On l'a déjà écrit : il y a peu lieu de se prêter au jeu, bancal, de la compétition entre pays face à la gestion de la crise du Covid-19. Mais la comparaison peut s'avérer pertinente pour des pays voisins, de culture similaire et présentant un bilan épidémiologique jusqu'alors assez proche du nôtre. Tel est justement le cas de notre voisin français.

En Belgique, le Codeco vient d'accoucher, dans la douleur, de trois échéances de relâchement : le retour - partiel - à l'école ce 19 avril puis la réouverture des métiers de contacts et des magasins sans rendez-vous le 26; l'activation du plan plein air le 8 mai avec la réouverture des terrasses et enfin un plan plus relâché encore en juin avec la réouverture globale de l'Horeca en juin.

En France, Emmanuel Macron vient lui aussi, alors que l'Hexagone traverse actuellement un confinement plus strict qu'en Belgique (couvre-feu national dès 19 heures, déplacements non-essentiels entre régions interdits), de communiquer autour de futurs relâchements. Un constat apparaît : ils seront plus prudents et plus tardifs qu'en Belgique.

En France, les terrasses ne rouvriront pas avant la mi-mai au plus tôt, aucune perspective n'existe formellement pour le reste de l'Horeca. Le retour à l'école (les Français sont en congés la semaine prochaine) s'opérera à partir du 26 avril pour les primaires et pas avant le 3 mai pour les étudiants des collèges et lycées, sans doute sur un mode hybride distanciel/présentiel. Les parcs d'attractions, qui rouvriront en Belgique le 8 mai, devront patienter plus longtemps en France.

Un attentisme justifié au regard de la situation ? Voyons voir.

Face à l'épidémie, la Belgique présente une situation actuellement plus favorable

La France comptait, au 1er janvier 2021, 67,4 millions d'habitants d'après l'Insee. En Belgique, on parle de 11.492.641 habitants au 1er janvier 2020, dixit les derniers chiffres officiels de Statbel. Soit un ratio de 5,86 Français pour 1 Belge. Le retrouve-t-on au regard de la situation épidémique actuelle ? Comparons.

Décès 

Dans l'Hexagone, le cap des 100.000 décès dus au Covid-19 vient d'être franchi. C'est un poil plus de quatre fois plus de décès dus à la pandémie que ceux enregistrés en Belgique (23.636). 296 personnes sont décédées lors des dernières 24 heures (consolidées) en France, contre 37 en Belgique aux dernières données consolidées, le 14 avril.

  • Conclusion : La France enregistre, proportionnellement, plus de décès actuellement que la Belgique. En revanche, sur toute la durée de la crise, il y a proportionnellement eu moins de morts en France qu'en Belgique : un chouia plus de quatre fois plus qu'en Belgique, pour une population 5,86 fois plus élevée. Notons toutefois que les méthodes de recensement mises en place par les différents pays peuvent varier et justifier certaines différences comptables.

Lits occupés en soins intensifs

L'occupation actuelle de lits dévolus au Covid en soins intensifs ? Elle est actuellement de 5924 lits en France, pour 930 en Belgique. Soit 6,36 fois plus en France qu'en Belgique.

  • Conclusion : La Belgique a une situation similaire, mais légèrement plus favorable que la France en matière de lits occupés en soins intensifs par le Covid. La France a d'ailleurs dépassé le pic d'occupation observé lors de la deuxième vague, ce qui n'est pas arrivé en Belgique à ce stade. Précision : la France dispose au total de 7503 lits de réanimation sur son territoire, 2.000 de plus qu'avant l'éclatement de la crise. Près de 6.000 de ces lits sont actuellement occupés par des patients Covid. Pour la Belgique, on parle de 2.000 lits disponibles au total (Covid et non-Covid) en matière de soins intensifs, dont la moitié voire 60% (selon les phases activées par nos autorités) sont réservés aux patients Covid-19. Actuellement, chez nous, 930 de ces lits (un peu moins de 50%) sont occupés par des patients Covid, mais plus de 90% des lits totaux (Covid et non Covid sont occupés), avec dans certains services une situation critique manifeste, où moins d'un lit disponible par service est observée.

Hospitalisations

La France compte actuellement 30.668 personnes hospitalisées (USI et non USI). La Belgique, 3.032. Aux dernières données, la France a admis 2.062 nouveaux patients, la Belgique 240.

  • Conclusion : Avec un ratio 10 fois plus élevé en France qu'en Belgique, pour un ratio de différence de population de 5,86, la situation est nettement plus critique en France sur ce point.

(Nouvelles) Contaminations

Aux dernières données officielles disponibles, la France recensait 38.045 nouveaux cas positifs confirmés en moyenne lissées sur 7 jours. La Belgique, 3884.

  • Conclusion : La France enregistre, proportionnellement, nettement plus de contaminations que la Belgique. Mais le taux de reproduction (Rt) du virus est similaire dans les deux pays : 0,96 en France, 0,94 en Belgique, après une phase relativement longue où il était au-delà de 1. Notons que les disparités régionales sont plus fortes en France qu'en Belgique.

Vaccins

Sur le plan de la vaccination, les deux pays ont connu un certain retard à l'allumage, en cours de rattrapage. La France a déjà injecté 11.654.420 premières doses du vaccin. La Belgique, 2.058.737.

  • Conclusion : Ici, les deux nations présentent un bilan assez similaire, avec 5,6 fois plus de Français vaccinés alors qu'il y a 5,86 fois plus de Français en France que de Belges en Belgique. Notons toutefois que le coup d'accélérateur semble plus franc dans l'Hexagone dernièrement, avec la multiplication des ouvertures de vaccinodromes et même de "vaccinodrives".

Bilan ?

La situation chiffrée, si l'on regarde l'ensemble des paramètres droit dans les yeux, semble justifier parfaitement la prudence accrue de la France par rapport à la Belgique dans son déconfinement printanier et prudent, puisque, à ce stade "encaisse" mieux cette troisième vague que sa voisine francophone. On sait toutefois à quel point les marqueurs de la pandémie ne doivent pas être les seuls critères qui doivent régir la stratégie Covid d'une nation. Et à quel point une situation peut voler en éclats ou s'améliorer brutalement, face à la volatilité de l'épidémie et de ses variants...