Tous les experts sont unanimes. Impossible de savoir combien de personnes ont été réellement infectées par le coronavirus en Belgique. Un consensus semble se dégager : il y aurait dix fois plus de cas que ce que livrent les tests positifs. Les 10 836 cas recensés ne sont donc que la face visible de l’iceberg. Les chiffres réels se situeraient davantage au-delà des 100 000. Et même 1 million selon le virologue Van Ranst, qui se base sur des tests effectués sur 50 patients de l’UZ Brussel. Les premiers résultats montrent que 5 patients sur 50 - soit environ 10 % - sont infectés à leur insu et ne présentent donc aucun symptôme. Une nouvelle qui pourrait paraître alarmiste, mais qui est au contraire encourageante dans le sens où ces personnes produisent des anticorps d’elles-mêmes, et participent donc à renforcer l’immunité collective. Il est donc fort probable que cette courbe continue à augmenter, mais il se peut aussi qu’elle soit influencée par le plus grand nombre de dépistages effectués chaque jour.

Les hospitalisations

Le nombre de personnes admises à l’hôpital et placées en soins intensifs est assurément la donnée à considérer en premier lieu car elle permet de jauger si la flambée est en augmentation ou s’il y a une amélioration. L’occupation des lits en soins intensifs témoigne aussi du caractère plus ou moins aigu de la situation. Et voir la capacité d’accueil en soins intensifs diminuer au jour le jour est probablement ce qui rassure le moins les experts. D’ici quatre jours, au rythme actuel, on pourrait devoir faire face à davantage de besoins en soins intensifs que ceux dont on dispose. Une situation telle que la vit l’Italie depuis plusieurs jours, voyant le taux de mortalité grimper en flèche faute de prise en charge suffisante. Afin d’éviter ce scénario catastrophe, il est impératif que la courbe du nombre d’hospitalisations (doublement des cas tous les trois jours) ralentisse…

Le taux de mortalité

Au-delà de l’horreur des chiffres, le nombre de morts enregistrés chaque jour n’est absolument pas indicatif de l’évolution et de la propagation de l’épidémie. En effet, un décès survient généralement plusieurs jours après l’infection du patient, parfois même 4 semaines après une admission en soins intensifs. Entre-temps, le nombre de contaminations a progressé. Lorsque le taux de mortalité baissera, sur plusieurs jours, les experts espèrent que cela signifiera cependant que la progression du coronavirus aura été désamorcée quelques jours auparavant. S’arrêter sur le taux de mortalité peut aussi noircir davantage encore le tableau. Sans un dépistage massif et en réservant les tests aux cas les plus grave, le taux de mortalité est indéniablement influencé. Selon les experts, il devrait se situer plus que probablement autour de 1 à 2 %, avec de très fortes variations selon l’âge du patient. La Belgique se démarque cependant avec une triste 4e place au ranking des pays enregistrant le taux de mortalité le plus élevé. Avec 3,72 cas pour 100 000 habitants, elle ne laisse que les Pays-Bas (3,73), l’Espagne (12,79) et l’Italie (16,58) devant...

La lueur d’espoir

Face à ces chiffres qui ne cessent de grimper, la question que tout le monde se pose reste : quand la courbe va-t-elle s’inverser ? Impossible d’y répondre précisément, comme l’a rappelé le microbiologiste Herman Goossens (UZA) dans l’émission De Zevende Dag. Cependant, il apporte une lueur d’espoir en se référant aux analyses du groupe de Niels Hens, professeur agrégé de biostatistique à UHasselt. "Il travaille sur de telles statistiques depuis des années", explique-t-il. Un entretien qu’il a eu dimanche matin avec l’Université de Hasselt se veut en effet optimiste. "Niels Hens est presque sûr à 100 % que la courbe s’aplatit. Mais il dit également qu’il est très important de se conformer aux mesures. Si cela n’est pas fait, la courbe augmentera de nouveau de façon exponentielle ", prévient encore Herman Goossens.

© D.R.