Le Codeco remballé par le Conseil d’État. Les salles de spectacle peuvent rouvrir. Et ensuite, les cinémas et salles de concert…

Jusqu’ici, le Conseil d’État avait été plutôt un précieux allié du Codeco, en confirmant systématiquement la validité de ses mesures.

Cette fois, c’est le revirement à 180 degrés. L’instance a décidé mardi de suspendre, en partie, les mesures sanitaires imposées par le comité de concertation du 22 décembre dernier au secteur culturel.

Les héros du jour sont les trois coproducteurs du spectacle “Demain, c’était mieux”, une revue satirique de l’actualité qui devait se jouer (et qui in extremis se jouera finalement) ces mardi, mercredi et jeudi au centre culturel d’Auderghem. C’est l’un des coproducteurs de Scranelle Production, Mathieu Pinte, qui avait en son nom saisi le Conseil d’État vu qu’il finançait le projet à hauteur de 28 000 € . “Nous venions de terminer la répétition générale sans savoir si nous pourrions jouer. Et, une demi-heure après, nous apprenions que notre recours avait abouti”, témoigne Christophe Cornet, un des coproducteurs. “C’est l’extase. Et je pense que cela se ressentira dans la prestation des comédiens.

La juridiction a donc donné droit au recours introduit en extrême urgence dès le 25 décembre, soit deux-trois jours après le dernier Codeco.

Le requérant contestait l’obligation de fermeture imposée au secteur culturel arguant que la mesure ne figurait pas dans les recommandations rendues la veille par le groupe d’experts du Gems.

Pour lui, il s’agissait dès lors d’un excès de pouvoir et d’une mesure non-proportionnelle, ainsi qu’une atteinte au droit au travail et à l’accès à la culture. “L’acte attaqué (NdlR. l’arrêté royal post-Codeco du 23 décembre) ne démontre pas en quoi les salles de spectacle relevant du secteur culturel seraient des lieux particulièrement dangereux pour la santé et la vie des personnes en tant qu’ils favoriseraient la propagation du coronavirus, au point qu’il soit nécessaire d’en ordonner la fermeture”. En fait, il aurait fallu “démontrer concrètement en quoi la mesure de fermeture est incontournable pour faire face à un tel danger (Ndlr. Le variant Omicron) pour la population.

Les salles de spectacles peuvent donc rouvrir. Mais pas les cinémas ni les salles de concert. Ils devraient le pouvoir dès vendredi, date à laquelle un autre arrêté du Conseil d’État est attendu. Ici, le recours, à la portée plus large que le seul créneau des spectacles, a été déposé par la Ligue des droits humains et 11 autres acteurs. Il vise toutes les fermetures de lieux à vocation culturelle. L’argumentation étant similaire à celle Mathieu Pinte, les observateurs s’accordent pour dire qu’il n’y a aucun suspense et que le Conseil d’État les suspendra bien toutes.

Un nouveau Codeco prévu ce mercredi 

Du reste, ce mardi, la ministre de la Culture, Bénédicte Linard, sûre d’elle, tweetait ceci déjà à 18 heures : “Le Conseil d’État vient de trancher et rappelle qu’il n’est pas démontré que les salles de spectacle seraient des lieux particulièrement dangereux. La fermeture des salles de théâtres est donc levée. Rien ne sert d’attendre un nouvel arrêt avant de rouvrir les cinémas.” Bien vu ! Réunis en soirée par visoconférence, les autorités fédérales ont convenu qu’un arrêté “réparatoire” sera préparé par la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V). Cet arrêté ramènerait les théâtres mais aussi les cinémas au régime sanitaire qui avait été le leur avant le Codeco du 22 décembre. A savoir: obligation de rester assis et de porter un masque, présentation du Covid Save Ticket et jauge de 200 personnes maximum. Un Codeco virtuel sera organisé pour approuver le texte, vraissemblablement ce mercredi.