Une jeune femme en bonne santé qui avait contracté le Covid-19 lors de la première vague et avait accumulé des anticorps contre la maladie a à nouveau été infectée en septembre, rapporte samedi le journal De Standaard sur base d'un cas d'étude belge qui doit encore être soumis à un examen officiel par les pairs. Cela pourrait indiquer que le nombre d'anticorps diminue relativement rapidement après une infection, confirme le professeur de virologie Kevin Ariën de l'Institut de médecine tropicale (ITG) d'Anvers. Selon lui, il s'agit probablement du premier cas au monde décrit dans lequel on a constaté que la personne infectée avait un système immunitaire intact et une bonne réponse immunitaire après la première infection. "Dans les cas précédents de recontamination, la réponse immunitaire n'avait pas été mesurée ou ne fonctionnait pas de manière optimale", dit-il. "Ce cas fait en tous les cas penser aux autres coronavirus, qu'ils soient bénins ou qu'il s'agisse du SRAS ou du MERS. Là aussi, nous avions vu l'immunité tomber rapidement sous un 'seuil critique'".

La femme réinfectée, soignante dans un hôpital belge, avait encore des anticorps lorsqu'elle a été contaminée pour la deuxième fois mais cela n'a apparemment pas suffi. "Soit le fait d'avoir des anticorps n'était pas suffisant, soit leur nombre était tombé en dessous de ce seuil critique", explique le virologue de l'ITG.

Ce cas d'étude pourrait s'avérer très important. D'une part, il peut servir d'argument contre l'obtention d'une immunité de groupe et, d'autre part, il peut être nécessaire d'en tenir compte dans la recherche sur les vaccins. Un vaccin qui offrirait une très bonne protection contre le Covid-19 à court terme pourrait ainsi ne pas fonctionner dans la durée.

"Mais nous ne saurons pas cela avant des mois ou même des années", prévient Kevin Ariën. "Quant aux résultats des études actuelles sur les vaccins, telles que celles de Pfizer et celles qui suivront sans doute dans les semaines à venir, il s'agit de personnes qui ont été vaccinées il y a quelques semaines seulement. Nous pourrons alors nous exprimer sur la protection à court terme, mais pas sur la durée de cette protection ni sur la nécessité, par exemple, d'un complément avec un autre vaccin à un moment donné. Les gens en sont conscients et des études continueront à être menées pour le savoir".

On ne sait pas non plus encore exactement à quel niveau se situe ce "seuil critique" du nombre d'anticorps nécessaires pour prévenir une (ré)infection, constate le scientifique.

Le cas d'étude peut être consulté sous forme de préimpression via Medrxiv, une archive de prépublications consacrée à la recherche médicale, et a été soumis à une revue scientifique, mais n'a pas encore fait l'objet d'un examen officiel par les pairs. Pendant ce temps, Kevin Ariën et ses collègues travaillent sur une étude portant sur un groupe plus important de professionnels de la santé, soit 150 personnes de deux hôpitaux toutes infectées lors de la première vague. "Nous les suivrons pendant un an", explique-t-il. "Jusqu'à présent, nous avons eu des signalements concernant cinq recontaminations, mais il est trop tôt pour les commenter."