Un important Comité de concertation se tiendra ce vendredi 26 février. Si les attentes sont grandes, la conférence de presse du Premier ministre de ce lundi a quelque peu douché les espoirs quant à un déconfinement imminent, laissant toutefois entrevoir des "perspectives" pour l'avenir. La démarche d'Alexander De Croo n'a pas manqué d'interpeller jusque dans les rangs de la majorité gouvernementale. Face aux critiques, le libéral flamand pourrait-il lâcher davantage de lest ce vendredi ? A la veille de ce nouveau Codeco, le Premier ministre et le ministre de la Santé ont été appelés à s'expliquer à la Chambre, face à des députés remontés. 
 

"Un gouvernement où deux présidents de parti ne suivent plus les règles"  

"Pendant que vous communiquez pour dire que les chiffres ne sont toujours pas bons, des partis de votre majorité disent l'inverse en annonçant mille promesses aux secteurs à l'agonie", a commencé Catherine Fonck (cdH). "Cela n'amène qu'une seule chose: le ras-le-bol total et la perte d'adhésion de la population." La députée cdH a également pointé du doigt les couacs et la lenteur de la campagne de vaccination. "La Belgique est bonne dernière dans l'administration des doses quotidiennes", a fustigé Mme Fonck. "Nous proposons un changement de stratégie. Pourquoi ne pas associer les médecins généralistes ? Pourquoi ne pas appliquer le principe une dose livrée = une dose administrée ? Pourquoi, comme en France, ne pas prévoir une dose pour les patients Covid positifs ?" 


Du côté de DeFi, on a également fustigé la cacophonie au sein de la coalition fédérale. "Même si votre conférence de presse semblait davantage adressée à vos partenaires de majorité qui s'étaient lancés dans des surenchères sur le déconfinement durant tout le week-end, je l'ai suivie avec attention, y compris les modèles indigestes", a affirmé Sophie Rohonyi. L'élue a regretté la façon dont s'est exprimé Alexander De Croo. "En douchant tout espoir d'un proche déconfinement, vous avez perdu d'autant plus l'adhésion de la population. Qui a décidé de baser les décisions sur les projections mathématiques présentées lundi ? Quand allez-vous passer à une stratégie de gestion des risques ? "

L'ordre dispersé dont a fait preuve la majorité inquiète également le CD&V. "C'est la pire chose qui pourrait nous arriver", a répliqué Nawal Farih (CD&V). Selon l'élue, il n'est pas l'heure de se disputer, mais bien d'avancer en ordre groupé.

La N-VA a également sauté sur l'occasion pour attaquer le gouvernement. "Les membres du gouvernement commencent même à reconnaître qu'ils ne suivent plus les mesures", a ironisé Peter De Roover. "Vos collègues ne peuvent-ils pas s'adresser à vous qu'ils s'adressent aux médias ?" Le nationaliste flamand s'est par ailleurs étonné du calme dont faisait preuve Alexander De Croo. "Vous êtes à la tête d'un gouvernement où deux chefs de parti de votre majorité ne suivent plus vos mesures. Vous n'arrivez plus à convaincre les jeunes du bien-fondé de vos règles sanitaires. Je me demande d'où vient votre calme quand vous voyez que votre équipe de 11 millions s'effrite."

Un besoin de perspectives

Gilles Vanden Burre (Ecolo) a tenu à demander à ce que l'on offre des perspectives aux citoyens. "C'est important à nos yeux et nous devons le faire pour nos jeunes, pour le secteur culturel qui est sous cloche aujourd'hui, pour les secteurs économiques qui sont à l'arrêt et surtout, pour la santé mentale de nos concitoyens, qui doit devenir la priorité fondamentale des autorités."

"Il est temps de mettre un frein à toutes les communications disparates du gouvernement", a entamé Hervé Rigot (PS). "Le ras-le-bol des Belges est bien présent, mais ils demeurent solidaires." Pour le socialiste, l'heure n'est pas au relâchement. "On ne peut pas laisser croire qu'on est sortis d'affaire. Le variant est de plus en plus présent dans notre pays, les chiffres remontent. Le Codeco de demain sera un Codeco de tous les dangers. Ce que je vous demande c'est d'entendre les experts, de prendre des décisions au regard de schémas mathématiques mais en tenant compte de la détresse mentale de certains de nos concitoyens."

Wouter De Vriendt (Groen) a reconnu que la tentation était grande de demander des assouplissements. Mais il appartient au gouvernement, selon lui, d'évaluer la situation et de décider quand un déconfinement sera possible. "Les gens ont besoin quoi qu'il en soit de perspectives", a ajouté l'élu. "L'heure est venue de penser à ces personnes, celles qui demandent simplement à pouvoir voir de la famille ou des amis à l'extérieur."

"Nous avons déjà constaté quels sont les effets d'un déconfinement irréfléchi", a mis en garde Melissa Depraetere (sp.a). "Il ne s'agit pas d'un bingo mais d'un plan par étape qui nous permettra de garder des conditions de sécurité maximale."

De Croo répond aux critiques

"Le Codeco qui se réunira vendredi se tiendra à un moment difficile", a reconnu Alexander De Croo (Open Vld). "Nous avons tous ces derniers jours senti le parfum du printemps et de la liberté. Mais après un an de mesures difficiles et contraignantes, nous nous rendons compte qu'il faut quand même continuer à veiller les uns sur les autres pour nous prémunir d'un rebond." Il est ensuite revenu sur la conférence de presse qu'il a tenue lundi et a justifié son choix de donner des explications aux citoyens quatre jours avant le Comité de concertation. "J'ai souhaité donner lundi aux experts la possibilité de présenter leur analyse de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Pour la première fois, des experts nous ont dit qu'au mois d'avril ou de mai, il était possible de mettre en oeuvre des assouplissements significatifs. A côté de ça, ils ont dit qu'il fallait tenir bon en mars. Si nous agissons de façon irréfléchie, nous risquons de mettre en péril les perspectives qu'ils nous ont présentées."

Cela ne signifie pas, selon le Premier ministre, qu'aucun assouplissement ne sera acté dans les semaines à venir. "Il faut opter pour un cap prudent mais également un cap qui tient compte du bien-être de la population, de l'adhésion et du soutien à celles et ceux qui connaissent des moments difficiles", a-t-il expliqué. Il a enfin adressé un message à celles et ceux qui réitèrent constamment leurs appels au déconfinement. "Nous devons aujourd'hui démontrer que nous pouvons garder notre sang froid, a insisté le libéral flamand. "Je vous appelle tous à le faire. Nous avons tous une responsabilité énorme, on doit montrer à la population que nous sommes capables de ne pas perdre notre sang-froid et de ne pas céder à la tentation de décisions irréfléchies. Nous devons prendre des décisions responsables. Voici les éléments clés pour la réunion de vendredi."