"La discussion n'est pas : est-ce qu'on remet en cause la séparation de l'Eglise et de l'Etat ? C'est : comment la décline-t-on avec un changement démographique." Ces propos tenus par Ihsane Haouach dans les colonnes du Soir ce samedi 3 juillet ont suscité une levée de boucliers de la part de plusieurs partis de l'opposition. Mais pas uniquement: le discours prononcé par la nouvelle commissaire du gouvernement auprès de l'Institut de l'égalité entre les femmes et les hommes a également créé des remous au sein de la Vivaldi.

Le président du MR a notamment estimé que les déclarations de Mme Haouach étaient "dangereuses". La majorité gouvernementale a tout de même fait bloc pour défendre la commissaire, refusant son audition réclamée par la N-VA. Le parti libéral, qui s'était abstenu au sujet de cette audition, a par la suite fait savoir qu'il demanderait ce jeudi en séance plénière à la secrétaire d'Etat à l'égalité des genres, Sarah Schlitz (Ecolo), d'apporter quelques éclaircissements.

C'est tout d'abord le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) qui a pris la parole pour répondre aux interpellations des députés. "Ma réponse tient en trois points", a-t-il annoncé, soulignant l'importance du débat en cours. "Tout d'abord, il n'y a pas de doute : la séparation est un principe. Ce qui nous lie entre belges, c’est notre citoyenneté ancrée dans une Constitution. Un contrat social auquel tous les Belges doivent adhérer. Et le texte est clair, défini dans l’article 11. En outre, notre constitution prévoit la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans notre pays, vous avez le droit de l’exercer comme vous le souhaitez dans les limites de la loi. A aucun moment, des principes convictionnels ne peuvent l’emporter sur la loi. (...) Le gouvernement se distancie de toute suggestion et se distancie de tout relativisme."

Le libéral flamand a ensuite estimé que "les droits fondamentaux sont sous pression". "Pas que pour les religions, mais aussi pour les droits en matière de liberté sexuelle (LGBTQI+). Ces droits sont tout aussi importants, il n’y a pas de catalogue."

Enfin, il a insisté sur l'importance de garder une certaine sérénité . "La tâche de la commissaire repose dans le code de déontologie des mandataires publics", a ajouté M. De Croo. "L’impartialité du commissaire doit être une ligne rouge. Ce qui s'est passé le week-end dernier ne doit pas se répéter. Il ne doit plus y avoir de marge ou de controverse dans ce domaine."

Sarah Schlitz a à son tour tenu à s'exprimer sur la polémique. "Madame Haouach affirme donc clairement, et à juste titre, qu'il n'est pas question de mettre en doute la séparation entre les Eglises et l'Etat.", a-t-elle expliqué. "L’interview de Mme Haouach a eu lieu à titre personnel. En tant que Secrétaire d'État, c’est sur la base de sa mission que j’évalue la commissaire du gouvernement, qui consiste à assister avec voix consultative aux réunions du Conseil d’administration, et à introduire un recours contre les décisions qui seraient contraires au statut, à la loi ou à l’intérêt général. (...) La citation de Madame Haouach était malheureuse mais les choses ont été tirées au clair. Elle m’a assuré qu’elle ne souhaitait plus s'exprimer publiquement. En même temps, je comprends que Mme Haouach ait voulu réagir après des semaines d'attaques et d'insinuations sur sa personne. Je vous invite à vous remettre au travail pour une société plus juste et plus solidaire."

Au terme de ces prises de parole, la N-VA a toutefois demandé à ce que "soit madame Haouach enlève son voile dans l'exercice de sa fonction, soit elle démissionne".