L'ouvrage est disponible au prix de 35 euros en librairie et via le site www.tracescovid.be, qui raconte le projet et en partage des extraits. "On a plein de souvenirs de gens qui savaient qu'ils allaient mourir, qui ne voulaient pas aller aux soins intensifs pour laisser la place à des plus jeunes, et qui sont vraiment partis avec une dignité incroyable", a observé dans "Traces" un médecin pneumologue, chef d'unité Covid. Une infirmière en chirurgie s'est attardée sur l'intensification du lien avec les patients mourants. "Je me suis retrouvée à prodiguer des soins de fin de vie. Impossible de ne plus rencontrer ces personnes âgées, qui n'ont pas droit aux visites."

Près de 200 infirmiers, médecins, agents d'entretien et employés administratifs se sont confiés au travers de 172 pages. "Ces témoignages sont puissants, variés, simples aussi", commente l'écrivaine Caroline Lamarche, qui a rassemblé les textes. "C'est un ensemble chorale : un dévouement extrême, une combativité, une solidarité, de la douleur et du chagrin... Il y a par petits éclats une colère légitime parce qu'on ne prend pas assez soin des soignants. On a été abreuvé de statistiques et de paroles de spécialistes, mais ces récits sortis de l'hôpital donnent une autre dimension à l'affaire".

Les artistes impliqués ont fait oeuvre de délicatesse pour respecter l'émotion transmise. Les participants ont passé des heures sous l'objectif du photographe Gaël Turine. "Par rapport à ce qui s'est vécu dans le studio, je pense que j'en suis encore très imprégné. C'était un projet extrêmement prenant, très important je pense d'un point de vue sociétal, la collaboration a été extrêmement forte, très privilégiée avec tous les acteurs."

La graphiste Chiquinquirá García a elle choisi un papier d'une grande finesse, qui doit être tourné avec douceur en prenant le temps de peser les mots, et une couverture comme marquée par "des petites cicatrices qui se font de plus en plus présentes au fur et à mesure que le temps passe, jusqu'à s'inscrire en profondeur, comme une brûlure qui n'est plus si visible mais qui continue à brûler à l'intérieur".

"Je pense qu'il y a une responsabilité politique là-derrière et que nous avons ici un message sensible qui leur est envoyé", a conclu Jean Spinette, président du conseil d'administration des hôpitaux Iris Sud. Ces derniers regroupent les 4 sites hospitaliers de proximité Joseph Bracops à Anderlecht, Molière Longchamp à Forest, Etterbeek-Ixelles à Ixelles et Etterbeek-Baron Lambert à Etterbeek.