Comme relayés ce lundi matin, les chiffres du coronavirus en Belgique ne sont toujours pas rassurants. Le nombre de contaminations continue en effet d'augmenter. Quant aux hospitalisations, elles baissent entre le 14 et le 20 décembre mais très légèrement (-2%) par rapport aux sept jours précédents.

 

Qu'en disent les experts? Ils ont communiqué ce lundi lors de leur traditionnelle conférence de presse.

Steven Van Gucht, virologue et porte-parole interfédéral de la lutte contre le covid, a été le premier à s'exprimer. Il a fait le point sur les provinces dans lesquelles les contaminations sont les plus importantes. On se rend compte que les provinces d'Anvers (+29%), de Namur (+26%) et de Flandre occidentale (+21%) sont les plus touchées. La province de Liège enregistre une augmentation de 10% tandis que les provinces du Hainaut et du Luxembourg s'en sortent mieux avec une légère baisse. La Brabant wallon enregistre une hausse de 11%.

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"La hausse des contaminations reste préoccupante en Belgique, mais toujours moins que dans d'autres pays européens", a commenté l'expert. "La situation précaire d'Anvers est frappante: le nombre de nouveaux cas y est le plus élevé et l'augmentation la plus rapide. Cela peut s'expliquer en partie par les récentes flambées épidémiques majeures dans les centres de soins et les hôpitaux."

Quelles sont les personnes les plus touchées par ce rebond épidémique? "Les infections touchent toutes les tranches d'âges. Et également les enfants de moins de dix ans. C'est toutefois chez les plus de 80 ans que le nombre de cas augmente le moins. Les nouvelles admissions à l'hôpital sont en très légère diminution. À Liège, par contre, nous constatons une augmentation de + 27 % des entrées à l'hôpital. Le nombre de patients atteints de Covid-19 présents à l'hôpital diminue lentement et régulièrement. Cela s'explique par le fait que le nombre de patients qui sortent de l'hôpital est légèrement supérieur à l'afflux de nouveaux patients", a encore ajouté Steven Van Gucht.


La nouvelle variante du coronavirus observée "sporadiquement" en Belgique

Le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem a ensuite pris la parole et est revenu sur la nouvelle variante du coronavirus. Il a indiqué que cette variante, repérée dès septembre en Grande-Bretagne, s'était répandue dans d'autres pays, comme aux Pays-Bas mais aussi en Belgique, "sporadiquement". En Angleterre, et plus précisément dans le sud-est du pays et à Londres, cette nouvelle variante représente environ 60% des infections, a indiqué Yves Van Laethem. "Il n'y a pas que cette variante-là qui circule", a pointé l'expert. "Il y a d'autres variantes qui circulent dans notre pays. Avec ce type de virus, il est normal qu'apparaissent constamment certaines mutations. Certaines apparaissent brièvement puis disparaissent à jamais, sont limitées dans leur diffusion; d'autres se propagent plus rapidement et éventuellement deviennent dominantes comme la variante UK, actuellement dominante en Grande-Bretagne. Cette vitesse de propagation peut s'expliquer soit par le fait que cette variante profite de nos contacts sociaux et de nos comportements, soit parce que ce type de variante peut se transmettre plus facilement, être plus infectieuse. Pour la variante UK, il faut attendre les résultats pour déterminer si elle est vraiment plus contagieuse. Mais rien jusqu'ici n'indique qu'elle est plus virulente et agressive. Rien ne montre non plus qu'elle empêche que les vaccins nous donnent une immunité contre le Covid."


Pourquoi cette variante a-t-elle été identifiée en Grande-Bretagne? "Le fait que cette souche ait été identifiée là est principalement lié au fait que le Royaume-Uni a l’un des programmes de recherche et de surveillance génétique le plus performant et le plus complet au monde", a ajouté Yves Van Laethem.

Lors de la séance de questions-réponses avec les journalistes, le virologue ajoutera que "4 cas de la variante ont été détectés en Belgique, voici un mois, et il n'est pas impossible qu'il y en ait davantage sur notre territoire actuellement." 

Quid de la période des fêtes et des éventuels voyages?

L'expert a alors évoqué la période des fêtes, qui seront particulières car en nombre restreint. "Malheureusement, alors qu'on se sent à l'aise avec eux, ce sont dans les groupes proches (amis et famille) que se trouvent les principales sources de contaminations", a expliqué Yves Van Laethem. "Il y a donc là un piège à éviter, cette fausse impression de sécurité que l'ambiance familiale ou amicale pourrait nous donner". L'expert a pointé toutefois un point positif car selon une récente étude menée par l'Université d'Anvers, 79 % des personnes interrogées prévoient désormais d'adhérer aux mesures à Noël, ce qui représente une augmentation par rapport aux études précédentes. "C'est encourageant", a affirmé Yves Van Laethem.

Pour toutefois mettre les Belges en garde, ce dernier a évoqué ce qu'il s'est passé au Canada et aux Etats-Unis lors de Thanksgiving. "Les gens se sont mobilisés, ont voyagé, ont été voir de la famille avec peu ou très peu de précautions... On voit maintenant dans les deux pays des résurgences des hospitalisations et du nombre de décès liés au Covid. De tels rassemblements sont de véritables foyers de départ de l'épidémie et de contaminations." Et que se passerait-il en Belgique si on ne respectait pas les mesures? "Des modèles ont été réalisés et montrent que dans la situation belge actuelle, si 20% des Belges invitent 4 personnes en plus pour les fêtes de Noël ou de Nouvel An, nous ne pourrions atteindre le seuil des 75 hospitalisations par jour qu'avec un mois de retard. Faire la fête seulement un jour en étant plus nombreux (avec 4 personnes) engendrerait en outre un mois supplémentaire de confinement, voire des mesures encore renforcées".

Les experts sont également revenus sur la période de 15 jours de vacances: "La suite de la courbe est incertaine. Seul le temps nous dira comment la situation évoluera. Les vacances peuvent aider (pas d'école, moins de contact via le travail etc), mais les festivités pourraient venir mettre des bâtons dans les roues. Nous ne savons pas encore quel en sera l'impact, mais nous savons avec certitude que la courbe est entre nos mains. Si nous nous en tenons aux mesures actuelles et que nous passons des fêtes en toute sécurité, le nombre de cas pourrait à nouveau baisser."

Steven Van Gucht et Yves Van Laethem ont enfin encore rappelé les conditions concernant les voyages. "La quasi-totalité de l'Europe est actuellement en zone rouge. Il est fortement déconseillé de voyager, mais n'oubliez pas que lorsque vous revenez d'une zone rouge, dans laquelle vous êtes resté plus de 48 heures, vous devez vous mettre en quarantaine. Soyez donc vigilant et anticipez car cela peut poser des problèmes pour le retour au travail et à l'école début janvier. On pense notamment aux étudiants qui ont des examens à présenter."

Et les experts ont conclu: "Ne faites donc pas de Noël une célébration du Covid, mais faites en sorte que ce soit en petit comité et sécurisé."