"La troisième vague est là, nous ne pouvons plus l'éviter", lançait il y a une semaine le professeur Herman Goossens. Suivi par plusieurs de ses collègues, l'expert dressait un bilan alarmiste pour la Belgique, au moment où le variant britannique se propageait de plus en plus dans notre société . Mais une semaine plus tard, le discours a bien changé. Si les professionnels de la santé restent prudents, ils reconnaissent toutefois que la situation n'est pas si dramatique que ce que certains avaient laissé entendre quelques jours plus tôt. Même si notre pays est toujours soumis à une "sérieuse menace", voici quelques données qui permettent de penser que la Belgique ne s'en sort pas si mal.

Les hospitalisations diminuent

Indicateur scruté de très près par les autorités depuis le début de la crise sanitaire, le nombre d'admissions à l'hôpital tend à diminuer depuis plusieurs jours . Selon les données présentées par Sciensano ce mardi 2 février , la moyenne des hospitalisations (119,1) baisse de 12% par rapport à la moyenne journalière de la semaine précédente (135,4). Si l'on remonte davantage dans le temps, cette diminution se confirme jour après jour et s'amplifie, passant de -6% le 30 janvier à -10% le 31 janvier et enfin à -12% le 2 février.

Plus encore, ce lundi 1er février, Sciensano rapportait moins de 75 admissions à l'hôpital sur les dernières 24 heures, seuil symbolique fixé par les autorités pour envisager un déconfinement. " Quittons-nous ce 'plateau' qui bloque les perspectives depuis longtemps ? , a par ailleurs réagi l'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB), sur Twitter. Cela semble possible et proportionnel à l'ampleur des stratégies pour faire baisser la circulation du virus (tests rapides/PCR, isolement/quarantaine, maintien des gestes barrières). "

Un autre constat intéressant concernant les hospitalisations: il y en aurait moins actuellement dans les maisons de repos. Si cette observation doit encore être confirmée, comme l'a rappelé le biostatisticien Niel Hens (UHasselt), elle reste encourageante. " Je reste très prudent à ce sujet pour le moment, il faut d'abord que cela se confirme mais nous pouvons être optimistes à ce sujet ", a-t-il détaillé auprès de nos confrères de la VRT.


Le taux de reproduction laisse espérer que la situation est sous contrôle

Alors qu'il était repassé au-dessus de la barre de 1, le taux de reproduction (R) basé sur le nombre d'hospitalisation est de nouveau inférieur à cette valeur symbolique. Selon l'OMS, pour estimer qu'une épidémie est sous contrôle, il faut que le R (qui représente le nombre de personnes qu'un patient atteint du Covid va contaminer) soit inférieur à 1. A la date du 27 janvier, il était à 1,015. Selon les données transmises par Sciensano ce 2 février, il est à 0,923. 
Comme Yves Coppieters nous l'avait confié dans une interview , le taux de reproduction est un indicateur à suivre attentivement, afin d'évaluer la circulation du variant britannique dans notre société. Sa baisse est donc un signe encourageant. " Le taux de reproduction du virus diminue , a tweeté Yves Coppieters, ce lundi 1er février. Le variant est susceptible de l'augmenter de 0,4 (pas visible à ce stade). Si le R tombe à 0,7, on serait dans les conditions d'un relâchement. "


La hausse des contaminations s'essouffle

Il s'agit du dernier indicateur à afficher une tendance à la hausse. Mais cette recrudescence semble s'essouffler. En effet, la moyenne du nombre de contaminations quotidiennes connait une augmentation de moins en moins importante. Le bulletin épidémiologique de ce 2 février fait part d'une moyenne de 2.324 cas (soit une hausse de 9% par rapport à la semaine précédente). Celui du 31 janvier faisait état d'une augmentation de 11% par rapport à la semaine précédente, tandis que les données du 30 janvier rapportaient une hausse de 14%. Peut-on espérer voir les infections diminuer à nouveau prochainement ? Ce n'est pas sûr. En effet, comme l'a détaillé Steven Van Gucht dans Het Laatste Nieuws, ce nombre de contaminations qui reste assez élevé est " majoritairement lié à l'heure actuelle à l'augmentation des tests effectués" . " Nous avons effectué quelque 48.000 tests par jour en moyenne la semaine dernière - surtout sur des élèves , a confié le virologue de Sciensano au quotidien flamand. C’est une bonne chose pour pouvoir maintenir les écoles ouvertes, mais cela induit aussi que les cas confirmés chez les enfants scolarisés sont en nette augmentation. "

Il ne faudrait donc pas voir que du négatif dans ces chiffres de contaminations, car, comme l'ont souligné plusieurs experts, le fait que la Belgique soit plus à même de détecter les personnes atteintes du Covid-19 et de les isoler laisse présager une meilleure gestion de la crise sanitaire. 

Qui plus est, le taux de positivité (le nombre total de tests positifs divisé par le nombre total de tests effectués) reste stable depuis plusieurs jours, voire affiche une légère diminution. Alors qu'il était de 5,6% à l'échelle de la Belgique le 27 janvier, le taux de positivité est actuellement de 5,5% à l'échelle du pays (selon les données rapportées ce mardi). Ce pourcentage dépasse toutefois le seuil critique fixé par l'OMS à 5%. "Mais cela reste relativement faible par rapport aux pays voisins, je ne peux qu'en déduire que nous nous en sortons très bien" , a souligné le biostatisticien Niel Hens. 

© Sciensano

Gare aux variants

Si ces signaux sont encourageants, il ne faut tout de même pas oublier que, comme l'a expliqué M. Hens, la Belgique est confrontée à des variants qui représentent une "menace sérieuse" . La mutation britannique du coronavirus, considérée comme plus contagieuse, serait actuellement à l'origine de 20% des contaminations dans notre pays.  "Nous sommes toujours en eaux troubles et nous devons faire preuve de la prudence nécessaire" , a conclu ce membre du GEMS (groupe qui conseille le Comité de concertation).