Pas d'applaudissements tous les soirs à 20H00, pas de "Merci" sur des petits mots : les pompes funèbres sont pourtant, comme les soignants, en première ligne face à la pandémie qui a complètement bouleversé leur quotidien.

"On a un fort sentiment d'abandon. Les soignants ont eux une sorte de reconnaissance. Pour les masques et les combinaisons, on s'est débrouillé seuls. Les autorités n'ont pas pensé à nous. Pourtant notre boulot a été chamboulé", constate Jean-Christophe Saels, employé dans une société de pompes funèbres de Bruxelles.
Pour récupérer les corps à l'hôpital, dans les maisons de retraite ou à domicile, les employés et leur patron doivent s'équiper de combinaisons, masque, lunettes et de gants - souvent deux paires - pour se protéger.
"Une telle situation n'était pas notre quotidien. On s'est tourné vers des magasins de bricolage pour trouver du matériel de protection qui est vite devenu une denrée rare. On s'est fourni aux Pays-Bas pour les combinaisons", se souvient l'employé.
La crainte d'une contamination reste forte, en particulier dans les maisons de retraite qui ne peuvent pas attendre 72 heures, laps de temps à l'issue duquel le virus est devenu inoffensif, car elles n'ont pas de chambre mortuaire. Même chose pour les personnes décédées chez elles.

"On travaille avec la peur au ventre, en se disant qu'on va chercher quelqu'un à domicile et qu'on ne sait pas de quoi il est décédé. Parfois, le médecin a rempli les papiers et nous a mis un Covid ou une suspicion de Covid", confie Xavier Bouvy, le patron de l'entreprise fondée par son grand-père.
Peur d'une contamination ou éloignement dû au confinement, les hommes et femmes des pompes funèbres se retrouvent parfois seuls au cimetière ou au crématorium, une situation extrêmement rare avant l'épidémie.
Deux funérailles solitaires cette semaine pour cette entreprise, deux la semaine prochaine avec une demande de photos ou de vidéo de la part de la famille, comme ce fut le cas mercredi pour cet homme de 69 ans, pensionnaire d'une maison de retraite et mort à l'hôpital de complications liées au Covid-19.
Lors de la cérémonie qui n'a duré qu'une dizaine de minutes au cimetière, ce sont les deux représentants des pompes funèbres qui ont observé un moment de recueillement à sa mémoire avant que la pelleteuse ne recouvre la tombe de terre. Pour ne pas le laisser partir seul.
La tombe adjacente, fraîche, avec un coeur de fleurs blanches, et deux autres un peu plus loin étaient celles de trois autres pensionnaires du même établissement.

Lorsque les familles sont présentes, les pompes funèbres doivent aussi parfois jouer les gendarmes, un rôle auquel ils ne sont pas habitués.
"Les gens s'embrassent, se prennent la main. L'affectif est plus fort que la raison. Parfois, c'est difficilement gérable. On a des familles qui viennent à 25. On a limité à 15, y compris notre personnel, le nombre de proches au crématorium", explique Jean-Christophe Saels.
L'activité de la société a doublé avec une quinzaine d'enterrements par semaine depuis l'éclatement de l'épidémie qui a fait plus de 2.500 morts en Belgique.
Malgré les difficultés du moment, Jean-Christophe Saels, ne laisserait jamais tomber son métier un peu particulier qu'il qualifie sans hésiter de "plus beau du monde".
"Les gens vous disent un merci sincère. On ne ment pas dans ces moments là. La reconnaissance est vraiment un moteur", conclut le quinquagénaire.